Croissance

  • Le poids des mots, le choc sanitaire

    Imprimer

    Un virus mute, et tout s’écroule : les bourses, les certitudes de reprise, la confiance dans les vaccins. Et comme de bien entendu, les valeurs dites de refuge – sans que l’on puisse exactement définir en quoi elles le sont – regagnent la faveur des placeurs de capitaux. Le franc, et curieusement le yen (expression pourtant d’une économie japonaise au point mort), amassent en quelques jours les gains de change que leurs banques d’émission s’étaient inlassablement efforcées de leur faire perdre.

    Lire la suite

  • Goulets ou goulots, l’étranglement toujours

    Imprimer

    L’AVC ferroviaire qui a interrompu les liaisons entre Genève et Lausanne n’a certes pas coupé toute communication entre les deux pôles lémaniques, mais il a révélé à quel point cet unique tracé était susceptible à tout moment de mettre des dizaines de milliers de pendulaires dans l’embarras. L’autoroute n’est guère mieux ; il ne se passe pas un jour sans qu’un froissement de tôles n’y bloque le trafic. Or une mobilité sans entrave est la clé du dynamisme économique en même temps qu’elle y est constamment mise à l’épreuve. Genève en est la meilleure illustration, qui enchaîne depuis des décennies, avec un certain fatalisme, goulets et goulots sur son maigre territoire : une autoroute de contournement surchargée qu’à l’époque certains tenaient pour inutile, un CEVA contesté jusqu’au dernier moment alors qu’on ne pourrait plus s’en passer, ou encore une traversée de la rade, sorte d’Arlésienne locale, dont l’urgence n’est pourtant plus à démontrer.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Croissance, Démocratie, gouvernance 9 commentaires
  • Ce curieux r* qui nous gouverne 

    Imprimer

    Les économistes l’appellent r*, ou encore «taux d’intérêt naturel». La notion peut paraître absconse, mais elle détermine beaucoup de choses, dont notre vie matérielle à tous dépend dans une mesure qui nous échappe.

    Commençons par les définitions. Le «taux d’intérêt naturel» est, en théorie économique, le taux réel à court terme qui égalise l’épargne et l’investissement ou, si l’on préfère, qui assure l’équilibre entre l’offre et la demande. L’idée n’est pas récente : c’est l’économiste suédois Knut Wicksell qui l’a développée dans un ouvrage – Interest and prices – paru en 1898 (certains l’a font même remonter à la seconde moitié du 18e siècle en évoquant les considérations d’Adam Smith, le «père» de tous les économistes, sur les rapports entre taux d’intérêt et croissance).

    Lire la suite

  • La dette Covid, vrai ou faux problème ?

    Imprimer

    C’est selon. Le fait est que les sommes gigantesques allouées à différents soutiens correspondent à des engagements publics qu’il n’est pas compliqué de financer pour l’instant puisque l’épargne abonde. Mais ensuite ?

    Toute la question tiendra dans l’attitude des épargnants. Pour l’heure, faute de visibilité et face à l’incertitude, la masse de pouvoir d’achat qui est thésaurisée ne semble pas devoir se déverser d’un coup sur les marchés des biens et services au prix d’une inflation non contrôlée. Cette épargne en partie contrainte, en partie volontaire, finance indirectement la compensation de revenus momentanément non disponibles pour cause de confinement. Mais ensuite ?

    Lire la suite

  • Inflation: Anne, ma sœur Anne...

    Imprimer

    L’inflation est-elle en train de se rappeler à notre bon souvenir ? Peu en doutent, tant les signes précurseurs et les raisons de le penser sont nombreuses : taux longs qui se redressent, objectifs et prévisions des banques centrales révisés à la hausse, dépenses de consommation bridées par la crise sanitaire mais prêtes à repartir au moindre desserrement des contraintes, etc. 

    Lire la suite

  • L’immobilier, saison 2

    Imprimer

    Après avoir exemplifié ici même les causes de la pénurie de logements locatifs à l’aide du cas berlinois, venons-en à l’autre saga immobilière, celle de l’impossible accès à la propriété dans ce pays et tout particulièrement à Genève.

    Il y a exactement trente ans, un groupe de travail formé à l’initiative de la CEG d’alors (Caisse d’Epargne du Canton de Genève) avait identifié ce qu’étaient les raisons principales d’une offre insuffisante et d’une constructiontrop coûteuse. On cherchait surtout à l’époque les moyens de répondre à la pénurie de logements bon marché, mais l’analyse ne passait pas à côté des motifs plus généraux du déséquilibre immobilier, symbolisé par l’image, bien connue des économistes, de la paire de ciseaux*.

    Lire la suite

  • 1900 milliards pour la planète!?

    Imprimer

    Arraché au forceps à un Sénat divisé comme jamais, le plan de relance à 1900 milliards de dollars de l’administration Biden soulage en même temps qu’il inquiète. En contraste total avec celui dont l’administration précédente se targuait (puisque, au lieu de miser comme ce dernier sur des baisses d’impôt allouées aux riches, le programme démocrate, assez keynésien, promet un large soutien aux classes modestes), la stimulation qu’il  va imprimer à l’économie américaine aura sans aucun doute pour effet de déclencher un redressement massif de la consommation.

    Trump se vantait de restaurer une force de frappe industrielle par des investissements qui n’ont pas réellement suivi. La dépense des ménages, elle, ne se fera pas prier : non seulement l’immense majorité des Américains n’en avaient plus les moyens, mais ceux qui le pouvaient ont préféré épargner dans l’attente de jours meilleurs. Joignez les deux, et vous verrez la consommation exploser. L’investissement, forcément, suivra.

    Lire la suite

  • Les experts eux-mêmes y perdent leur latin

    Imprimer

    Ainsi que le veut la formule, il y a deux façon de voir les choses : l’une bonne, l’autre mauvaise.

    Commençons par la bonne. La vaccination aidant et l’envie pressante de sortir de l’ornière y mettant du sien, la conjoncture semble un peu partout réagir aux aides diverses mises en œuvre ou sur le point de l’être, tels le plan massif annoncé par l’administration Biden (1900 milliards de dollars) ou celui, encore plus ambitieux (1800 milliards d’euros), de la Commission européenne. Indice typique d’un retour progressif à la normale, le rendement des obligations du Trésor américain à dix ans a progressé d’un bon tiers depuis le début de l’année. 

    Lire la suite

  • Renoncer à la croissance serait suicidaire

    Imprimer

    Le coronavirus est peut-être en train de réaliser ce que les apôtres du changement n’osaient promettre sans un bouleversement radical des structures : une société réconciliée avec la nature, plus lente, moins stressée, déshabituée de cette permanente accélération qu’a si bien analysée le sociologue allemand Hartmut Rosa.

    Car le confinement a aussi ses vertus. On a repris, bien sûr pas partout, le temps de réfléchir, de songer, de relativiser. Des attitudes que l’on pensait profondément enracinées dans les esprits se sont comme par enchantement envolées. Des mouvements certes nés avant la pandémie ont soudainement envahi les rues pendant que les aéroports se vidaient. Le rail, au bord de la désuétude, annonce partout son retour, y compris sous des formes abandonnées depuis longtemps. Le ministre allemand des transports a suggéré par exemple en juin dernier que l’Europe ressuscite un Trans-Europe-Express qui relierait Paris à Varsovie en une demie journée*.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Air du temps, Croissance 2 commentaires
  • Le monde demain: la stagdéflation, ni V ni W ni U mais L

    Imprimer

    Au fur et à mesure que la pandémie semble rebondir, l’espoir d’une franche reprise – d’une conjoncture en «V» – qui remettrait d’un coup les économies d’aplomb s’amenuise pour laisser place à des pronostics plus déprimants.

    Grosso modo, deux scénarios se dessinent. Le premier, majoritairement choisi par les analystes, découle d’une vision monétariste des choses. Pour rappel, les adeptes de la théorie formalisée par l’Ecole de Chicago reviennent invariablement au postulat selon lequel l’inflation est «toujours et partout un phénomène monétaire». C’est l’augmentation excessive de la masse monétaire qui conduit, à la longue, à la hausse des prix. Ce point central de la théorie quantitative de la monnaie a beau sembler controuvé par l’évolution de ces dernières années, durant lesquelles les prix ont eu plutôt tendance à baisser malgré les énormes quantités de monnaie déversées par les banques centrales, on continue mordicus à le défendre. 

    Lire la suite

  • Le monde orphelin d'un brillant chercheur

    Imprimer

    Il n’avait que 41 ans. La communauté scientifique a rendu un hommage unanime à ce brillant enseignant à Harvard et chercheur associé de l’Ecole d’économie de Toulouse (sans doute la meilleure du genre) qui aurait probablement été nobélisé un jour si la destinée lui en avait laissé le temps.

    Décédé le 23 juillet dernier à Cambridge, Emmanuel Farhi laisse, parmi beaucoup de contributions à l’explication des grands déséquilibres mondiaux, quelques working papers qui éclairent sur l’enchaînement de causes et d’effets ayant conduit, entre autres, à la crise des subprime puis au ralentissement économique mondial. 

    Lire la suite

  • Ce que signifie une baisse de 6% du PIB

    Imprimer

    La question semble oiseuse, elle n’en est pas moins fondamentale par ses conséquences pratiques : quelle est la différence entre une récession de type classique et une récession de type pandémique ?

    Lorsque l’économie recule sous l’effet d’une crise de la dette ou par suite de l’éclatement d’une bulle spéculative, le redressement peut prendre son temps, mais il survient d’une façon ou l’autre, généralement prédictible, et gouvernable, car estimable sur la base des expériences passées. Ainsi, la sortie de crise amorcée au lendemain de 2009 avait été assez correctement anticipée par la plupart des modèles économétriques. Le Créa lausannois, par exemple, avait bien vu le retour d’une croissance à 2% du PIB aux alentours de 2011, de la même façon que l’OCDE dans ses Perspectives économiques n° 86 datées de novembre 2009.

    Lire la suite

  • En vue : un endettement colossal

    Imprimer

    Le confinement, moyen grossier (mais y en avait-il d’autre ?) de ralentir la propagation du virus, a déclenché le choc conjoncturel le plus brutal que le monde ait connu depuis la guerre. Avec la même détermination qu’ils ont mise à déployer séance tenante les remparts sanitaires, les gouvernements ont construit, en tapant au hasard dans l’arsenal des moyens monétaires et budgétaires à leur disposition, des plans de soutien des entreprises et des ménages frappés par la chute des revenus. Ce sont, si on les additionne, des milliers de milliards au total qui auront été ainsi annoncés, et pour partie déjà débloqués.

    Seront-ils efficaces ? Bien malin qui pourrait aujourd’hui en juger. Etant donné qu’on est incapable de prédire le temps que prendra le déconfinement, et encore davantage d’en évaluer les retombées secteur par secteur, on ne sait pas ce qu’il en ressortira en termes de finances publiques, sinon que presque partout les ratios d’endettement vont exploser, eux qui étaient déjà élevés depuis la crise financière de 2007-2008. Ils franchiront allègrement les 100% du PIB dans les pays fortement endettés, s’en approcheront aussi aux Etats-Unis et pourquoi pas en Allemagne, pour ne pas parler des 150% italiens et des plus de 200% japonais.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Chine, Chômage, Croissance, Dette, Futur 5 commentaires
  • On a sorti la grosse artillerie

    Imprimer

    En 2007-2008, ce sont les banques centrales qui s’étaient trouvées en première ligne pour empêcher que la crise financière n’emporte l’économie. En 2020, pour barrer la route à une crise d’ampleur à ce jour encore inconnue mais qui selon toute vraisemblance, si on la laissait filer, se révélerait au bout du compte du même ordre de grandeur que celle des années 30, ce sont les Etats qui, à coup de milliers de milliards, volent au secours de pans entiers de l’économie.

    Les banques centrales sont également de la partie, mais moins pour soutenir un système bancaire dans l’ensemble plus solide qu’à l’époque, que pour empêcher que ce flot inédit de dépenses publiques n’entraîne une remontée des taux d’intérêt et par contrecoup l’insolvabilité de bon nombre de pays surendettés.

    Lire la suite

  • Le bon côté (s’il y en a un) de la crise

    Imprimer

    Un virus, et tout s’arrête, titrait-on ici même il y a quinze jours. On ne croyait pas si bien dire. Le monde se ferme et se renferme, toutes les activités stoppent net, les flux de paiement, salaires et dépenses diverses, tarissent à la source, du jamais vu y compris lors des chocs pétroliers et des vagues d’attentats terroristes.

    Lire la suite

  • Un virus, et tout s’arrête

    Imprimer

    Avocats de la cause féminine et champions de l’urgence climatique n’ont qu’à bien se tenir : un virus pas si létal que ça est en train de les remplacer sur l’agenda des priorités, mettant la planète médiatique sens dessus dessous et semant le chaos dans la gouvernance mondiale. Il se pourrait même, si les choses durent voire s’aggravent, que l’économie bascule carrément dans la récession, à la manière de ce qu’avaient entraîné la crise des subprimes ou, plus loin encore dans le temps, les crises pétrolières.

    Deux sortes de caractéristiques font toutefois la différence.

    Lire la suite

  • En route vers la parité ?

    Imprimer

    Mine de rien, la Banque nationale suisse s’accommode d’un recul progressif de l’euro, tombé ces derniers jours à 1.06 franc, c’est-à-dire à un niveau qui, il n’y a pas si longtemps de cela, aurait fait hurler les exportateurs, et qui, quelques années plus tôt et à quelques décimales près (on s’était même approché à une occasion de la parité), avait justifié l’introduction momentanée d’un cours plancher.

    Pour expliquer ce qui ressemble à un abandon ou à une manifestation d’impuissance face aux forces du marché, on invoque généralement un différentiel d’inflation qui amenuise peu à peu la surévaluation effective du franc, sans compter l’œil sévère que Washington porte à nouveau sur la Suisse, soupçonnée de manipuler le cours de change de sa monnaie.

    Lire la suite

  • L’économie américaine va bien. Vraiment ?

    Imprimer

    Les budgets, Donald Trump n’en a cure. Alors que, sous l’administration Obama et même avant, leur présentation était l’occasion de conférences de presse solennelles, le président actuel ne cache pas son peu de considération pour les chiffres. Lors d’un dîner réunissant en janvier des donateurs à Mar-a-Lago, sa résidence d’hiver en Floride, il aurait même déclaré, selon une fuite rapportée par le Washington Post : «Qui diable se soucie du budget? Nous allons redresser ce pays».

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Capital, Croissance, Dette, Etats-Unis 1 commentaire
  • Après les Ninja EN 2007, qui déclenchera la prochaine crise?

    Imprimer

    Une crise, financière comme il se doit, commence toujours par un événement marginal. En 2007, ce fut l’effondrement localisé du marché des subprimes, cette frange de prêts hypothécaires accordés à des «NINJA» (no income, no job, no assets), ces ménages américains ne disposant ni de revenus ni d’avoirs suffisants pour honorer une dette hypothécaire, qui contamina ensuite via la titrisation de créances pourries fautivement classées AAA l’ensemble du système bancaire domestique puis, par ricochet, celui du reste du monde.

    Précédemment dans l’histoire, le krach de Wall Street d’octobre 1929 s’en était pris en 1931, l’étalon-or aidant, à une banque autrichienne, la Creditanstalt, qui fit faillite et entraîna dans son sillage la totalité de l’économie et de la finance européennes. Aujourd’hui, le déclencheur d’une nouvelle crise pourrait être, pense-t-on le plus souvent, la cascade de blocages (des frontières, des transports, du tourisme) générés par l’épidémie de coronavirus 2019-nCoV, qui paralyse effectivement, dans un monde d’échanges à flux tendus, la plupart des chaînes de valeur manufacturières.

    Lire la suite

  • La face cachée de la Lune

    Imprimer

    Le débat quasi universel sur la réforme des retraites occulte un point pourtant essentiel. S’il est bien sûr important, vital même, de résoudre la question du financement de la prévoyance, étroitement lié comme on sait à l’évolution démographique, on néglige le plus souvent d’en étudier les répercussions sur le marché du travail. De sorte que lorsque paraît la moindre étude sur le sujet, l’étonnement est aussi grand que si l’on venait de découvrir la lune.

    Lire la suite