Le poids des mots, le choc sanitaire

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Un virus mute, et tout s’écroule : les bourses, les certitudes de reprise, la confiance dans les vaccins. Et comme de bien entendu, les valeurs dites de refuge – sans que l’on puisse exactement définir en quoi elles le sont – regagnent la faveur des placeurs de capitaux. Le franc, et curieusement le yen (expression pourtant d’une économie japonaise au point mort), amassent en quelques jours les gains de change que leurs banques d’émission s’étaient inlassablement efforcées de leur faire perdre.

Tout cela indique à quel point nos structures économiques sont fragiles et les prix, censés conduire les marchés à l’équilibre, tributaires d’aléas qui relèvent davantage des émotions que de l’offre et la demande. Les craintes tiennent certes à l’inconnue des lendemains : si l’on confine à nouveau et ferme les frontières, les chaînes d’approvisionnement seront une seconde fois interrompues. Les finances publiques, mises à mal par des mois de soutien aux secteurs en crise, auront de la peine à résister à une nouvelle saignée. Et les ménages qui s’étaient remis à dépenser presque sans compter n’auront plus beaucoup à épargner.

Dans ces conditions totalement inédites, par quoi se laisser guider ? La politique, qui jusqu’ici n’a guère montré de détermination dans le choix des armes et surtout de force de conviction face à une opinion en partie – s’est peu dire – sceptique, a maintenant une occasion en or d’occuper le terrain.

Sur le front financier d’abord : les freins à l’endettement et autres parapluies de beau temps n’ont plus lieu d’être. Comme par temps de guerre, les bourses publiques doivent se délier avec pour seule mission d’empêcher une mise à l’arrêt des activités et d’éviter les faillites en chaîne. Il sera toujours temps, à la fin des hostilités, de compter sur le retour de la croissance pour éponger les dettes. On sous-estime complètement la vitesse à laquelle les comptes publics se redressent après une crise prolongée ; l’endettement du Royaume-Uni par exemple, qui frisait les 240% du PIB en 1947, en avait représenté moins de 50% vingt-cinq ans plus tard ; et Margaret Thatcher n’avait pas encore passé par là.

Sur le font monétaire ensuite : la Banque nationale suisse a tous les instruments en main pour 1° faire baisser le franc, 2° maintenir les taux d’intérêt au niveau le plus bas, et même 3° partager plus largement les fruits du seigneuriage qu’elle récolte de ce goût immodéré de l’étranger pour la monnaie helvétique. 

Sur ce dernier volet, les options sont nombreuses, à commencer par celle, testée avec succès en 2008 quand, sans faire preuve d’une imagination débordante, mais assez inhabituelle tout de même pour un pays attaché à la tradition, Conseil fédéral et BNS avaient volé de concert au secours d’une UBS à deux doigts de sombrer, en avançant sous diverses formes les 60 milliards de francs nécessaires à la réussite de son sauvetage. Pour la même somme – voire pour la même proportion du budget fédéral d’une part, du bilan de la BNS d’autre part, ce qui en décuplerait quasiment le montant –, il serait possible aujourd’hui de sauver à peu près tout ce qui menace de tomber.

Autre option, régulièrement évoquée mais restée sans suite pour cause de difficulté conceptuelle, celle d’un « fonds souverain », qui serait à la Suisse ce que le pétrole est à la Norvège : une source de richesse grâce au franc que tout le monde désire. Difficile à concevoir, mais nullement impossible.

Un peu d’audace, donc.

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