Démocratie

  • La Ville de Genève, une sous-préfecture ?

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    La rencontre sinon inopinée du moins tardivement agendéeentre Biden et Poutine sur les hauteurs du parc La Grange a passagèrement hissé Genève en tête des news mondiales au milieu de la semaine dernière. Cette heureuse diversion,interrompant une succession de mornes nouvelles au sujet de l’avenir du «chef-lieu» – comme disent volontiers nos amis vaudois – de ce canton-ville, nous console un peu. Car, à force de rabrouements populaires successifs (contre le MAH, les tours trop hautes, les Vernets, la Cité de la Musique, les abattages d’arbres, la densité du PAV et j’en passe), on était en train de dériver gentiment vers l’insignifiance, bref, vers la fin de la Genève internationale, seule ville de Suisse dont le nom soit connu dans le monde entier.

    Comme le relevait Isabelle Graesslé lors de l’inauguration du Musée international de la Réforme qu’elle dirige, «seuls 17% des Genevois se disent protestants, mais ils sont conscients que, sans Calvin et la Réforme, leur ville serait restée une petite sous-préfecture de province». 

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  • Suisse-UE : l’erreur historique

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    Qu’est-ce qui n’a pas été dit et écrit sur l’arrêt brutal des négociations avec Bruxelles ! Le projet d’accord institutionnel aurait été mauvais, alors qu’on y travaillait depuis 2008, et que l’idée remonte même à 1997. Il aurait, selon la version officielle, de toute façon été rejeté en votation populaire, ce qui en dit long sur le courage de l’autorité fédérale, qui n’ose affronter l’opinion. On mesure ici les limites de la démocratie directe, dont les instruments corsètent l’action gouvernementale par la perspective de rejets populaires qui se manifestent à la moindre occasion.

    Fines fleurs de nos institutions politiques, les droits d’initiative et de referendum ont beau être la fierté de la Suisse, on ne veut pas voir que, sur les sujets centraux, ils l’enferment dans des contradictions qu’elle est inapte à surmonter. Il faut donc cesser de s’abriter derrière la formule « le peuple a toujours raison ». Le peuple n’est pas idiot, il demande juste à être informé à la juste mesure. Dans le cas d’espèce, la faute de l’échec échoit intégralement au Conseil fédéral, qui n’a pas pris la peine, inutile a-t-il peut-être considéré, d’expliquer au public la vraie nature des enjeux et des risques encourus à refuser d’y souscrire.

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  • «Cette vidéo n’est pas disponible dans votre pays»

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    Combien de fois, frustré, le téléspectateur romand n’est-il pas tombé sur cette annonce en essayant de rejoindre une chaîne européenne coutumière du genre. On ne va pas en faire tout un fromage, mais tout de même. Il y a dans cette minuscule déconvenue un exemple parlant (quoique cette restriction géographique tienne plutôt à une question de droits de diffusion que l’UE peine à régler*) de ce que pourrait signifier pratiquement le fait d’être tenu à l’écart de la construction européenne.

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  • L’immobilier, saison 2

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    Après avoir exemplifié ici même les causes de la pénurie de logements locatifs à l’aide du cas berlinois, venons-en à l’autre saga immobilière, celle de l’impossible accès à la propriété dans ce pays et tout particulièrement à Genève.

    Il y a exactement trente ans, un groupe de travail formé à l’initiative de la CEG d’alors (Caisse d’Epargne du Canton de Genève) avait identifié ce qu’étaient les raisons principales d’une offre insuffisante et d’une constructiontrop coûteuse. On cherchait surtout à l’époque les moyens de répondre à la pénurie de logements bon marché, mais l’analyse ne passait pas à côté des motifs plus généraux du déséquilibre immobilier, symbolisé par l’image, bien connue des économistes, de la paire de ciseaux*.

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  • 1900 milliards pour la planète!?

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    Arraché au forceps à un Sénat divisé comme jamais, le plan de relance à 1900 milliards de dollars de l’administration Biden soulage en même temps qu’il inquiète. En contraste total avec celui dont l’administration précédente se targuait (puisque, au lieu de miser comme ce dernier sur des baisses d’impôt allouées aux riches, le programme démocrate, assez keynésien, promet un large soutien aux classes modestes), la stimulation qu’il  va imprimer à l’économie américaine aura sans aucun doute pour effet de déclencher un redressement massif de la consommation.

    Trump se vantait de restaurer une force de frappe industrielle par des investissements qui n’ont pas réellement suivi. La dépense des ménages, elle, ne se fera pas prier : non seulement l’immense majorité des Américains n’en avaient plus les moyens, mais ceux qui le pouvaient ont préféré épargner dans l’attente de jours meilleurs. Joignez les deux, et vous verrez la consommation exploser. L’investissement, forcément, suivra.

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  • Pour vivre heureux, vivons cachés

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    La Banque nationale suisse, établissement respectable de droit à la fois public et privé régi par une loi spéciale, dispose par ce truchement d’un monopole – celui d’émettre la monnaie fiduciaire légale – qui fait beaucoup d’envieux et encore davantage de contempteurs plus ou moins bien intentionnés. Les crises récentes, financières d’abord et à présent sanitaires, ont braqué les projecteurs sur cette structure assez curieuse, qui à l’instar de ses équivalences européennes (BCE, BoE) et américaine (Fed) est apparue à ces occasions en mesure de sauver l’économie, puisque dotée du pouvoir magique de créer à profusion de la monnaie non point tout à fait ex nihilo, mais à coup sûr sans effort puisqu’il lui suffit pour cela d’acheter des actifs (devises, titres de dette ou de participation) qu’elle paie au moyen de la monnaie qu’elle crée de son propre chef.

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  • Le bon côté (s’il y en a un) de la crise

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    Un virus, et tout s’arrête, titrait-on ici même il y a quinze jours. On ne croyait pas si bien dire. Le monde se ferme et se renferme, toutes les activités stoppent net, les flux de paiement, salaires et dépenses diverses, tarissent à la source, du jamais vu y compris lors des chocs pétroliers et des vagues d’attentats terroristes.

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  • Des milliards jusqu’à plus soif

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    Aux dernières nouvelles (28 février), les réserves de change de la Banque nationale suisse s’élèvent à 821,4 milliards de francs. Leur principale contrepartie, au passif du bilan, est représentée par les dépôts des banques (leurs «avoirs en compte de virement»), qui ont peu varié depuis le début de l’année, et dans une moindre mesure par les avoirs d’autres institutions – Centrale de compensation AVS, SIX-clearing, SUVA, grandes caisses de pensions, assurances, etc. – autorisées à déposer leurs liquidités auprès de la BNS. Ces avoirs-là ont augmenté de presque 10 milliards (+11%) depuis le 3 janvier (ce qui, soit noté au passage, en dit long sur la frilosité de ces institutions, plus enclines à thésauriser qu’à placer leurs encaisses excédentaires).

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  • Un virus, et tout s’arrête

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    Avocats de la cause féminine et champions de l’urgence climatique n’ont qu’à bien se tenir : un virus pas si létal que ça est en train de les remplacer sur l’agenda des priorités, mettant la planète médiatique sens dessus dessous et semant le chaos dans la gouvernance mondiale. Il se pourrait même, si les choses durent voire s’aggravent, que l’économie bascule carrément dans la récession, à la manière de ce qu’avaient entraîné la crise des subprimes ou, plus loin encore dans le temps, les crises pétrolières.

    Deux sortes de caractéristiques font toutefois la différence.

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  • Le e-franc, c’est plié. Pour l’instant ?

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    Enterrée, donc, l’idée d’une monnaie électronique de banque centrale  destinée au public*. S’il peut à la rigueur se justifier de créer un franc électronique, ce ne peut être en l’état, estime le Conseil fédéral, qu’à l’intention de l’échelon intermédiaire, savoir celui des banques et d’autres grossistes du marché financier. C’est sans doute raisonnable, mais c’est un peu dommage. Pourquoi se fermer à une évolution technologique qui finira bien un jour par s’imposer ?

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  • L’erreur monétaire de la réunification allemande

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    La remémoration de la chute du Mur, prélude à la réunification, est aussi l’occasion de se pencher sur les conditions dans lesquelles s’opéra l’union monétaire entre les deux Allemagne.

    Il sautait alors aux yeux que l’économie est-allemande, centralement planifiée, aussi inefficace que gaspilleuse de ressources matérielles et humaines, ne supporterait pas le choc d’une intégration immédiate. Aussi les experts de tous bords, d’un côté comme de l’autre de ce qui était encore une frontière, avaient-ils imaginé un passage graduel à la monnaie unique – soit, en clair, le remplacement de l’Ostmark par le D-Mark – couronnant et non précédant un rapprochement économique entre la République fédérale et la RDA.

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  • Pologne: où le populisme, hélas, paie

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    En Pologne, on appelle cela «kiełbasa wyborcza», littéralement «saucisse électorale». Fort, déjà, d’une popularité insurpassable, le parti au pouvoir PiS (Droit et Justice) avait multiplié les promesses électorales pour s’assurer la victoire la plus large possible aux élections parlementaires du 13 octobre: 500 złotys mensuels de plus pour les familles mettant au monde un premier enfant (jusqu’ici, le cadeau ne valait qu’à partir du deuxième enfant), abaissement de l’âge de la retraite (ramené à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes), doublement du salaire minimum, exonération d’impôt sur le revenu pour les jeunes de moins de 26 ans, etc. etc.

    Bien lui en a pris, puisque la victoire s’annonce effectivement écrasante. Il y aura donc beaucoup à méditer sur l’usage électoral des saucisses, en Pologne comme ailleurs. Même si, à la différence d’autres expériences populistes, celle qui est menée dans ce cas a ceci de remarquable qu’elle est le fait d’un parti constant dans sa ligne et qui, surtout, tient ses engagements, parole d’électeurs.

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  • Bientôt, les monnaies seront numériques

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    La Banque nationale suisse n’y croit guère, et pourtant la numérisation des monnaies avance à grands pas. On en veut pour preuve non seulement le lancement prochain de la libra, qui paraît irrésistible malgré les méfiances exprimées ici et là, mais aussi et surtout la multiplication explosive de solutions de paiement privées, quasi gratuites, de la part de géants du numérique, de plateformes de e-commerce et plus récemment de néobanques, allemandes notamment (ce qui est un comble pour un pays généralement considéré comme plutôt traditionnaliste), uniquement présentes sur les réseaux de téléphonie mobile.

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  • Où le droit s’intéresse aux taux négatifs

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    Astucieusement conseillée, une grande commune genevoise (la Ville ?) s’est dit que l’emprunt conséquent (100 millions de francs) qu’elle avait contracté en 2006 auprès d’une banque à un taux égal au Libor à 6 mois ne devrait plus l’obliger à payer des intérêts depuis que ce taux est devenu négatif, mais pouvait à l’inverse l’amener à demander que ce soit la banque qui lui verse des intérêts !

     

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  • A la poursuite de prix équitables: Et si la Suisse adoptait l'euro?

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    Le combat contre l’«îlot de cherté suisse» ressemble beaucoup à celui livré contre la hausse constante des primes d’assurance-maladie : postulats et motions parlementaires, initiatives et contre-projets se succèdent, sans que véritablement l’on se rapproche de l’objectif visé.

    Les prix en Suisse demeurent – chiffres de 2017 – de quelque 56% (et même de 68% pour les services) plus élevés que dans les pays de l’UE-15, et tout porte à penser que les mesures préconisées pour renforcer la concurrence, qu’elles émanent de l’initiative «pour des prix équitables» ou du texte que le Conseil fédéral suggère de lui opposer, n’auront pas beaucoup plus d’impact que tout ce qui a été mis en place jusqu’ici.

    Il y a en effet quelque chose de donquichottesque dans ces tentatives de séparer l’îlot de prix, dont tout le monde se plaint, de l’«îlot de salaires» (pour reprendre l’expression d’un confrère de la NZZ), tout aussi élevés, mais que personne, bien évidemment, ne songe à dénoncer, quand bien même les deux phénomènes sont étroitement liés.

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  • Dividendes, le gros mot

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    La rétribution des actionnaires n’a pas bonne presse ces jours-ci, c’est le moins qu’on puisse dire. A leur seul prononcé, on se lève comme un seul homme sur les bancs de la gauche pour condamner toute forme de distribution de dividendes, à défaut d’aspirer à leur pure et simple disparition. Il est vrai que l’histoire est longue du partage jugé inégal de la valeur ajoutée entre travail et capital, entre «juste rémunération de l’effort» et «captation illégitime des profits».

    Pour autant, il circule beaucoup d’idées fausses à ce sujet. Ainsi, on est persuadé que la part des salaires dans le revenu national n’a cessé de baisser au fil des années par rapport à celle des revenus de la propriété, alors qu’il n’en est rien.

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  • Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ?

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    Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

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  • Comment on se tire une balle dans le pied

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    Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. En menaçant la Chine de ses foudres tarifaires, Donald Trump comble d’aise ses zélateurs, mais fait preuve une fois de plus de sa méconnaissance crasse des principes économiques les plus élémentaires. On se souvient par exemple de la conviction avec laquelle il avait affirmé à coups de tweets que ce serait le Mexique qui payerait le mur, alors qu’un étudiant de deuxième année en économie n’aurait eu aucune peine à démontrer que ce seront toujours les contribuables américains qui règleront la facture.

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    Lien permanent Catégories : Chine, Concurrence, Démocratie, Etats-Unis 0 commentaire
  • Caisses publiques de retraite: in cauda venenum

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    Dans sa grande sagesse, le législateur a prévu que les caisses publiques de prévoyance pouvaient renoncer à une capitalisation complète si l’Etat, supposé éternel, leur accordait sa garantie. Il a toutefois placé un garde-fou à cette exception, en fixant après d’âpres débats au moment de la révision de la LPP (2010) un plancher absolu au degré minimum de capitalisation à atteindre au bout de 40 ans, savoir 80%. Pour les caisses publiques les plus faiblement capitalisées, le défi est de taille : si elles présentent une structure d’âge défavorable, ne comptent que peu de cotisants par rapport au nombre de retraités, ou encore maintiennent des taux de cotisation trop bas en regard des engagements promis, l’effort de recapitalisation se chiffre vite en milliards, voire dizaines de milliards pour les plus grandes d’entre elles.

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  • Caisse de pensions des fonctionnaires genevois: entre salades et baratinage

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    Le projet de nième recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG), objet d’interminables initiatives et référendums, véhicule son cortège d’inexactitudes et d’approximations quand ce ne sont tout simplement des fadaises.

    Championne du genre, l’Asloca fait, dans un communiqué, remonter aux années 80 – et l’impute à des «choix politiques de la droite» – le passage d’une capitalisation à 100% à un système de capitalisation partielle de ce qui était alors la CIA. En réalité ladite caisse, fusionnée depuis avec la CEH qui était en bien meilleur état, n’avait jamais atteint un taux de couverture de 100% et s’en éloignait toujours plus, de sorte que le grand argentier de l’époque, Robert Ducret, avait habilement suggéré de passer à un système mixte de capitalisation partielle, à la satisfaction générale et non au seul contentement du camp bourgeois.

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