gouvernance

  • Le poids des mots, le choc sanitaire

    Imprimer

    Un virus mute, et tout s’écroule : les bourses, les certitudes de reprise, la confiance dans les vaccins. Et comme de bien entendu, les valeurs dites de refuge – sans que l’on puisse exactement définir en quoi elles le sont – regagnent la faveur des placeurs de capitaux. Le franc, et curieusement le yen (expression pourtant d’une économie japonaise au point mort), amassent en quelques jours les gains de change que leurs banques d’émission s’étaient inlassablement efforcées de leur faire perdre.

    Lire la suite

  • Goulets ou goulots, l’étranglement toujours

    Imprimer

    L’AVC ferroviaire qui a interrompu les liaisons entre Genève et Lausanne n’a certes pas coupé toute communication entre les deux pôles lémaniques, mais il a révélé à quel point cet unique tracé était susceptible à tout moment de mettre des dizaines de milliers de pendulaires dans l’embarras. L’autoroute n’est guère mieux ; il ne se passe pas un jour sans qu’un froissement de tôles n’y bloque le trafic. Or une mobilité sans entrave est la clé du dynamisme économique en même temps qu’elle y est constamment mise à l’épreuve. Genève en est la meilleure illustration, qui enchaîne depuis des décennies, avec un certain fatalisme, goulets et goulots sur son maigre territoire : une autoroute de contournement surchargée qu’à l’époque certains tenaient pour inutile, un CEVA contesté jusqu’au dernier moment alors qu’on ne pourrait plus s’en passer, ou encore une traversée de la rade, sorte d’Arlésienne locale, dont l’urgence n’est pourtant plus à démontrer.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Croissance, Démocratie, gouvernance 9 commentaires
  • Alice au pays de la finance

    Imprimer

    Il y a d’abord eu le «smartphone», ou téléphone intelligent, en l’avenir duquel peu de monde voulait croire à ses débuts (1994). Aujourd’hui, pas loin des quatre cinquièmes de la population mondiale disposent d’au moins un téléphone mobile de cette catégorie*. De même se répand désormais à toute allure l’usage des «smart contracts», ces chevilles ouvrières automatiques de ce que l’on appelle en abrégé DeFi, acronyme courant de «decentralized finance», où tout s’opère en l’absence de structures hiérarchisées (telles qu’intermédiaires bancaires, plateformes de paiement, banques centrales, etc.) et dans la plus totale – en principe – transparence, une fois franchi le saut technologique, à l’instar d’Alice tombant dans un puits de profondeur inconnue à la poursuite du lapin blanc.

    Lire la suite

  • Ce curieux r* qui nous gouverne 

    Imprimer

    Les économistes l’appellent r*, ou encore «taux d’intérêt naturel». La notion peut paraître absconse, mais elle détermine beaucoup de choses, dont notre vie matérielle à tous dépend dans une mesure qui nous échappe.

    Commençons par les définitions. Le «taux d’intérêt naturel» est, en théorie économique, le taux réel à court terme qui égalise l’épargne et l’investissement ou, si l’on préfère, qui assure l’équilibre entre l’offre et la demande. L’idée n’est pas récente : c’est l’économiste suédois Knut Wicksell qui l’a développée dans un ouvrage – Interest and prices – paru en 1898 (certains l’a font même remonter à la seconde moitié du 18e siècle en évoquant les considérations d’Adam Smith, le «père» de tous les économistes, sur les rapports entre taux d’intérêt et croissance).

    Lire la suite

  • Vertigineux e-coins !

    Imprimer

    Dans le monde de plus en plus rapide dans lequel nous vivons, la monnaie, cœur de nos échanges et étalon de nos économies, est sur le point de basculer du papier – le papier-monnaie –  vers le jeton électronique.

    D’astucieux aventuriers, à l’origine du fabuleux parcours du « bitcoin » (parti de rien, ce premier artefact numérique dépasse actuellement les 49'000 dollars), ont ouvert une voie que les banques centrales, souveraines monopolistes seules en charge d’émettre la monnaie fiduciaire légale (celle qui efface les dettes en toutes circonstances), entendent bien se réserver.

    Lire la suite

  • La finance durable, qu'èsaquo ?

    Imprimer

    Dans l’un de ses derniers «Repérages», le Centre genevois de droit bancaire et financier (CDBF) pointe du doigt deux circulaires de la FINMA qui semblent «nudger» les banques et les assurances vers l’investissement durable. Voilà quiappelle quelques éclaircissements, que fournit heureusement Jeremy Bacharach, l’auteur de ladite note.

    Nudger, verbalisation de l’affreux anglicisme «nudge», signifie encourager ou inciter à changer de comportement en dehors de toute contrainte ou interdiction, ainsi que l’a formalisé le prix Nobel d'économie 2017 Richard Thaler.

    Lire la suite

  • Multinationales taxées à 15% et maintenant sus aux flibustiers du Web

    Imprimer

    La fin ne justifie pas toujours les moyens, mais cette fois-ci est la bonne. L’accord en matière de fiscalité internationale auquel sont parvenus la quasi totalité des pays sous l’égide de l’OCDE montre que lorsque l’intérêt commun est en jeu, les souverainetés domestiques finissent par plier. Au départ, on ne donnait pas cher de la croisade menée contre l’optimisation fiscale dont les grandes multinationales se sont fait une spécialité. Mais voilà : les centaines, que dis-je, les milliers de milliards de dépenses publiques engagées pratiquement sans compter pour la relance de l’économie et qu’il faudra bien financer un jour ont levé le scepticisme habituel en l’espèce, et rendu possible un consensus que l’on croyait hors de portée.

    Lire la suite

  • Suisse-UE : l’erreur historique

    Imprimer

    Qu’est-ce qui n’a pas été dit et écrit sur l’arrêt brutal des négociations avec Bruxelles ! Le projet d’accord institutionnel aurait été mauvais, alors qu’on y travaillait depuis 2008, et que l’idée remonte même à 1997. Il aurait, selon la version officielle, de toute façon été rejeté en votation populaire, ce qui en dit long sur le courage de l’autorité fédérale, qui n’ose affronter l’opinion. On mesure ici les limites de la démocratie directe, dont les instruments corsètent l’action gouvernementale par la perspective de rejets populaires qui se manifestent à la moindre occasion.

    Fines fleurs de nos institutions politiques, les droits d’initiative et de referendum ont beau être la fierté de la Suisse, on ne veut pas voir que, sur les sujets centraux, ils l’enferment dans des contradictions qu’elle est inapte à surmonter. Il faut donc cesser de s’abriter derrière la formule « le peuple a toujours raison ». Le peuple n’est pas idiot, il demande juste à être informé à la juste mesure. Dans le cas d’espèce, la faute de l’échec échoit intégralement au Conseil fédéral, qui n’a pas pris la peine, inutile a-t-il peut-être considéré, d’expliquer au public la vraie nature des enjeux et des risques encourus à refuser d’y souscrire.

    Lire la suite

  • La dette Covid, vrai ou faux problème ?

    Imprimer

    C’est selon. Le fait est que les sommes gigantesques allouées à différents soutiens correspondent à des engagements publics qu’il n’est pas compliqué de financer pour l’instant puisque l’épargne abonde. Mais ensuite ?

    Toute la question tiendra dans l’attitude des épargnants. Pour l’heure, faute de visibilité et face à l’incertitude, la masse de pouvoir d’achat qui est thésaurisée ne semble pas devoir se déverser d’un coup sur les marchés des biens et services au prix d’une inflation non contrôlée. Cette épargne en partie contrainte, en partie volontaire, finance indirectement la compensation de revenus momentanément non disponibles pour cause de confinement. Mais ensuite ?

    Lire la suite

  • L’immobilier, saison 2

    Imprimer

    Après avoir exemplifié ici même les causes de la pénurie de logements locatifs à l’aide du cas berlinois, venons-en à l’autre saga immobilière, celle de l’impossible accès à la propriété dans ce pays et tout particulièrement à Genève.

    Il y a exactement trente ans, un groupe de travail formé à l’initiative de la CEG d’alors (Caisse d’Epargne du Canton de Genève) avait identifié ce qu’étaient les raisons principales d’une offre insuffisante et d’une constructiontrop coûteuse. On cherchait surtout à l’époque les moyens de répondre à la pénurie de logements bon marché, mais l’analyse ne passait pas à côté des motifs plus généraux du déséquilibre immobilier, symbolisé par l’image, bien connue des économistes, de la paire de ciseaux*.

    Lire la suite

  • Logement : la leçon de Berlin

    Imprimer

    Genève n’est pas Berlin, mais la leçon de l’une vaut pour l’autre. Dans l’intention louable de freiner une hausse devenue explosive, le Sénat (municipalité) de la ville-Land a introduit en février 2020, puis renforcé à diverses reprises, un gel des loyers («Mietendeckel») d’une durée de cinq ans obligeant les propriétaires d’un bon million et demi de logements à en maintenir, et cas échéant réduire, les loyers à leur niveau de juin 2019. Porté en appel devant la cour constitutionnelle de Karlsruhe par une société propriétaire de plusieurs milliers d’appartements, objet d’une multitude d’expertises juridiques, et évidemment contesté par l’opposition à la coalition rose-verte au pouvoir dans la capitale, le dispositif, d’une rare complexité (il prévoit douze niveaux de loyer s’étageant de 3,92 à 9,80 euros le mètre carré au maximum selon l’âge et le niveau de confort du logement*), a déclenché comme on pouvait s’y attendre un vaste débat sur l’efficacité de ce genre de mesure. 

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : gouvernance, Immobilier, Prix 1 commentaire
  • Pour vivre heureux, vivons cachés

    Imprimer

    La Banque nationale suisse, établissement respectable de droit à la fois public et privé régi par une loi spéciale, dispose par ce truchement d’un monopole – celui d’émettre la monnaie fiduciaire légale – qui fait beaucoup d’envieux et encore davantage de contempteurs plus ou moins bien intentionnés. Les crises récentes, financières d’abord et à présent sanitaires, ont braqué les projecteurs sur cette structure assez curieuse, qui à l’instar de ses équivalences européennes (BCE, BoE) et américaine (Fed) est apparue à ces occasions en mesure de sauver l’économie, puisque dotée du pouvoir magique de créer à profusion de la monnaie non point tout à fait ex nihilo, mais à coup sûr sans effort puisqu’il lui suffit pour cela d’acheter des actifs (devises, titres de dette ou de participation) qu’elle paie au moyen de la monnaie qu’elle crée de son propre chef.

    Lire la suite

  • Véniel, le péché monétaire de la Suisse ?

    Imprimer

    Oui, la Suisse «manipule» sa monnaie, ou plus exactement son taux de change par rapport au dollar. La définition de ce péché est donnée par le Régisseur mondial des monnaies, j’ai nommé le Trésor américain, qui depuis 1988* est chargé de faire rapport au comité compétent du Congrès US sur l’état des relations entre les États-Unis et leurs principaux partenaires commerciaux. Sont considérés comme manipulateurs les pays, respectivement leurs banques centrales, qui abaissent artificiellement le taux de change de leur monnaie par rapport au dollar, afin évidemment de se procurer un avantage concurrentiel «déloyal» (unfair).

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Etats-Unis, gouvernance, Monnaie, suisse 2 commentaires
  • A la louche, 1 milliard d'aide par mois perdu

    Imprimer

    Au commencement première de classe dans sa réponse au virus, la Suisse s’est retrouvée soudain en tête de liste des pays les plus touchés par les nouveaux cas. On avance toutes sortes d’explications, sans que l’une ou l’autre ne soit particulièrement convaincante. Certains pointaient du doigt les cantons latins, qu’on sait moins disciplinés que les alémaniques, réputés pour leur sens de la responsabilité individuelle. Las, la deuxième vague les frappe presque aussi durement. 

     

     

     

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Dette, gouvernance, Prévoyance, Santé, suisse 4 commentaires
  • La Suisse romande et la Banque nationale suisse

    Imprimer

    pierre languetin.jpgIl n’y a pas eu beaucoup de Romands à la tête de la BNS. Pierre Languetin (photo Keystone), décédé le 22 octobre, fut même le premier à en présider la direction générale, une vingtaine d’années avant Jean-Pierre Roth. Mais plusieurs membres du directoire de l’Institution ont laissé leur trace dans le souvenir de nous autres, journalistes économiques des grands quotidiens d’ici, à commencer par le défunt Journal de Genève. On rappellera d’abord l’excellent Alexandre Hay, toujours disponible, puis Pierre Languetin précisément, et enfin Jean Zwahlen. Plus récemment, on trouve Jean-Pierre Danthine, aux racines belges avant sa solide implantation en terres lausannoises, et plus près de nous encore, Andrea Maechler, Genevoise de naissance, au parcours académique international*. On aurait presque aimé ajouter à cette énumération Philipp Hildebrand, très attaché à Genève et parfait polyglotte, mais Lucernois pur sucre né à Berne avant d’être aspiré par la carrière que l’on sait, et promis peut-être à reprendre la tête de l’OCDE.

     

     

     

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Banques suisses, gouvernance, suisse 0 commentaire
  • Imbroglio juridico-monétaire en Europe

    Imprimer

    Lorsque le droit se mêle d’économie, on peut être sûr que les choses sont parties pour durer. En l’occurrence, l’affaire porte sur un sujet éminemment délicat, celui des compétences respectives de l’Union européenne et de son membre le plus influent et le plus puissant, on aura reconnu l’Allemagne, en matière de politique monétaire.

    Lire la suite

  • «On vous l’avait bien dit !»

    Imprimer

    Et voici venu le temps des redresseurs de torts et des justiciers du jour d’après. Ecoutez-les : «Comment se fait-il que la Suisse, patrie des pharmas, soit incapable de fournir les masques et les solutions hydro-alcooliques dont nos soignants débordés ont un cruel besoin ? Comment n’a-t-on rien vu venir, alors qu’une pandémie de cette nature nous pendait au nez depuis que des scénarios catastrophes l’avaient annoncée que chacun pouvait consulter ? Comment des gouvernements, dont les ministres de la santé au premier chef, ont-ils pu fermer des hôpitaux et laisser s’étioler les budgets du secteur médico-social alors que les besoins de populations vieillissantes allaient visiblement augmenter même avant que surgisse cette cochonnerie de virus ?».

    Lire la suite

  • Un stress test grandeur nature

    Imprimer

    Les épreuves d’effort (stress tests en langage administratif) imposées aux établissements bancaires après la débâcle de 2007-2008 avaient rendu obligatoires des recapitalisations censées leur permettre de résister aux chocs les plus rudes. Les régulateurs avaient imaginé à peu près tous les cas de figure, mais on doute qu’ils aient prévu une pandémie grossissant à la vitesse de l’éclair et soumettant les branches d’activité liées à la circulation des personnes – transport (aérien surtout), tourisme, hôtellerie, restauration – à une chute quasi instantanée de leur activité, donc à l’évaporation complète ou presque de leurs entrées de recettes.

    Lire la suite

  • Ma caisse de retraite recherche dette, désespérément

    Imprimer

    Lorsque l’incertitude règne, il est assez normal que l’on réfugie ses avoirs dans des valeurs sûres. Or, l’univers des placements financiers ne compte pas une infinité de choix en la matière. On les compterait même, ces choix, sur les doigts d’une seule main : à part les métaux précieux (encore que la plupart d’entre eux fluctuent beaucoup trop pour offrir en tout temps une sécurité adéquate), il n’y a guère que les titres de dette émis par des Etats inspirant confiance qui satisfassent au critère.

    On comprend donc que les individus et les organismes collectifs appelés à gérer des fonds de manière à la fois précautionneuse et si possible rentable se bousculent à l’émission de nouveaux emprunts publics, voire se tournent faute de mieux vers le marché secondaire, la Bourse, pour y acheter ce qui s’y présente quitte à en faire monter les cours.

    Lire la suite

  • Cours du franc : le Big Mac a parlé

    Imprimer

    Que le franc soit surévalué, personne ne le conteste. Mais de combien? Là, les estimations divergent, car il y a le cours nominal, le cours réel (inflation déduite, mais il y a deux déflateurs : les prix à la consommation et les prix à la production…), le cours pondéré par le pouvoir d’achat (la fameuse «parité des pouvoirs d’achat», ou PPA, obtenue quand on corrige le cours nominal au moyen d’un indicateur tel, par exemple, que le produit intérieur brut par personne).

    Sans compter que le cours du franc par rapport au dollar n’est évidemment pas le même que son cours face à l’euro, au yen japonais, à la livre sterling, au dollar canadien, à la couronne danoise, etc., sans parler de l’indice du cours de change effectif, nominal ou réel, total ou partiel, par rapport aux monnaies des principaux partenaires commerciaux…

    Lire la suite