Entre faucons et colombes, l’inflation divise

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L’inflation étant sur toutes les lèvres et dans tous les titres, le moment est venu d’essayer de voir de quoi il retourne en vérité.

Que les indices de prix s’envolent un peu partout est un fait. Dans la zone euro, au mois d’octobre, le taux de renchérissement a atteint son plus haut niveau depuis 13 ans. Aux Etats-Unis, il est même grimpé à 6,2%, du jamais vu depuis novembre 1990. Un peu moins, mais tout de même, au Royaume-Uni, où il faut remonter à décembre 2011 pour retrouver un taux de 4,2%. 

Sur cet îlot de stabilité que reste la Suisse, la dernière poussée significative de renchérissement date de 2007, avec 2% de hausse des prix sur un an. L’indice relevé pour octobre (1,2%) est donc loin de rejoindre les niveaux observés ailleurs, même si l’écart par rapport aux taux des dix années d’inflation nulle ou négative que nous venons de traverser nous place également dans le camp très majoritaire des pays confrontés à une inflation supérieure à la normale. Seule exception notable, le Japon ne parvient pas à s’extraire véritablement de la déflation, puisque l’indice des prix à fin octobre n’y affiche qu’une hausse annuelle de 0,1%. C’est davantage que rien, mais demeure très en dessous du taux visé par la banque centrale, qui s’est fixé comme les autres Instituts d’émission – qui pour leur part l’ont donc largement outrepassé – un objectif de plus ou moins 2% de hausse annuelle des prix.

Mais de quoi parle-t-on au juste lorsqu’on parle d’inflation ?

Par définition l’inflation, hausse généralisée et durable du niveau des prix, est le résultat d’un écart persistant entre l’offre et la demande, ou plus précisément d’une demande en excès par rapport à l’offre existante de plein emploi, situation qu’autorise une abondance de monnaie. Or aujourd’hui, l’aisance monétaire étant ce que l’on sait (soit une création de monnaie à jet continu dépassant tout ce que l’on pouvait imaginer  jusqu’ici), c’est moins une demande trop forte – on est grosso modo revenu à la situation d’avant la pandémie – qu’une offre passagèrement contingentée par la faute de ces fameux goulots ou goulets d’étranglement qui freinent la distribution des intrants (matières premières, produits semi-finis, produits finis bloqués dans les ports, etc.), et par la main-d’œuvre retenue à la maison, cette même pandémie oblige. Tout cela ne fait pas pour autant une vraie inflation, puisque les bouchons finiront par sauter, et l’infection par se résorber.

Mais attention ! L’inflation a ceci de diabolique qu’à la longue on s’y habitue, de même qu’on s’est habitué à son absence, tant la stabilité des prix, au bout de 10 ans, a semblé définitivement acquise. Cette sorte d’ancrage des anticipations, d’abord d’un futur sans hausse des prix, et désormais d’un avenir renouant avec les attentes inflationnistes telles qu’elles s’étaient incrustées dans les années 70, est ce qui rend les politiques monétaires si compliquées. Resserrer le crédit trop vite et trop fort, c’est risquer d’interrompre une reprise certes avérée, mais encore inégalement répartie. Le retenir trop mollement, c’est laisser l’emballement des prix et des salaires dégénérer en une spirale inflationniste difficile, sinon impossible à maîtriser sans gros dégâts. 

D’où le partage tranché des avis entre faucons et colombes, chez les responsables monétaires comme chez les stratèges militaires, signe manifeste d’une complexité que le caractère inédit de la chose rend impossible à résoudre. Ce sacré virus a décidément plus d’un tour dans son sac !

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