Le blog de Marian Stepczynski - Page 4

  • Le Roi dollar est mort. Vive le roi euro ?

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    Lentement, sûrement quoique irrégulièrement, la part du dollar dans les réserves officielles de change des banques centrales diminue. Supérieure à 75% au sortir du régime des changes fixes (1973), voisine même de 79% en 1978, tombée à 59% en 1995 pour remonter au-dessus de 71% à la naissance de l’euro (1999), cette part n’est plus aujourd’hui que de 62%. On n’en tirera pas des conclusions définitives, mais on admettra que la suprématie de la devise américaine n’est plus aussi établie que naguère.

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  • Le monde orphelin d'un brillant chercheur

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    Il n’avait que 41 ans. La communauté scientifique a rendu un hommage unanime à ce brillant enseignant à Harvard et chercheur associé de l’Ecole d’économie de Toulouse (sans doute la meilleure du genre) qui aurait probablement été nobélisé un jour si la destinée lui en avait laissé le temps.

    Décédé le 23 juillet dernier à Cambridge, Emmanuel Farhi laisse, parmi beaucoup de contributions à l’explication des grands déséquilibres mondiaux, quelques working papers qui éclairent sur l’enchaînement de causes et d’effets ayant conduit, entre autres, à la crise des subprime puis au ralentissement économique mondial. 

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  • La pandémie et l’effet cobra

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    La question taraude plus d’un observateur. Les soutiens massifs, monétaires et budgétaires, déclenchés en réponse à la crise sanitaire ne risquent-ils pas de succomber à l’«effet cobra»? Il est fait allusion ici à l’échec cuisant d’une expérience menée en Inde à l’époque coloniale pour tenter de réduire les populations du dangereux élapidé.

    L’administration britannique d’alors avait imaginé offrir une récompense à chaque personne qui lui rapporterait un cobra mort. Mais elle n’avait pas prévu que de petits malins, flairant l’aubaine, se lanceraient dans l’élevage de cobras à grande échelle. Aussi cessa-t-elle de distribuer les primes promises, si bien que les éleveurs relâchèrent leurs serpents dans la nature, dont le nombre, du coup, dépassa ce qu’il avait été auparavant. Les économistes citent volontiers cette anecdote pour illustrer comment des politiques mal orientées peuvent déboucher sur des effets inattendus et surtout constituer un remède pire que le mal que l’on cherche à combattre

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  • Darius, la RTS et le Journal de Genève

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    Rarement événement «people» aura autant secoué la partie romande du pays que l’annonce du départ du présentateur vedette du TJ pour une chaîne française d’info en continu. L’affaire n’est pas banale, car dans la règle, les journalistes suisses même les plus en vue ne sont pas considérés comme des demi-dieux, mais comme des professionnels dont le sérieux n’a d’égal que la modestie. Il y a bien eu, outre-Sarine, quelques cas de transferts entre médias audiovisuels qui ont fait jaser, mais cela reste l’exception. De même qu’à Berne nos conseillers fédéraux prennent le tram comme tout le monde, les visages connus, Darius Rochebin comme les autres, vaquent à leur quotidien sans soulever davantage qu’un sourire lorsqu’ils sont reconnus dans la rue. Ici, on n’est pas en France, où la scène médiatique est un véritable capharnaüm.

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  • Singularités du marché du logement

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    Une courte virée dans les villes de moyenne importance de Suisse romande suffit pour s’en convaincre. Aussi bien à Vevey qu’à Aigle, Monthey ou encore Sion, il se construit à tour de bras des immeubles d’habitation aux dimensions parfois imposantes qui peinent à se remplir. Comment se fait-il que les investisseurs, institutionnels pour la plupart, impliqués dans cette frénésie immobilière aient pu grossièrement surestimer le potentiel locatif de régions certes dynamiques, mais pas au point d’accueillir pareil afflux de résidents ?

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  • Ce que signifie une baisse de 6% du PIB

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    La question semble oiseuse, elle n’en est pas moins fondamentale par ses conséquences pratiques : quelle est la différence entre une récession de type classique et une récession de type pandémique ?

    Lorsque l’économie recule sous l’effet d’une crise de la dette ou par suite de l’éclatement d’une bulle spéculative, le redressement peut prendre son temps, mais il survient d’une façon ou l’autre, généralement prédictible, et gouvernable, car estimable sur la base des expériences passées. Ainsi, la sortie de crise amorcée au lendemain de 2009 avait été assez correctement anticipée par la plupart des modèles économétriques. Le Créa lausannois, par exemple, avait bien vu le retour d’une croissance à 2% du PIB aux alentours de 2011, de la même façon que l’OCDE dans ses Perspectives économiques n° 86 datées de novembre 2009.

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  • Wirecard: Vie et mort d’une étoile financière

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    Ce pourrait bien être le plus grand scandale financier que l’Allemagne, et pourquoi pas l’Europe tout entière, aient connu depuis des générations. Petite startup lancée en 1999, devenue au fil des ans une imposante société de services financiers, une «Fintech» comme on dit, sous la baguette magique de son PDG Markus Braun, un technicien autrichien en génie informatique, le groupe munichois Wirecard vient de mettre la clé sous la porte. En cause, la découverte, après des années de soupçons et d’insinuations à aucun moment pris au sérieux, d’un énorme trou dans son bilan : 1,9 milliard d’euros, évaporés de comptes bancaires aux Philippines, qui n’ont vraisemblablement jamais existé.

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  • La BNS a quitté le mode pilote automatique

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    Quatre fois l’an, la Banque nationale suisse convoque la presse pour lui exposer sa vision du monde et des événements. Le rituel trimestriel de cet «examen de la situation économique et monétaire» a quelque chose d’immuable, que résume fort bien la phrase suivante : «La Banque nationale poursuit sa politique monétaire expansionniste». L’intérêt négatif demeure ce qu’il est, les interventions sur le marché des changes ont lieu chaque fois que nécessaire, et le cours du franc, quoique élevé, est maintenu au-dessus d’une barre, légèrement fluctuante mais jamais inférieure à 1,05 franc pour un euro, de sorte que des «conditions monétaires appropriées» sont assurées. Bref, au pays du matin calme aimerait-on dire, de la Suisse comme de la Corée. Ou encore : la politique monétaire en mode pilote automatique.

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  • PostFinance, Gulliver bancaire

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    Filiale séparée de sa maison mère en juin 2013, PostFinance a obtenu cette année-là le statut de banque. Depuis, elle est soumise à l’instar des quatre autres banques d’importance systémique (UBS, Credit Suisse, ZKB et Raffeisen) à l’étroite surveillance de la Finma, qui impose des règles très strictes, en matière de capitalisation et d’éventuelle liquidation, à ce quintette «too big to fail». Autrement dit, l’autorité considère que le risque que ces mastodontes de la finance font courir à l’ensemble de l’économie s’il leur advenait de faire naufrage impose qu’ils soient dotés de fonds propres bien supérieurs à ceux que les banques d’importance moindre doivent afficher au bilan.

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  • Trois ou quatre billions, et ça repart !

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    L’amphigourisme trumpien, qui prend prétexte de n’importe quoi pour annoncer le retour de l’Amérique, ne pouvait manquer d’exploiter les derniers chiffres de l’emploi. Les 2,5 millions d’embauches notées en mai, et le recul du taux de chômage de 14,7% à 13,3%, ces «chiffres incroyables» brandis en conférence de presse impromptue vendredi, confirment il est vrai l’impressionnante dynamique de l’économie américaine, même si une lecture moins précipitée de la statistique en relativise la portée. Car le recul de l’emploi en mars et avril avait été massif, au point de détruire plus de 22 millions de postes de travail, et porter le taux de chômage à son niveau le plus élevé depuis 1948.

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  • La concurrence, bijou à dorloter

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    Quand on est né, économiquement parlant, dans l’admiration du marché et de sa principale règle de fonctionnement, la concurrence, on ne peut que réfuter toutes formes d’excuses à son non respect. Margrethe Vestager, la vice-présidente exécutive de la Commission européenne et commissaire à la concurrence depuis 2014, est de cette trempe-là, elle qui n’a jamais dévié de sa trajectoire, quitte à ne pas se faire que des amis au sein du Conseil européen. On se rappelle les amendes et redressements colossaux qu’elle a infligés à Apple en 2016 et à Google en 2017, son refus de la fusion Alstom-Siemens, et surtout cette phrase, lâchée en novembre dernier dans une interview au quotidien belge Le Soir: «Lorsqu'il y a des champions européens, c'est parce qu'ils ont été stimulés par la concurrence, et non parce qu'ils ont été biberonnés et chouchoutés». Elle s’opposait ainsi frontalement aux idées avancées par le ministre français de l’économie Bruno Lemaire («L’Europe a besoin de champions industriels»), qui entend, de concert avec son homologue allemand Peter Altmaier, obtenir une révision du droit européen de la concurrence.

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  • Arrêt sur image, ou saut dans le vide ?

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    La chute verticale des activités déclenchée, il y a maintenant deux mois, par la mise en quarantaine d’un nombre croissant de pays et de populations se révélera-t-elle au bout du compte un simple arrêt sur image, de sorte que tout repartira non point comme avant mais assez rapidement pour effacer les traces laissées par le confinement, ou faut-il au contraire s’attendre à une lente remontée des activités, accompagnée d’un chômage persistant et d’une multiplication des faillites ?

    La prévision ici est hasardeuse, car rien de tel ne s’est jamais produit. On peut tout juste s’aventurer à prédire que ce qui était faible et fragile avant la pandémie résistera moins bien que ce qui était déjà puissant et efficace. Et que la remise sur pied des systèmes et services publics malmenés par la crise (santé, transports en commun, assurances sociales) engendrera des besoins de financement outrepassant toutes les limites budgétaires connues.

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  • La BNS prise au piège de ses avoirs

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    Les colossales réserves de change de la Banque nationale suisse (280 milliards de dollars, 304 milliards d’euros, et ainsi de suite) aiguisent les appétits. Avec un pareil actif, qui porte les 852 milliards de francs de total de bilan bien au dessus du produit intérieur brut de la Suisse (700 milliards et quelques à fin 2018), l’Institut d’émission enregistre, au gré des fluctuations des marchés, des gains et des pertes d’une ampleur qui donne le vertige. Les gains l’emportent toutefois dans la durée, bien que le portefeuille soit composé et géré de manière conservatrice : un peu d’or (52 milliards) comme le veut la loi, et des titres sûrs, composés à 80% d’obligations (dont 70% d’obligations d’Etat), pour 20% seulement d’actions. De sorte que les bénéfices accumulés continuent en moyenne de grossir, au point que les fonds propres dépassent les 167 milliards de francs (situation au 31 décembre 2019)*.

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  • Imbroglio juridico-monétaire en Europe

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    Lorsque le droit se mêle d’économie, on peut être sûr que les choses sont parties pour durer. En l’occurrence, l’affaire porte sur un sujet éminemment délicat, celui des compétences respectives de l’Union européenne et de son membre le plus influent et le plus puissant, on aura reconnu l’Allemagne, en matière de politique monétaire.

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  • Comment se figurer le monde d’après

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    L’irruption d’un virus inconnu bousculant nos vies ordinaires a fait éclore toute une série d’initiatives visant à façonner ce que pourrait être le monde de demain. Ces avions sagement alignés sur les tarmacs, on imagine s’en passer désormais. L’absence de trafic ayant rendu le ciel inhabituellement bleu, on suggère d’en profiter pour bannir carrément la voiture du centre-ville à l’avenir. Et ce télétravail, testé avec un succès acceptable, pourquoi ne pas en faire la règle partout où on l’a introduit ? Un monde presque parfait ainsi campé, ne reste plus qu’à l’imposer dans la réalité.

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  • En vue : un endettement colossal

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    Le confinement, moyen grossier (mais y en avait-il d’autre ?) de ralentir la propagation du virus, a déclenché le choc conjoncturel le plus brutal que le monde ait connu depuis la guerre. Avec la même détermination qu’ils ont mise à déployer séance tenante les remparts sanitaires, les gouvernements ont construit, en tapant au hasard dans l’arsenal des moyens monétaires et budgétaires à leur disposition, des plans de soutien des entreprises et des ménages frappés par la chute des revenus. Ce sont, si on les additionne, des milliers de milliards au total qui auront été ainsi annoncés, et pour partie déjà débloqués.

    Seront-ils efficaces ? Bien malin qui pourrait aujourd’hui en juger. Etant donné qu’on est incapable de prédire le temps que prendra le déconfinement, et encore davantage d’en évaluer les retombées secteur par secteur, on ne sait pas ce qu’il en ressortira en termes de finances publiques, sinon que presque partout les ratios d’endettement vont exploser, eux qui étaient déjà élevés depuis la crise financière de 2007-2008. Ils franchiront allègrement les 100% du PIB dans les pays fortement endettés, s’en approcheront aussi aux Etats-Unis et pourquoi pas en Allemagne, pour ne pas parler des 150% italiens et des plus de 200% japonais.

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    Lien permanent Catégories : Chine, Chômage, Croissance, Dette, Futur 5 commentaires
  • Le problème des aides tous azimuts

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    On ne peut que comprendre la détresse financière des prestataires de services en tout genre, sanitaires, culturels, cosmétiques, etc. privés de la moindre possibilité de «faire entrer de l’argent», et tenter d’y remédier. Reste que distribuer du pouvoir d’achat à large échelle sans qu’existe, en face, une production correspondante, pose un problème macro-économique qui n’est simple ni à comprendre ni à résoudre.

    Si en effet la distribution se généralise, dans le cas extrême, à l’ensemble de la population active confinée, elle n’équivaut plus à une prestation d’assurance, financée selon le principe de la prise en charge collective des risques, mais elle représente bel et bien une dépense sans contrepartie. Il en résulte par définition un excès de demande sur l’offre, ce qui est la condition d’apparition de l’inflation.

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  • On a sorti la grosse artillerie

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    En 2007-2008, ce sont les banques centrales qui s’étaient trouvées en première ligne pour empêcher que la crise financière n’emporte l’économie. En 2020, pour barrer la route à une crise d’ampleur à ce jour encore inconnue mais qui selon toute vraisemblance, si on la laissait filer, se révélerait au bout du compte du même ordre de grandeur que celle des années 30, ce sont les Etats qui, à coup de milliers de milliards, volent au secours de pans entiers de l’économie.

    Les banques centrales sont également de la partie, mais moins pour soutenir un système bancaire dans l’ensemble plus solide qu’à l’époque, que pour empêcher que ce flot inédit de dépenses publiques n’entraîne une remontée des taux d’intérêt et par contrecoup l’insolvabilité de bon nombre de pays surendettés.

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  • «On vous l’avait bien dit !»

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    Et voici venu le temps des redresseurs de torts et des justiciers du jour d’après. Ecoutez-les : «Comment se fait-il que la Suisse, patrie des pharmas, soit incapable de fournir les masques et les solutions hydro-alcooliques dont nos soignants débordés ont un cruel besoin ? Comment n’a-t-on rien vu venir, alors qu’une pandémie de cette nature nous pendait au nez depuis que des scénarios catastrophes l’avaient annoncée que chacun pouvait consulter ? Comment des gouvernements, dont les ministres de la santé au premier chef, ont-ils pu fermer des hôpitaux et laisser s’étioler les budgets du secteur médico-social alors que les besoins de populations vieillissantes allaient visiblement augmenter même avant que surgisse cette cochonnerie de virus ?».

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  • Un stress test grandeur nature

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    Les épreuves d’effort (stress tests en langage administratif) imposées aux établissements bancaires après la débâcle de 2007-2008 avaient rendu obligatoires des recapitalisations censées leur permettre de résister aux chocs les plus rudes. Les régulateurs avaient imaginé à peu près tous les cas de figure, mais on doute qu’ils aient prévu une pandémie grossissant à la vitesse de l’éclair et soumettant les branches d’activité liées à la circulation des personnes – transport (aérien surtout), tourisme, hôtellerie, restauration – à une chute quasi instantanée de leur activité, donc à l’évaporation complète ou presque de leurs entrées de recettes.

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