Capital

  • Wirecard: Vie et mort d’une étoile financière

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    Ce pourrait bien être le plus grand scandale financier que l’Allemagne, et pourquoi pas l’Europe tout entière, aient connu depuis des générations. Petite startup lancée en 1999, devenue au fil des ans une imposante société de services financiers, une «Fintech» comme on dit, sous la baguette magique de son PDG Markus Braun, un technicien autrichien en génie informatique, le groupe munichois Wirecard vient de mettre la clé sous la porte. En cause, la découverte, après des années de soupçons et d’insinuations à aucun moment pris au sérieux, d’un énorme trou dans son bilan : 1,9 milliard d’euros, évaporés de comptes bancaires aux Philippines, qui n’ont vraisemblablement jamais existé.

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  • Le problème des aides tous azimuts

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    On ne peut que comprendre la détresse financière des prestataires de services en tout genre, sanitaires, culturels, cosmétiques, etc. privés de la moindre possibilité de «faire entrer de l’argent», et tenter d’y remédier. Reste que distribuer du pouvoir d’achat à large échelle sans qu’existe, en face, une production correspondante, pose un problème macro-économique qui n’est simple ni à comprendre ni à résoudre.

    Si en effet la distribution se généralise, dans le cas extrême, à l’ensemble de la population active confinée, elle n’équivaut plus à une prestation d’assurance, financée selon le principe de la prise en charge collective des risques, mais elle représente bel et bien une dépense sans contrepartie. Il en résulte par définition un excès de demande sur l’offre, ce qui est la condition d’apparition de l’inflation.

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  • Un stress test grandeur nature

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    Les épreuves d’effort (stress tests en langage administratif) imposées aux établissements bancaires après la débâcle de 2007-2008 avaient rendu obligatoires des recapitalisations censées leur permettre de résister aux chocs les plus rudes. Les régulateurs avaient imaginé à peu près tous les cas de figure, mais on doute qu’ils aient prévu une pandémie grossissant à la vitesse de l’éclair et soumettant les branches d’activité liées à la circulation des personnes – transport (aérien surtout), tourisme, hôtellerie, restauration – à une chute quasi instantanée de leur activité, donc à l’évaporation complète ou presque de leurs entrées de recettes.

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  • L’économie américaine va bien. Vraiment ?

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    Les budgets, Donald Trump n’en a cure. Alors que, sous l’administration Obama et même avant, leur présentation était l’occasion de conférences de presse solennelles, le président actuel ne cache pas son peu de considération pour les chiffres. Lors d’un dîner réunissant en janvier des donateurs à Mar-a-Lago, sa résidence d’hiver en Floride, il aurait même déclaré, selon une fuite rapportée par le Washington Post : «Qui diable se soucie du budget? Nous allons redresser ce pays».

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  • Après les Ninja EN 2007, qui déclenchera la prochaine crise?

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    Une crise, financière comme il se doit, commence toujours par un événement marginal. En 2007, ce fut l’effondrement localisé du marché des subprimes, cette frange de prêts hypothécaires accordés à des «NINJA» (no income, no job, no assets), ces ménages américains ne disposant ni de revenus ni d’avoirs suffisants pour honorer une dette hypothécaire, qui contamina ensuite via la titrisation de créances pourries fautivement classées AAA l’ensemble du système bancaire domestique puis, par ricochet, celui du reste du monde.

    Précédemment dans l’histoire, le krach de Wall Street d’octobre 1929 s’en était pris en 1931, l’étalon-or aidant, à une banque autrichienne, la Creditanstalt, qui fit faillite et entraîna dans son sillage la totalité de l’économie et de la finance européennes. Aujourd’hui, le déclencheur d’une nouvelle crise pourrait être, pense-t-on le plus souvent, la cascade de blocages (des frontières, des transports, du tourisme) générés par l’épidémie de coronavirus 2019-nCoV, qui paralyse effectivement, dans un monde d’échanges à flux tendus, la plupart des chaînes de valeur manufacturières.

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  • Les travaux d’Hercule, version 2020

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    Outre la lutte contre le réchauffement, consigne mobilisatrice des foules à propulsion plus verte que jamais, l’année qui vient s’annonce aussi riche en tâches que celles infligées au héros mythique de l’Antiquité. Qu’on y songe : il faudra pour commencer, et pas seulement en France, venir à bout des résistances à la réforme des retraites. Puis, d’une manière ou d’une autre, il s’agira d’empoigner la question de la dette, en voie de débordement si ce n’est déjà le cas, de pratiquement tous les Etats de la partie latine du globe. On la fera même précéder, car plus grave dans ses conséquences systémiques, de celle de la dette des entreprises non bancaires, voisine par endroits des niveaux atteints à la veille des plus grandes crises de l’histoire. 

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  • L’erreur monétaire de la réunification allemande

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    La remémoration de la chute du Mur, prélude à la réunification, est aussi l’occasion de se pencher sur les conditions dans lesquelles s’opéra l’union monétaire entre les deux Allemagne.

    Il sautait alors aux yeux que l’économie est-allemande, centralement planifiée, aussi inefficace que gaspilleuse de ressources matérielles et humaines, ne supporterait pas le choc d’une intégration immédiate. Aussi les experts de tous bords, d’un côté comme de l’autre de ce qui était encore une frontière, avaient-ils imaginé un passage graduel à la monnaie unique – soit, en clair, le remplacement de l’Ostmark par le D-Mark – couronnant et non précédant un rapprochement économique entre la République fédérale et la RDA.

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  • On cherche responsables de la crise

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    «Au final, qui est responsable de tout ce désordre financier ?» se demande ce correspondant qui, comme beaucoup d’autres observateurs inquiets de la tournure des événements, est à la recherche de «personnes, entités ou institutions capables de remettre le bateau à flot».

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  • Ce trop-plein d’épargne a des causes évidentes

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    Ce qui, normalement, pousse les actions vers le haut, c’est la perspective de bénéfices futurs en hausse, et donc de dividendes plus élevés. Or l’économie mondiale vacille plutôt qu’elle ne croît, de sorte que les promesses de rendement sont en train de s’affadir. Comment alors expliquer l’excellente tenue des marchés boursiers, qui depuis le début de l’année affichent une performance en complet décalage avec les prévisions conjoncturelles ?

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  • Haro sur les taux négatifs !

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    Dans une ultime et désespérée tentative de faire bouger les choses, la présidence Draghi de la Banque centrale européenne (BCE) a donc décidé la semaine dernière d’enfoncer encore un peu plus les taux d’intérêt en territoire négatif et de reprendre les achats d’obligations des secteurs publics et privés qui avaient été arrêtés en 2018. La décision fut inhabituellement contestée, puisque près de la moitié des 25 gouverneurs du conseil de la Banque se sont opposés à la seconde de ces mesures, la première ayant en revanche, semble-t-il, beaucoup plus facilement passé la rampe, puisque même Jens Weidman, président de la Bundesbank allemande, y a acquiescé.

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  • Il est temps de ressusciter les vieilles idées keynésiennes

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    La propagation tous azimuts de taux d’intérêt négatifs rend la vie difficile à beaucoup de gens au lieu de la leur faciliter. On pense d’abord, bien sûr, aux déposants petits et grands, les premiers risquant bientôt d’être logés à la même enseigne que les seconds et se voir sanctionnés comme eux pour préférer l’épargne à la dépense. Mais il y a aussi, plus gravement, la remise en cause des régimes de prévoyance, privés de l’apport du «troisième cotisant» que personnifiait le capital accumulé, jusqu’ici pourvoyeur de rendement, désormais amenuisé par le prélèvement de taux négatifs. Les assureurs-vie, acteurs majeurs de la prévoyance professionnelle en tant que gérants des capitaux et des risques pour le compte d’une multitude de caisses de pensions, sont eux aussi sérieusement touchés par l’effondrement des taux, au point que la FINMA, qui les surveille au même titre que les banques, commence à s’en inquiéter.

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  • Où le droit s’intéresse aux taux négatifs

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    Astucieusement conseillée, une grande commune genevoise (la Ville ?) s’est dit que l’emprunt conséquent (100 millions de francs) qu’elle avait contracté en 2006 auprès d’une banque à un taux égal au Libor à 6 mois ne devrait plus l’obliger à payer des intérêts depuis que ce taux est devenu négatif, mais pouvait à l’inverse l’amener à demander que ce soit la banque qui lui verse des intérêts !

     

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  • Taux nuls : calamité ou bénédiction?

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    On sait maintenant, ou du moins croit-on savoir, que des taux d’intérêt nuls ou même négatifs sont faits pour durer. Comment, en effet, expliquer qu’ils demeurent aussi bas – alors que l’activité, repartie un peu partout, devrait logiquement réveiller l’inflation et les faire remonter dans la foulée – sinon que des mécanismes plus profonds sont à l’œuvre, qui déjouent les relations habituelles entre épargne et investissement et font que malgré des salaires plutôt en augmentation, signe d’une amélioration de l’emploi, les entreprises ne répercutent pas leurs hausses de coûts sur les prix.

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  • Dividendes, le gros mot

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    La rétribution des actionnaires n’a pas bonne presse ces jours-ci, c’est le moins qu’on puisse dire. A leur seul prononcé, on se lève comme un seul homme sur les bancs de la gauche pour condamner toute forme de distribution de dividendes, à défaut d’aspirer à leur pure et simple disparition. Il est vrai que l’histoire est longue du partage jugé inégal de la valeur ajoutée entre travail et capital, entre «juste rémunération de l’effort» et «captation illégitime des profits».

    Pour autant, il circule beaucoup d’idées fausses à ce sujet. Ainsi, on est persuadé que la part des salaires dans le revenu national n’a cessé de baisser au fil des années par rapport à celle des revenus de la propriété, alors qu’il n’en est rien.

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  • Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ?

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    Et si le populisme était en définitive le meilleur moyen de sauver le capitalisme ? Cette thèse, pour le moins hétérodoxe, est défendue de manière assez convaincante par Raghuram G. Rajan, ancien gouverneur de la banque centrale de l’Inde et actuel professeur de finance à la très réputée Chicago Booth School of Business, dans un article qu’il vient de publier (“Why capitalism needs populism”)*.

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  • Caisses publiques de retraite: in cauda venenum

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    Dans sa grande sagesse, le législateur a prévu que les caisses publiques de prévoyance pouvaient renoncer à une capitalisation complète si l’Etat, supposé éternel, leur accordait sa garantie. Il a toutefois placé un garde-fou à cette exception, en fixant après d’âpres débats au moment de la révision de la LPP (2010) un plancher absolu au degré minimum de capitalisation à atteindre au bout de 40 ans, savoir 80%. Pour les caisses publiques les plus faiblement capitalisées, le défi est de taille : si elles présentent une structure d’âge défavorable, ne comptent que peu de cotisants par rapport au nombre de retraités, ou encore maintiennent des taux de cotisation trop bas en regard des engagements promis, l’effort de recapitalisation se chiffre vite en milliards, voire dizaines de milliards pour les plus grandes d’entre elles.

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  • Caisse de pensions des fonctionnaires genevois: entre salades et baratinage

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    Le projet de nième recapitalisation de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG), objet d’interminables initiatives et référendums, véhicule son cortège d’inexactitudes et d’approximations quand ce ne sont tout simplement des fadaises.

    Championne du genre, l’Asloca fait, dans un communiqué, remonter aux années 80 – et l’impute à des «choix politiques de la droite» – le passage d’une capitalisation à 100% à un système de capitalisation partielle de ce qui était alors la CIA. En réalité ladite caisse, fusionnée depuis avec la CEH qui était en bien meilleur état, n’avait jamais atteint un taux de couverture de 100% et s’en éloignait toujours plus, de sorte que le grand argentier de l’époque, Robert Ducret, avait habilement suggéré de passer à un système mixte de capitalisation partielle, à la satisfaction générale et non au seul contentement du camp bourgeois.

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  • La dette ? Tantôt blanc, tantôt noir…

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    Faut-il oui ou non s’inquiéter de la dette ? Un correspondant s’interroge, après avoir lu tout et ensuite son contraire. La vérité est que les avis y compris les plus autorisés sont partagés sur la question. D’un côté, les statistiques montrent que l’endettement global n’a jamais été aussi élevé, en chiffres absolus comme en proportion du produit intérieur brut, que ce soit dans le monde occidental ou dans les pays émergents, Chine en particulier. De l’autre, on commence à s’inquiéter sérieusement d’un ralentissement économique qui s’accentue et conduit les autorités monétaires, américaines en tête, à renvoyer à une date ultérieure les resserrements de liquidité qu’elles avaient programmés pour le proche terme. Mieux, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour constater l’impuissance de la politique monétaire et prôner la remise au goût du jour des déficits publics en tant que moyen de relancer une demande globale asthénique.

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  • Médecins au chevet de la prochaine crise

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    Le débat qui s’intensifie au sujet des intérêts négatifs est révélateur du désarroi qui règne chez les économistes. Comment expliquer que les liquidités mises à disposition des intermédiaires bancaires par le truchement de politiques monétaires extraordinairement accommodantes n’alimentent pas le crédit aux entreprises, mais continuent d’être parquées en réserves stériles auprès des banques centrales en dépit des pénalités qui les frappent désormais? Des taux directeurs quasi nuls voire inférieurs à zéro, innovation radicale dans l’arsenal de la lutte anti-crise, ont certes permis de maintenir la dette publique dans des proportions supportables (puisqu’ils n’en alourdissent pas le service, alors même qu’elle continue de grandir), mais c’est là une maigre consolation face à la montagne de difficultés que signifiera le retour à la normale.

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  • Le pour et le contre d’une banque postale

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    Le compte de chèque postal, le fameux CCP, est sans doute pour la plupart des gens leur tout premier contact avec le monde des services financiers. Il collecte leurs petites économies, accompagne chaque mois de ses bulletins orange (autrefois vert…) leurs factures de loyer et d’électricité, et relaie ainsi une multitude de versements et de virements dont il consigne encore souvent les «récépissés» dans ces inénarrables petits carnets jaune. En Suisse comme partout ailleurs, la Poste s’est tôt imposée comme un important opérateur du trafic des paiements. Son «Service des chèques et des virements postaux», né en 1906, a même précédé celui de l’Allemagne, lancé en 1908, et commencé ainsi à fonctionner bien avant son équivalent français, qui date de 1918.

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