Le blog de Marian Stepczynski - Page 3

  • Un plan fou pour sortir de la crise et de la « japonisation »

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    Parler de crise ? En Suisse, cela ne peut susciter en ce moment que des hochements de tête. L’économie va bien, le chômage reste faible, l’industrie encaisse pour l’heure sans trop de mal la hausse du franc. Mais partout ailleurs on s’inquiète de la stagnation persistante que nourrit une absence d’inflation – ou plus exactement, une hausse des prix si ténue qu’elle correspond, en fait, à une déflation devenue permanente, illustrée par des taux d’intérêt nominaux de plus en plus négatifs.

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  • Il ne sert à rien de tirer sur l’ambulance

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    Mais qui sont ces techniciens qui n’ont de compte à rendre à personne et pourtant engagent nos destinées à tous ? La question fait ici référence aux banquiers centraux et, derrière eux, aux équipes de macroéconomistes et d’économètres qui préparent leurs décisions. Elle pourrait s’appliquer aux autres grandes administrations (la santé, le social, les transports), mais elle prend un relief particulier lorsqu’il s’agit de politique monétaire, singulièrement depuis que celle-ci a abouti à la généralisation de taux d’intérêt négatifs, si négatifs même que des emprunts d’Etat à cent ans d’échéance se négocient depuis peu sur le marché secondaire à moins de zéro de rendement !

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  • Payer à la vitesse de l’éclair

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    On vit décidément une drôle d’époque. L’argent, et il y en a toujours davantage, circule de plus en plus vite, alors que les économies croissent de plus en plus lentement. Sans doute n’y a-t-il qu’un rapport lointain entre la vitesse des règlements, qui se compte désormais en secondes, et la décélération des flux commerciaux, freinés par l’escalade tarifaire entre les Etats-Unis et la Chine sans parler d’autres sources d’inquiétude. Mais il n’est pas exclu que l’une déborde sur l’autre.

    Lorsqu’il se passait des jours, parfois des semaines, entre une décision de paiement prise par un acheteur A et sa matérialisation sur les livres d’un vendeur B, la viscosité du processus de règlement offrait à beaucoup d’intermédiaires l’occasion de justifier leur raison d’être et, partant, celle d’expliquer le caractère indiscutablement fondé des frais y afférents. Banquiers, comptables, vérificateurs, juristes préposés à la compliance y trouvaient leur compte, et la terre continuait de tourner.

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  • La guerre des monnaies a commencé

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    On sentait la chose venir, elle est venue. Faute de disposer d’une riposte correspondante sur le terrain commercial, la Chine a décidé de laisser choir sa monnaie face au dollar. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le renminbi est tombé à son plus bas niveau depuis 2008, en partie certes sous l’effet des craintes qui ont envahi les marchés à l’annonce des nouvelles hausses tarifaires brandies par un président des Etats-Unis plus déterminé que jamais, mais aussi et peut-être surtout en raison de la décision prise par la Banque populaire de Chine de ne plus défendre le yuan face au dollar.

    La réaction américaine ne se fera probablement pas attendre, et pour cause.

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  • L’économie selon Trump

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    Le président en exercice des Etats-Unis a une vision simple et claire de l’économie. Leur balance commerciale demeure-t-elle systématiquement déficitaire ? C’est que les barrières douanières érigées par leurs concurrents freinent les exportations américaines. Les autres monnaies sont-elles sous-évaluées par rapport au dollar ? C’est que la Chine, l’Europe, le Japon, peut-être même la Suisse, manipulent leurs taux de change. La croissance du produit intérieur brut faiblit-elle dangereusement, revenue qu’elle est des 3,1% du premier trimestre à 2,1% au second ? C’est que la Réserve fédérale a relevé à plusieurs reprises ses taux directeurs, avant de se refuser obstinément jusqu’ici à les abaisser.

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    Lien permanent Catégories : Etats-Unis 11 commentaires
  • Faire contre mauvaise fortune bon cœur

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    Les programmes internationaux de réforme de l’imposition des entreprises risquent de coûter cher à la Suisse. On a déjà pu mesurer ce que l’alignement des taux d’imposition résultant de la suppression des avantages fiscaux consentis à certaines sociétés étrangères allait entraîner comme manque à gagner pour leurs cantons de domicile. Les nouvelles mesures qui se profilent, toujours en application des standards minimaux du BEPS («Base Erosion and Profit Shifting», ce projet de l’OCDE en matière de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices), devraient entraîner une perte fiscale d’ampleur encore plus grande pour la Suisse, car il ne s’agira plus simplement de faire disparaître des inégalités de traitement à l’intérieur du pays entre entreprises locales et sociétés étrangères à statut privilégié, mais beaucoup plus largement de participer à la lutte qui se mène, à l’échelle de l’OCDE et du G 20, contre les pratiques abusives en matière de «prix de transfert», qui conduisent les multinationales à localiser l’essentiel de leurs bénéfices dans les pays à bas taux d’imposition. Selon le Département fédéral des finances, la Confédération pourrait y perdre jusqu’à 5 milliards de francs par année, sans compter la part des cantons et des communes.

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  • Suisse-Europe, oser dire l’indicible

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    Pauvre Joseph Deiss. Pour avoir répété sa ferme conviction que la Suisse aurait tout à gagner d’une adhésion à l’Union européenne, le voilà couvert d’insultes et même menacé de mort. L’ancien conseiller fédéral, partisan depuis toujours d’une ouverture du pays au monde (il avait plaidé pour l’entrée de la Suisse à l’ONU), défenseur presque contre tous des avantages pourtant indéniables qui seraient ceux d’une participation pleine et entière à la construction européenne, se heurte donc au «Tabuthema» de nos chers compatriotes alémaniques, rangés nombreux sous la bannière d’une UDC toujours gagnante lorsqu’il s’agit des relations de la Suisse avec l’extérieur.

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    Lien permanent Catégories : Air du temps, Europe, suisse 6 commentaires
  • Et revoilà la monnaie pleine !

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    Chassée par la porte, la monnaie pleine est peut-être en train de revenir par la fenêtre. Le débat suscité par l’émergence des crypto-monnaies conduit en effet à postuler qu’un beau jour, sans doute pas si lointain, les banques centrales pourraient être amenées à émettre leurs propres monnaies numériques. Car il est hors de question, pour toutes sortes de raisons bonnes ou mauvaises, de laisser filer le monopole de l’émission de moyens de paiement légaux vers des organisations privées telles que Facebook et consorts dont les ambitions en la matière, on l’a vu, sont immenses.

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  • Banques centrales en ordre de bataille

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    On pouvait bien imaginer qu’après les robots humanoïdes et les chaînes d’assemblage automobiles, l’esprit fertile des innovateurs s’intéresserait à la finance et à la monnaie. D’où l’éclosion d’innombrables fintech à partir du début des années 2010, et la naissance en parallèle des premières crypto-monnaies, de l’emblématique Bitcoin aux dérivés technologiquement plus avancés d’Ethereum. Mais le comble de l’avancée en matière d’innovation financière est désormais atteint avec la rencontre de ces moyens d’échange numériques et du big data, cette masse d’informations collectées par les réseaux et les grands distributeurs. L’exemple le plus spectaculaire de ce croisement est la naissance de Libra, la crypto-monnaie promise dit-on à une destinée universelle.

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  • Facebook Libra et autres artéfacts monétaires

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    La planète est en émoi depuis que Facebook a annoncé le lancement de Libra, sa monnaie numérique. Car même si la réputation du réseau social a été sérieusement mise à mal depuis l’affaire des fuites de Cambridge Analytica, le nombre de ses utilisateurs est tellement élevé que son entrée dans le monde des paiements risque par ce simple fait de déstabiliser l’ensemble du système bancaire.

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  • Où le droit s’intéresse aux taux négatifs

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    Astucieusement conseillée, une grande commune genevoise (la Ville ?) s’est dit que l’emprunt conséquent (100 millions de francs) qu’elle avait contracté en 2006 auprès d’une banque à un taux égal au Libor à 6 mois ne devrait plus l’obliger à payer des intérêts depuis que ce taux est devenu négatif, mais pouvait à l’inverse l’amener à demander que ce soit la banque qui lui verse des intérêts !

     

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  • A la poursuite de prix équitables: Et si la Suisse adoptait l'euro?

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    Le combat contre l’«îlot de cherté suisse» ressemble beaucoup à celui livré contre la hausse constante des primes d’assurance-maladie : postulats et motions parlementaires, initiatives et contre-projets se succèdent, sans que véritablement l’on se rapproche de l’objectif visé.

    Les prix en Suisse demeurent – chiffres de 2017 – de quelque 56% (et même de 68% pour les services) plus élevés que dans les pays de l’UE-15, et tout porte à penser que les mesures préconisées pour renforcer la concurrence, qu’elles émanent de l’initiative «pour des prix équitables» ou du texte que le Conseil fédéral suggère de lui opposer, n’auront pas beaucoup plus d’impact que tout ce qui a été mis en place jusqu’ici.

    Il y a en effet quelque chose de donquichottesque dans ces tentatives de séparer l’îlot de prix, dont tout le monde se plaint, de l’«îlot de salaires» (pour reprendre l’expression d’un confrère de la NZZ), tout aussi élevés, mais que personne, bien évidemment, ne songe à dénoncer, quand bien même les deux phénomènes sont étroitement liés.

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  • La taxation des robots, ou la quête du Graal

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    L’idée de taxer les robots pour financer la reconversion des salariés dont ils auront finalement subtilisé la quasi totalité des emplois fait son chemin, y compris chez les plus éminents fiscalistes. On peut le comprendre, tant le phénomène de la numérisation se répand à la vitesse de l’éclair dans tous les compartiments de l’activité économique. Les derniers doutes sur la faisabilité de la chose (risques d’évasion fiscale ou d’autres formes de contournement de l’impôt) sont en train de tomber, puisque un début de coordination interétatique en matière de taxation se met progressivement en place sous l’égide, notamment, du G20 et de l’OCDE*. On vise d’abord les GAFA, mais le reste se mettra ensuite en place.

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  • Taux nuls : calamité ou bénédiction?

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    On sait maintenant, ou du moins croit-on savoir, que des taux d’intérêt nuls ou même négatifs sont faits pour durer. Comment, en effet, expliquer qu’ils demeurent aussi bas – alors que l’activité, repartie un peu partout, devrait logiquement réveiller l’inflation et les faire remonter dans la foulée – sinon que des mécanismes plus profonds sont à l’œuvre, qui déjouent les relations habituelles entre épargne et investissement et font que malgré des salaires plutôt en augmentation, signe d’une amélioration de l’emploi, les entreprises ne répercutent pas leurs hausses de coûts sur les prix.

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  • Dividendes, le gros mot

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    La rétribution des actionnaires n’a pas bonne presse ces jours-ci, c’est le moins qu’on puisse dire. A leur seul prononcé, on se lève comme un seul homme sur les bancs de la gauche pour condamner toute forme de distribution de dividendes, à défaut d’aspirer à leur pure et simple disparition. Il est vrai que l’histoire est longue du partage jugé inégal de la valeur ajoutée entre travail et capital, entre «juste rémunération de l’effort» et «captation illégitime des profits».

    Pour autant, il circule beaucoup d’idées fausses à ce sujet. Ainsi, on est persuadé que la part des salaires dans le revenu national n’a cessé de baisser au fil des années par rapport à celle des revenus de la propriété, alors qu’il n’en est rien.

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  • Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ?

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    Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

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  • Comment on se tire une balle dans le pied

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    Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. En menaçant la Chine de ses foudres tarifaires, Donald Trump comble d’aise ses zélateurs, mais fait preuve une fois de plus de sa méconnaissance crasse des principes économiques les plus élémentaires. On se souvient par exemple de la conviction avec laquelle il avait affirmé à coups de tweets que ce serait le Mexique qui payerait le mur, alors qu’un étudiant de deuxième année en économie n’aurait eu aucune peine à démontrer que ce seront toujours les contribuables américains qui règleront la facture.

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    Lien permanent Catégories : Chine, Concurrence, Démocratie, Etats-Unis 0 commentaire
  • Caisses publiques de retraite: in cauda venenum

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    Dans sa grande sagesse, le législateur a prévu que les caisses publiques de prévoyance pouvaient renoncer à une capitalisation complète si l’Etat, supposé éternel, leur accordait sa garantie. Il a toutefois placé un garde-fou à cette exception, en fixant après d’âpres débats au moment de la révision de la LPP (2010) un plancher absolu au degré minimum de capitalisation à atteindre au bout de 40 ans, savoir 80%. Pour les caisses publiques les plus faiblement capitalisées, le défi est de taille : si elles présentent une structure d’âge défavorable, ne comptent que peu de cotisants par rapport au nombre de retraités, ou encore maintiennent des taux de cotisation trop bas en regard des engagements promis, l’effort de recapitalisation se chiffre vite en milliards, voire dizaines de milliards pour les plus grandes d’entre elles.

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  • Un monde fou, fou, fou  

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    Un humoriste russophone élu président à Kiew une semaine avant la Pâque orthodoxe, une GAFA rachetant la Grèce (c’est une fiction, mais tout de même), des investisseurs privés majoritaires au capital de la Banque nationale suisse (c’est une réalité)… Le monde décidément marche sur la tête. Dans le film de Stanley Kramer, il y avait au moins un trésor à chercher. Ici, il n’y a rien à récupérer, sinon de grosses déceptions.

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  • Caisse de pensions des fonctionnaires genevois: entre salades et baratinage

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    Le projet de nième recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG), objet d’interminables initiatives et référendums, véhicule son cortège d’inexactitudes et d’approximations quand ce ne sont tout simplement des fadaises.

    Championne du genre, l’Asloca fait, dans un communiqué, remonter aux années 80 – et l’impute à des «choix politiques de la droite» – le passage d’une capitalisation à 100% à un système de capitalisation partielle de ce qui était alors la CIA. En réalité ladite caisse, fusionnée depuis avec la CEH qui était en bien meilleur état, n’avait jamais atteint un taux de couverture de 100% et s’en éloignait toujours plus, de sorte que le grand argentier de l’époque, Robert Ducret, avait habilement suggéré de passer à un système mixte de capitalisation partielle, à la satisfaction générale et non au seul contentement du camp bourgeois.

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