suisse

  • Et si la BNS distribuait son énorme trésor…

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    Si l’on y réfléchit, la Banque nationale suisse s’est, pour la bonne cause, aventurée sur une voie à sens unique. Car selon toute probabilité, les pressions sur le franc, monnaie refuge, vont perdurer, et conduire l’Institut à répéter chaque fois que nécessaire ses interventions sur le marché des changes pour en empêcher la hausse. Résultat, ses avoirs en devises ne cessent d’augmenter – ils ont passé de 46,5 milliards de francs à fin 2005 à 892 milliards à fin 2020 – et génèrent ipso facto (puisque ces devises sont placées) des revenus supplémentaires qui grossissent ses fonds propres.

    Maintenant, imaginons qu’à l’inverse, par impossible, le franc se mette à baisser tout seul : la conséquence en serait que la BNS enregistrerait une plus-value de ses actifs, c’est-à-dire un gain comptable qui viendrait à son tour grossir ses fonds propres ! Le résultat de cette politique monétaire est donc bel et bien à sens unique : quoi qu’elle entreprenne, la BNS engrange, année après année ou presque (il lui arrive exceptionnellement de perdre), des bénéfices, et par conséquent des fonds propres, de plus en plus élevés.

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  • L’humeur des marchés, mieux que la BNS

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    Alors qu’il a fallu à la Banque nationale plus de 130 milliards de francs d’achats de devises en un an pour défendre un cours de l’euro qui ne s’écarte pas trop de 1.07 franc, le renversement des attentes qui s’est manifesté ces derniers jours sur les marchés a d’un seul coup propulsé la monnaie unique à près de 1.10 franc (et même au dessus, le 24 février). On ne va pas bouder son plaisir, surtout du côté des exportateurs, mais on peut tout de même s’interroger sur la capacité d’un petit pays, important financièrement certes, mais néanmoins lilliputien sur la scène mondiale, à piloter sa monnaie indépendamment des grands courants internationaux.

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  • Véniel, le péché monétaire de la Suisse ?

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    Oui, la Suisse «manipule» sa monnaie, ou plus exactement son taux de change par rapport au dollar. La définition de ce péché est donnée par le Régisseur mondial des monnaies, j’ai nommé le Trésor américain, qui depuis 1988* est chargé de faire rapport au comité compétent du Congrès US sur l’état des relations entre les États-Unis et leurs principaux partenaires commerciaux. Sont considérés comme manipulateurs les pays, respectivement leurs banques centrales, qui abaissent artificiellement le taux de change de leur monnaie par rapport au dollar, afin évidemment de se procurer un avantage concurrentiel «déloyal» (unfair).

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  • A la louche, 1 milliard d'aide par mois perdu

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    Au commencement première de classe dans sa réponse au virus, la Suisse s’est retrouvée soudain en tête de liste des pays les plus touchés par les nouveaux cas. On avance toutes sortes d’explications, sans que l’une ou l’autre ne soit particulièrement convaincante. Certains pointaient du doigt les cantons latins, qu’on sait moins disciplinés que les alémaniques, réputés pour leur sens de la responsabilité individuelle. Las, la deuxième vague les frappe presque aussi durement. 

     

     

     

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  • La Suisse romande et la Banque nationale suisse

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    pierre languetin.jpgIl n’y a pas eu beaucoup de Romands à la tête de la BNS. Pierre Languetin (photo Keystone), décédé le 22 octobre, fut même le premier à en présider la direction générale, une vingtaine d’années avant Jean-Pierre Roth. Mais plusieurs membres du directoire de l’Institution ont laissé leur trace dans le souvenir de nous autres, journalistes économiques des grands quotidiens d’ici, à commencer par le défunt Journal de Genève. On rappellera d’abord l’excellent Alexandre Hay, toujours disponible, puis Pierre Languetin précisément, et enfin Jean Zwahlen. Plus récemment, on trouve Jean-Pierre Danthine, aux racines belges avant sa solide implantation en terres lausannoises, et plus près de nous encore, Andrea Maechler, Genevoise de naissance, au parcours académique international*. On aurait presque aimé ajouter à cette énumération Philipp Hildebrand, très attaché à Genève et parfait polyglotte, mais Lucernois pur sucre né à Berne avant d’être aspiré par la carrière que l’on sait, et promis peut-être à reprendre la tête de l’OCDE.

     

     

     

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  • Trump toujours: jusqu’à quand la trêve des monnaies?

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    La politique monétaire est à la Suisse ce que la fusion nucléaire sera un jour à l’énergie : plus la Banque nationale accroît ses réserves de devises, plus elle en crée de nouvelles, tout comme les surgénérateurs finiront par produire davantage de combustible qu’ils n’en consommeront.

    C’est tout le paradoxe du franc fort. Les dollars, euros et autres yens que la BNS rachète en masse pour freiner la hausse du franc sont placés en diverses sortes de créances et de titres de participation qui dégagent un rendement libellé par la force des choses dans les mêmes monnaies. Si l’enregistrement de ces entrées de devises n’affecte pas le taux de change, puisque leur conversion en francs, de nature purement comptable, s’opère sans passer par le marché, il n’en reste pas moins qu’elles accroissent de la même manière les réserves de change, comme l’écrit d’ailleurs la Banque dans son compte-rendu annuel : «L’augmentation de la somme du bilan […] s’explique principalement par les plus-values et les revenus tirés des placements,
et accessoirement par des achats de devises» (112e rapport de gestion, p. 84).

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  • Des milliards jusqu’à plus soif

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    Aux dernières nouvelles (28 février), les réserves de change de la Banque nationale suisse s’élèvent à 821,4 milliards de francs. Leur principale contrepartie, au passif du bilan, est représentée par les dépôts des banques (leurs «avoirs en compte de virement»), qui ont peu varié depuis le début de l’année, et dans une moindre mesure par les avoirs d’autres institutions – Centrale de compensation AVS, SIX-clearing, SUVA, grandes caisses de pensions, assurances, etc. – autorisées à déposer leurs liquidités auprès de la BNS. Ces avoirs-là ont augmenté de presque 10 milliards (+11%) depuis le 3 janvier (ce qui, soit noté au passage, en dit long sur la frilosité de ces institutions, plus enclines à thésauriser qu’à placer leurs encaisses excédentaires).

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  • Cours du franc : le Big Mac a parlé

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    Que le franc soit surévalué, personne ne le conteste. Mais de combien? Là, les estimations divergent, car il y a le cours nominal, le cours réel (inflation déduite, mais il y a deux déflateurs : les prix à la consommation et les prix à la production…), le cours pondéré par le pouvoir d’achat (la fameuse «parité des pouvoirs d’achat», ou PPA, obtenue quand on corrige le cours nominal au moyen d’un indicateur tel, par exemple, que le produit intérieur brut par personne).

    Sans compter que le cours du franc par rapport au dollar n’est évidemment pas le même que son cours face à l’euro, au yen japonais, à la livre sterling, au dollar canadien, à la couronne danoise, etc., sans parler de l’indice du cours de change effectif, nominal ou réel, total ou partiel, par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux…

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  • Haro sur les taux négatifs !

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    Dans une ultime et désespérée tentative de faire bouger les choses, la présidence Draghi de la Banque centrale européenne (BCE) a donc décidé la semaine dernière d’enfoncer encore un peu plus les taux d’intérêt en territoire négatif et de reprendre les achats d’obligations des secteurs publics et privés qui avaient été arrêtés en 2018. La décision fut inhabituellement contestée, puisque près de la moitié des 25 gouverneurs du conseil de la Banque se sont opposés à la seconde de ces mesures, la première ayant en revanche, semble-t-il, beaucoup plus facilement passé la rampe, puisque même Jens Weidman, président de la Bundesbank allemande, y a acquiescé.

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  • Un plan fou pour sortir de la crise et de la « japonisation »

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    Parler de crise ? En Suisse, cela ne peut susciter en ce moment que des hochements de tête. L’économie va bien, le chômage reste faible, l’industrie encaisse pour l’heure sans trop de mal la hausse du franc. Mais partout ailleurs on s’inquiète de la stagnation persistante que nourrit une absence d’inflation – ou plus exactement, une hausse des prix si ténue qu’elle correspond, en fait, à une déflation devenue permanente, illustrée par des taux d’intérêt nominaux de plus en plus négatifs.

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  • Suisse-Europe, oser dire l’indicible

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    Pauvre Joseph Deiss. Pour avoir répété sa ferme conviction que la Suisse aurait tout à gagner d’une adhésion à l’Union européenne, le voilà couvert d’insultes et même menacé de mort. L’ancien conseiller fédéral, partisan depuis toujours d’une ouverture du pays au monde (il avait plaidé pour l’entrée de la Suisse à l’ONU), défenseur presque contre tous des avantages pourtant indéniables qui seraient ceux d’une participation pleine et entière à la construction européenne, se heurte donc au «Tabuthema» de nos chers compatriotes alémaniques, rangés nombreux sous la bannière d’une UDC toujours gagnante lorsqu’il s’agit des relations de la Suisse avec l’extérieur.

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  • A la poursuite de prix équitables: Et si la Suisse adoptait l'euro?

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    Le combat contre l’«îlot de cherté suisse» ressemble beaucoup à celui livré contre la hausse constante des primes d’assurance-maladie : postulats et motions parlementaires, initiatives et contre-projets se succèdent, sans que véritablement l’on se rapproche de l’objectif visé.

    Les prix en Suisse demeurent – chiffres de 2017 – de quelque 56% (et même de 68% pour les services) plus élevés que dans les pays de l’UE-15, et tout porte à penser que les mesures préconisées pour renforcer la concurrence, qu’elles émanent de l’initiative «pour des prix équitables» ou du texte que le Conseil fédéral suggère de lui opposer, n’auront pas beaucoup plus d’impact que tout ce qui a été mis en place jusqu’ici.

    Il y a en effet quelque chose de donquichottesque dans ces tentatives de séparer l’îlot de prix, dont tout le monde se plaint, de l’«îlot de salaires» (pour reprendre l’expression d’un confrère de la NZZ), tout aussi élevés, mais que personne, bien évidemment, ne songe à dénoncer, quand bien même les deux phénomènes sont étroitement liés.

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  • Dividendes, le gros mot

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    La rétribution des actionnaires n’a pas bonne presse ces jours-ci, c’est le moins qu’on puisse dire. A leur seul prononcé, on se lève comme un seul homme sur les bancs de la gauche pour condamner toute forme de distribution de dividendes, à défaut d’aspirer à leur pure et simple disparition. Il est vrai que l’histoire est longue du partage jugé inégal de la valeur ajoutée entre travail et capital, entre «juste rémunération de l’effort» et «captation illégitime des profits».

    Pour autant, il circule beaucoup d’idées fausses à ce sujet. Ainsi, on est persuadé que la part des salaires dans le revenu national n’a cessé de baisser au fil des années par rapport à celle des revenus de la propriété, alors qu’il n’en est rien.

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  • Caisses publiques de retraite: in cauda venenum

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    Dans sa grande sagesse, le législateur a prévu que les caisses publiques de prévoyance pouvaient renoncer à une capitalisation complète si l’Etat, supposé éternel, leur accordait sa garantie. Il a toutefois placé un garde-fou à cette exception, en fixant après d’âpres débats au moment de la révision de la LPP (2010) un plancher absolu au degré minimum de capitalisation à atteindre au bout de 40 ans, savoir 80%. Pour les caisses publiques les plus faiblement capitalisées, le défi est de taille : si elles présentent une structure d’âge défavorable, ne comptent que peu de cotisants par rapport au nombre de retraités, ou encore maintiennent des taux de cotisation trop bas en regard des engagements promis, l’effort de recapitalisation se chiffre vite en milliards, voire dizaines de milliards pour les plus grandes d’entre elles.

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  • Médecins au chevet de la prochaine crise

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    Le débat qui s’intensifie au sujet des intérêts négatifs est révélateur du désarroi qui règne chez les économistes. Comment expliquer que les liquidités mises à disposition des intermédiaires bancaires par le truchement de politiques monétaires extraordinairement accommodantes n’alimentent pas le crédit aux entreprises, mais continuent d’être parquées en réserves stériles auprès des banques centrales en dépit des pénalités qui les frappent désormais? Des taux directeurs quasi nuls voire inférieurs à zéro, innovation radicale dans l’arsenal de la lutte anti-crise, ont certes permis de maintenir la dette publique dans des proportions supportables (puisqu’ils n’en alourdissent pas le service, alors même qu’elle continue de grandir), mais c’est là une maigre consolation face à la montagne de difficultés que signifiera le retour à la normale.

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  • Comme la chèvre de Monsieur Seguin

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    Éprise de liberté telle la chèvre de monsieur Seguin, la Suisse n’en finit pas de batailler pour tenir à distance l’accord institutionnel que l’Europe entend lui faire accepter. Point principal d’achoppement, l’entorse à la libre circulation des personnes en la forme d’un ajustement des mesures d’accompagnement existantes, demandé par Bruxelles mais catégoriquement refusé par les syndicats, qui y voient une menace sur le niveau des salaires. Ce caillou dans la chaussure est en quelque sorte l’équivalent pour nos diplomates de ce que la frontière entre l’Irlande et les six comtés unionistes d’Ulster implique pour les négociateurs du Brexit : une probabilité nulle de s’accorder, une impossibilité d’aboutir, de permettre que deux parallèles se rejoignent avant l’infini…

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  • 2019, année de la monnaie

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    L’euro n’a jamais eu la cote chez les économistes, qui l’ont considéré dès sa naissance comme condamné à disparaître à la première occasion, car conçu à rebours du bon sens. Au lieu de parachever une harmonisation des politiques budgétaires et une nécessaire union bancaire, donc d’intervenir au dernier stade de l’intégration économique, la création de la monnaie unique les a précédées, comme si elle pouvait forcer la main de gouvernements restés maîtres chez eux.

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  • Après les taux bas, retour du franc fort ?

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    Le petit monde de la finance attend avec une certaine fébrilité ce que la direction générale de la Banque nationale suisse va annoncer jeudi, à l’occasion de sa conférence de presse trimestrielle de décembre. Les exégètes de la politique monétaire helvétique ne s’attendent pas à de grands changements et prédisent que la BNS va maintenir le cap qu’elle suit avec constance depuis des mois. On perçoit néanmoins ici et là de premiers appels à un resserrement des liquidités plus rapide que celui auquel l’Institut d’émission semble se préparer, avec un premier relèvement des taux programmé dit-on pour l’an prochain.

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  • Le pour et le contre d’une banque postale

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    Le compte de chèque postal, le fameux CCP, est sans doute pour la plupart des gens leur tout premier contact avec le monde des services financiers. Il collecte leurs petites économies, accompagne chaque mois de ses bulletins orange (autrefois vert…) leurs factures de loyer et d’électricité, et relaie ainsi une multitude de versements et de virements dont il consigne encore souvent les «récépissés» dans ces inénarrables petits carnets jaune. En Suisse comme partout ailleurs, la Poste s’est tôt imposée comme un important opérateur du trafic des paiements. Son «Service des chèques et des virements postaux», né en 1906, a même précédé celui de l’Allemagne, lancé en 1908, et commencé ainsi à fonctionner bien avant son équivalent français, qui date de 1918.

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  • Raiffeisen: de l’utilité des coopératives

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    Les turbulences récemment traversées par Raiffeisen démontrent à quels désagréments peut conduire la forme coopérative lorsqu’elle s’applique au monde de la finance. Le troisième groupe bancaire helvétique ne doit bien entendu pas les mésaventures qu’il a connues à sa seule forme juridique. D’autres banques, et non des moindres, ont eu affaire à des tracas d’une autre envergure, alors même qu’elles constituaient des sociétés anonymes pur sucre – que l’on songe simplement aux circonstances ayant entouré la fusion entre UBS et SBS, ou aux déboires d’autres mastodontes telle la Deutsche Bank. Mais se rappelle-t-on encore des péripéties qui avaient conduit à l’époque la Banque Populaire Suisse, cette autre banque coopérative, à finir entre les mains du Crédit Suisse ? A l’origine de ses multiples déconvenues, on retrouve, comme pour Raiffeisen, une défaillance dans le mode de gouvernance, qu’il faut bien imputer à la forme coopérative. Car à la différence de ce que l’on observe pour les sociétés anonymes, la surveillance exercée par le conseil d’administration sur la direction de la coopérative pêche par plusieurs aspects : une absence – ou une insuffisance – de pression sur les organes dirigeants de la part des coopérateurs (ou de leurs délégués dans le cas des grandes coopératives), une lenteur dans la prise de décision, et bien souvent une connaissance lacunaire des membres de la coopérative du domaine dans lequel celle-ci est active. Dans ces conditions, des managers peu scrupuleux, ou tout simplement imprudents, ont toute liberté d’engager l’entreprise dans des aventures risquées. A quoi s’ajoute une certaine fragilité structurelle sur le plan financier, puisque la forme coopérative, lorsqu’elle s’applique à la banque, rend difficile le processus de recapitalisation en cas de besoin urgent de refinancement.

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