Air du temps - Page 3

  • Ce qu'il faut à la France... C’est un Nobel qui le dit…

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    L’attribution du prix Nobel d’économie à un illustre inconnu du landernau médiatico-politique hexagonal (mais connu bien sûr de ses pairs), c’est un peu le bâton dans la fourmilière. On se félicite bien entendu de cette distinction revenant pour la deuxième fois seulement à un économiste français exerçant dans son pays, mais on s’écharpe à gauche de la gauche comme à droite de la droite sur l’orientation politique supposément être celle d’un chercheur fort justement récompensé, qui n’en peut mais de cette manie des étiquettes.

    Oui, à la rigueur, Jean Tirole comme son compère Olivier Blanchard aujourd’hui économiste en chef du FMI peut être classé «plutôt de gauche», mais ses propositions, quand on lui demande d’en formuler, n’ont ni couleur ni odeur. Elles sont simplement économiquement sensées, avec désormais cette force que leur donne le fait d’émaner d’un lauréat du Nobel.

    En résumé il faut à la France, rappelle Tirole, 1° une réforme du marché du travail, soit la fin de la dichotomie entre CDI et CDD et un assouplissement des conditions de licenciement, 2° une réforme des retraites (lire: un éloignement de l’âge de la retraite), 3° une réforme de l’Etat, qui devienne «plus léger» mais «plus efficace» y compris sur le plan social, et 4° une réforme de la réglementation qui corsète notamment tant de professions dites libérales et de métiers des services.

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  • Est-ce le calme avant la tempête

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    Drôle de tableau que celui de l’économie d’aujourd’hui. Sept ans après la crise qui a tout déclenché, la conjoncture se redresse mollement quand on espérait enfin un retour de la croissance. L’investissement ne redémarre pas et la consommation se tient coite. Les experts inventent d’ailleurs d’étranges concepts : ceux de l’OCDE parlent d’une «dynamique de croissance stable» à propos d’indicateurs qui frémissent de part et d’autre de l’horizontale ; la BRI, dans son dernier rapport annuel, décrit une économie mondiale «à la recherche d’une nouvelle boussole», depuis que la crise, après avoir «projeté une ombre longue sur le passé, […] jette une ombre longue sur l’avenir». C’est dire le désarroi de ceux dont on attendrait quelques lumières pour comprendre ce qui nous arrive.

    De fait, nous marchons sur un terrain entièrement inconnu, tant les politiques menées pour éviter le pire sont sorties de l’orthodoxie, avec des effets totalement paradoxaux.

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  • Genève et la Suisse, un drôle de mariage

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    Qu’est-ce que Genève, à l’époque, pouvait attendre de son entrée dans la Confédération ? Difficile à dire. Sur le plan politique, comme l’écrivait David Hiler en 1992 dans un ouvrage publié par la Bourse de Genève à l’occasion du 700e anniversaire de la Confédération («Genève et la Suisse, un mariage d’amour et de raison»), la volonté généralement partagée était «non de devenir suisse – il n’est pas question de cela – mais d’appartenir à cette alliance d’Etats indépendants qu’est la Confédération, et de retrouver sa propre indépendance». Irène Hermann confirmera un peu plus tard la nature diversement appréciée de ce mariage en émettant quelques réserves sur l’unanimité confédérale genevoise de 1814. «J’aime bien l’autorité fédérale surtout quand elle n’en a pas», ira-t-on jusqu’à lire dans La Trique, une brochure éditée en 1872.

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  • Ce Français qui fait mouche aux Etats-Unis

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    Extraordinaire, le succès de Thomas Piketty en Amérique ! Son pavé de 800 pages (Le Capital au XXIe siècle), à peine remarqué hors du monde francophone à sa parution en 2013, s’arrache littéralement aux Etats-Unis depuis qu’il y a été traduit. Il est vrai que l’ouvrage tombe sur un terreau fertile : jamais le débat public sur l’origine des inégalités n’avait été aussi intense dans un pays traditionnellement attaché à la liberté d’entreprendre en tant que facteur de réussite personnelle. L’énorme et croissant écart de revenus entre une infime minorité d’hyper riches et l’immense majorité des classes plus modestes appelle une explication, et des remèdes, que se disputent théoriciens de gauche et de droite, les premiers voyant dans de telles inégalités le principal frein à la croissance, les seconds faisant au contraire de celle-ci le seul moyen de réduire celles-là.

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  • Ces remèdes pires que le mal

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    Le contingentement de l’offre de travail dans lequel tant de Suisses voient leur salut est un exemple typique de ces remèdes qui sont pires que le mal. Ce que l’on entend protéger, l’emploi indigène, dépend au contraire, de manière «contre-intuitive» comme on dit aujourd’hui, d’une libre circulation des personnes et des capitaux, car c’est cette liberté de mouvement qui débride la croissance, seule créatrice d’emplois.

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  • La jeune femme voilée du tram 12

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    On parle peu de Genève dans les journaux alémaniques, presque aussi rarement que les nôtres s’intéressent à Glaris ou à la Thurgovie. Pour que la «Rhonestadt» accède aux colonnes de la presse d’outre-Sarine, il a fallu dernièrement que l’infante d’Espagne décide de s’installer ici, ou qu’il s’y soit produit quelque nouvelle «Genferei». A moins encore qu’il ne se soit agi des imbroglios financiers auxquels la fille d’un président d’Asie centrale domiciliée sur un coteau genevois se trouverait soi-disant mêlée.

    Cette indifférence à l’endroit de ce qui se passe dans la seconde ville du pays, hormis le fait, dûment cartographié dans la NZZ du 26 juillet, que cette ville est le chef-lieu du canton le plus peuplé de pickpockets, aboutit à une profonde méconnaissance des réalités les plus élémentaires qui font pourtant de Genève la dénomination helvétique la plus connue au monde.

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