Monnaie

  • Entre faucons et colombes, l’inflation divise

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    L’inflation étant sur toutes les lèvres et dans tous les titres, le moment est venu d’essayer de voir de quoi il retourne en vérité.

    Que les indices de prix s’envolent un peu partout est un fait. Dans la zone euro, au mois d’octobre, le taux de renchérissement a atteint son plus haut niveau depuis 13 ans. Aux Etats-Unis, il est même grimpé à 6,2%, du jamais vu depuis novembre 1990. Un peu moins, mais tout de même, au Royaume-Uni, où il faut remonter à décembre 2011 pour retrouver un taux de 4,2%. 

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  • Alice au pays de la finance

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    Il y a d’abord eu le «smartphone», ou téléphone intelligent, en l’avenir duquel peu de monde voulait croire à ses débuts (1994). Aujourd’hui, pas loin des quatre cinquièmes de la population mondiale disposent d’au moins un téléphone mobile de cette catégorie*. De même se répand désormais à toute allure l’usage des «smart contracts», ces chevilles ouvrières automatiques de ce que l’on appelle en abrégé DeFi, acronyme courant de «decentralized finance», où tout s’opère en l’absence de structures hiérarchisées (telles qu’intermédiaires bancaires, plateformes de paiement, banques centrales, etc.) et dans la plus totale – en principe – transparence, une fois franchi le saut technologique, à l’instar d’Alice tombant dans un puits de profondeur inconnue à la poursuite du lapin blanc.

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  • A pas comptés vers la monnaie numérique

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    On n’est plus dans le bitcoin et autres crypto-monnaies plus ou moins fantasmagoriques, mais sur le terrain concret des projets officiels plusieurs fois évoqués ici*, celui des monnaies numériques que pourraient émettre les banques centrales, et qui échauffent beaucoup d’esprits dans les états-majors de ces dernières.

    Dans un «working paper» que vient de publier la Banque nationale suisse sur son site, il est question des conditions et limites qui seraient celles d’une CBDC (central bank digital currency) de détail, soit d’une monnaie numérique à destination du public, donc non limitée à l’échelon des intermédiaires bancaires, comme envisagé jusqu’ici.

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  • Le jeton électronique, monnaie du futur

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    La course aux cryptomonnaies met à ce point les autorités monétaires sous pression qu’elles se sont sérieusement attelées à l’étude de ce que pourrait devenir une monnaie numérique de banque centrale à notre portée à tous.

    Un groupe de travail réunissant les principales d’entre elles (dont la BNS) à Bâle, au siège de la BRI, vient de produire un troisième rapport d’étape montrant si besoin était combien l’affaire devient urgente.

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  • Vertigineux e-coins !

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    Dans le monde de plus en plus rapide dans lequel nous vivons, la monnaie, cœur de nos échanges et étalon de nos économies, est sur le point de basculer du papier – le papier-monnaie –  vers le jeton électronique.

    D’astucieux aventuriers, à l’origine du fabuleux parcours du « bitcoin » (parti de rien, ce premier artefact numérique dépasse actuellement les 49'000 dollars), ont ouvert une voie que les banques centrales, souveraines monopolistes seules en charge d’émettre la monnaie fiduciaire légale (celle qui efface les dettes en toutes circonstances), entendent bien se réserver.

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  • Le jour où le monde a cru basculer

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    Dimanche 15 août 1971. Nous fûmes nombreux – sinon tous – à penser et écrire que la fin de la convertibilité du dollar en or, annoncée ce jour-là dans une allocution télévisée par le président Richard Nixon, allait plonger le monde dans une longue période d’incertitude, «marquée par le retour en force des tendances protectionnistes et le repli des économies sur elles-mêmes»*.

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  • Le bitcoin? Une marchandise.

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    Feriez-vous confiance à une monnaie qui, même si elle remonte ensuite, perd la moitié de sa valeur en quelques jours ? Sûrement pas. Donc, le bitcoin n’est pas une monnaie, puisque le propre d’une monnaie est, outre ses fonctions de moyen de paiement et d’unité de compte (deux fonctions que cette crypto-monnaie ne remplit au demeurant qu’imparfaitement), de servir de réservoir de valeur. Unréservoir ne peut être un puits, non pas sans fond, mais dont le fond varie de hauteur au gré des circonstances.

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  • Le Bitcoin et la dette publique

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    D’un côté, une communauté financière qui s’enflamme pour une «cryptomonnaie» ne valant intrinsèquement rien et en propulse pourtant la «valeur de marché» jusqu’à près de 50'000 dollars l’unité. De l’autre, un escadron d’économistes majoritairement français et presque exclusivement de gauche qui considèrent que, 2'000 milliards de dette publique ne valant au fond pas grand-chose puisque détenus par la BCE, mieux vaudrait les effacer purement et simplement. Un monde fou, fou, fou, fou, en somme. En tout cas, des signaux révélateurs d’une perte de repères, qui conduit à négliger quelques vérités que l’on ferait bien de garder à l’esprit.

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  • Véniel, le péché monétaire de la Suisse ?

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    Oui, la Suisse «manipule» sa monnaie, ou plus exactement son taux de change par rapport au dollar. La définition de ce péché est donnée par le Régisseur mondial des monnaies, j’ai nommé le Trésor américain, qui depuis 1988* est chargé de faire rapport au comité compétent du Congrès US sur l’état des relations entre les États-Unis et leurs principaux partenaires commerciaux. Sont considérés comme manipulateurs les pays, respectivement leurs banques centrales, qui abaissent artificiellement le taux de change de leur monnaie par rapport au dollar, afin évidemment de se procurer un avantage concurrentiel «déloyal» (unfair).

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  • Trump toujours: jusqu’à quand la trêve des monnaies?

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    La politique monétaire est à la Suisse ce que la fusion nucléaire sera un jour à l’énergie : plus la Banque nationale accroît ses réserves de devises, plus elle en crée de nouvelles, tout comme les surgénérateurs finiront par produire davantage de combustible qu’ils n’en consommeront.

    C’est tout le paradoxe du franc fort. Les dollars, euros et autres yens que la BNS rachète en masse pour freiner la hausse du franc sont placés en diverses sortes de créances et de titres de participation qui dégagent un rendement libellé par la force des choses dans les mêmes monnaies. Si l’enregistrement de ces entrées de devises n’affecte pas le taux de change, puisque leur conversion en francs, de nature purement comptable, s’opère sans passer par le marché, il n’en reste pas moins qu’elles accroissent de la même manière les réserves de change, comme l’écrit d’ailleurs la Banque dans son compte-rendu annuel : «L’augmentation de la somme du bilan […] s’explique principalement par les plus-values et les revenus tirés des placements,
et accessoirement par des achats de devises» (112e rapport de gestion, p. 84).

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  • Le Roi dollar est mort. Vive le roi euro ?

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    Lentement, sûrement quoique irrégulièrement, la part du dollar dans les réserves officielles de change des banques centrales diminue. Supérieure à 75% au sortir du régime des changes fixes (1973), voisine même de 79% en 1978, tombée à 59% en 1995 pour remonter au-dessus de 71% à la naissance de l’euro (1999), cette part n’est plus aujourd’hui que de 62%. On n’en tirera pas des conclusions définitives, mais on admettra que la suprématie de la devise américaine n’est plus aussi établie que naguère.

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  • Imbroglio juridico-monétaire en Europe

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    Lorsque le droit se mêle d’économie, on peut être sûr que les choses sont parties pour durer. En l’occurrence, l’affaire porte sur un sujet éminemment délicat, celui des compétences respectives de l’Union européenne et de son membre le plus influent et le plus puissant, on aura reconnu l’Allemagne, en matière de politique monétaire.

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  • Un stress test grandeur nature

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    Les épreuves d’effort (stress tests en langage administratif) imposées aux établissements bancaires après la débâcle de 2007-2008 avaient rendu obligatoires des recapitalisations censées leur permettre de résister aux chocs les plus rudes. Les régulateurs avaient imaginé à peu près tous les cas de figure, mais on doute qu’ils aient prévu une pandémie grossissant à la vitesse de l’éclair et soumettant les branches d’activité liées à la circulation des personnes – transport (aérien surtout), tourisme, hôtellerie, restauration – à une chute quasi instantanée de leur activité, donc à l’évaporation complète ou presque de leurs entrées de recettes.

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  • En route vers la parité ?

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    Mine de rien, la Banque nationale suisse s’accommode d’un recul progressif de l’euro, tombé ces derniers jours à 1.06 franc, c’est-à-dire à un niveau qui, il n’y a pas si longtemps de cela, aurait fait hurler les exportateurs, et qui, quelques années plus tôt et à quelques décimales près (on s’était même approché à une occasion de la parité), avait justifié l’introduction momentanée d’un cours plancher.

    Pour expliquer ce qui ressemble à un abandon ou à une manifestation d’impuissance face aux forces du marché, on invoque généralement un différentiel d’inflation qui amenuise peu à peu la surévaluation effective du franc, sans compter l’œil sévère que Washington porte à nouveau sur la Suisse, soupçonnée de manipuler le cours de change de sa monnaie.

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  • Cours du franc : le Big Mac a parlé

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    Que le franc soit surévalué, personne ne le conteste. Mais de combien? Là, les estimations divergent, car il y a le cours nominal, le cours réel (inflation déduite, mais il y a deux déflateurs : les prix à la consommation et les prix à la production…), le cours pondéré par le pouvoir d’achat (la fameuse «parité des pouvoirs d’achat», ou PPA, obtenue quand on corrige le cours nominal au moyen d’un indicateur tel, par exemple, que le produit intérieur brut par personne).

    Sans compter que le cours du franc par rapport au dollar n’est évidemment pas le même que son cours face à l’euro, au yen japonais, à la livre sterling, au dollar canadien, à la couronne danoise, etc., sans parler de l’indice du cours de change effectif, nominal ou réel, total ou partiel, par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux…

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  • Le e-franc, c’est plié. Pour l’instant ?

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    Enterrée, donc, l’idée d’une monnaie électronique de banque centrale  destinée au public*. S’il peut à la rigueur se justifier de créer un franc électronique, ce ne peut être en l’état, estime le Conseil fédéral, qu’à l’intention de l’échelon intermédiaire, savoir celui des banques et d’autres grossistes du marché financier. C’est sans doute raisonnable, mais c’est un peu dommage. Pourquoi se fermer à une évolution technologique qui finira bien un jour par s’imposer ?

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  • La révolution des monnaies est en marche

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    L’avènement des crypto-monnaies ne soulève pas une vague d’enthousiasme chez les banques centrales, tant s’en faut. Car ces nouveaux moyens d’échange représentent ni plus ni moins qu’une attaque frontale contre un système de paiement à deux étages (celui des banques commerciales qui recueillent les dépôts du public, et celui des banques centrales qui, fortes de leur monopole, régulent la liquidité de l’ensemble) de moins en moins apte à se conformer aux exigences de la numérisation en marche de l’économie.

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  • On cherche responsables de la crise

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    «Au final, qui est responsable de tout ce désordre financier ?» se demande ce correspondant qui, comme beaucoup d’autres observateurs inquiets de la tournure des événements, est à la recherche de «personnes, entités ou institutions capables de remettre le bateau à flot».

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  • Bientôt, les monnaies seront numériques

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    La Banque nationale suisse n’y croit guère, et pourtant la numérisation des monnaies avance à grands pas. On en veut pour preuve non seulement le lancement prochain de la libra, qui paraît irrésistible malgré les méfiances exprimées ici et là, mais aussi et surtout la multiplication explosive de solutions de paiement privées, quasi gratuites, de la part de géants du numérique, de plateformes de e-commerce et plus récemment de néobanques, allemandes notamment (ce qui est un comble pour un pays généralement considéré comme plutôt traditionnaliste), uniquement présentes sur les réseaux de téléphonie mobile.

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  • Et revoilà la monnaie pleine !

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    Chassée par la porte, la monnaie pleine est peut-être en train de revenir par la fenêtre. Le débat suscité par l’émergence des crypto-monnaies conduit en effet à postuler qu’un beau jour, sans doute pas si lointain, les banques centrales pourraient être amenées à émettre leurs propres monnaies numériques. Car il est hors de question, pour toutes sortes de raisons bonnes ou mauvaises, de laisser filer le monopole de l’émission de moyens de paiement légaux vers des organisations privées telles que Facebook et consorts dont les ambitions en la matière, on l’a vu, sont immenses.

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