Goulets ou goulots, l’étranglement toujours

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L’AVC ferroviaire qui a interrompu les liaisons entre Genève et Lausanne n’a certes pas coupé toute communication entre les deux pôles lémaniques, mais il a révélé à quel point cet unique tracé était susceptible à tout moment de mettre des dizaines de milliers de pendulaires dans l’embarras. L’autoroute n’est guère mieux ; il ne se passe pas un jour sans qu’un froissement de tôles n’y bloque le trafic. Or une mobilité sans entrave est la clé du dynamisme économique en même temps qu’elle y est constamment mise à l’épreuve. Genève en est la meilleure illustration, qui enchaîne depuis des décennies, avec un certain fatalisme, goulets et goulots sur son maigre territoire : une autoroute de contournement surchargée qu’à l’époque certains tenaient pour inutile, un CEVA contesté jusqu’au dernier moment alors qu’on ne pourrait plus s’en passer, ou encore une traversée de la rade, sorte d’Arlésienne locale, dont l’urgence n’est pourtant plus à démontrer.

Mais un trou entre deux traverses de chemin de fer pourrait bien cette fois-ci faire bouger les choses, et rapidement. Le monde politique s’agite, les idées fusent, les projets ressortent des cartons. L’un d’eux, inlassablement porté par un ingénieur à la retraite, le vaillant Rodolphe Weibel, qui milite depuis 2013 sur son blog pour boucler la boucle ferroviaire en reliant l’aéroport à la section Genthod Bellevue («ainsi les trains ne rebrousseront plus chemin, évitant un deuxième passage par Cornavin»), semble enfin recevoir de la considération, alors que les experts ès sciences ferroviaires le regardaient jusqu’ici avec un certain amusement.

Moins dédaigné, mais tout aussi mal mis en lumière, il y a le rapport d’avril 2014 des sections Vaud et Genève de la Citrap (communauté d’intérêts pour les transports publics)qui, outre d’autres idées du même visionnaire et de quelques autres, reprend le projet historique (1975) de train à grande vitesse des ingénieurs-conseils Bonnard & Gardel mandatés par les CFF eux-mêmes. On n’y nage pas en pleine fiction, mais on y trouve des audaces – viaducs, tunnels, tracés autoroutiers en surplomb – qui invitent plutôt à la rêverie. Et pourtant. Les solutions esquissées par les auteurs ne sont pas sorties de nulle part. Des voies ou routes suspendues, il en existe de par le monde, à Bangkok par exemple, où un viaduc autoroutier de 54 km de long traverse la ville de part en part au dessus d’une highway.

Alors, pourquoi pas un tunnel Genève-Lausanne sous l’autoroute, qui économiserait de l’espace, et permettrait incidemment de ne pas perdre les compétences acquises avec le creusement du tunnel de base du Gothard. Et pendant qu’on y est : le faire partir de la gare souterraine de Cointrin, comme le postulait le projet de «raquette» chère à Weibel ! Après tout, le sous-sol de Kloten voit bien passer les trains qui poursuivent juqu’à St-Gall et au-delà. Ce qui a été bon pour Zurich ne pourrait-il pas l’être aussi pour la métropole lémanique ?

Lien permanent Catégories : Croissance, Démocratie, gouvernance 9 commentaires

Commentaires

  • Entre Genève et Zurich, la différence se situe principalement dans les relations internationales !

    Depuis Zurich, vous pouvez partir en train de nuit dans beaucoup de direction et les principales sont les pays situés à l'est de l'Europe en passant par l'Autriche, au nord direction Hambourg - croisières en direction de la mer du Nord et la mer Baltique depuis Kiel - sans
    oublier Berlin, Dresde, etc....

    Les relations internationales depuis Genève sont principalement la France et l'Italie.

  • Genève est, géographiquement parlant, le croupion de la Suisse, étranglé par la France!

  • "étranglé par la France!" Par la volonté des Genevois, qui ont refusé d'admettre en leur sein des communes avoisinantes, au prétexte qu'elles étaient catholiques...

  • Cher Géo@ je ne vois pas ce que vous dites? Les savoyards estiment que Genève est savoyarde! OUI Genève est, entre autre économiquement, étranglée par la France!

  • Effectivement, Genève devrait être en Savoie comme elle l'a presque toujours été. La seule raison qui fait qu'elle ne l'est pas, c'est la Réforme. Si mes souvenirs sont bons, il est arrivé à certains moments qu'elle fût la capitale de la Savoie.
    En fait, l'idéal serait que Genève devienne un Monaco bis, entièrement consacrée à sa vocation de rapines fiscales sur le dos de ses voisins. Et Genève cesserait de gonfler les Suisses, romands comme alémaniques, par ses sempiternelles Genferei...
    Je voulais lancer une initiative fédérale pour éjecter les deux cantons français de la Confédération helvétique, pour le bien de tous : Jura et Genève.
    J'espère que l'idée sera reprise un jour...

  • "Je voulais lancer une initiative fédérale pour éjecter les deux cantons français de la Confédération helvétique, pour le bien de tous : Jura et Genève."
    Vous le vouliez, sous-entendu que maintenant vous ne le voulez plus ?
    Parce qu'après avoir écouté ce Lausannois ce matin (interview du politologue Karim Lasseb sur la RTS), je me dis que Vaud n'a plus tellement envie non plus de rester en Suisse. ...

  • " Moins dédaigné, mais tout aussi mal mis en lumière, il y a le rapport d’avril 2014 des sections Vaud et Genève de la Citrap (communauté d’intérêts pour les transports publics) qui, ..."

    Et pour le financement de ces grands projets d'infrastructures ferroviaires, notamment de cette nouvelle ligne Genève - Lausanne, pourquoi ne pas créer un fonds souverain adossé à la BNS, comme le suggérait le professeur honoraire Daniel Mange sur le plateau d'Infrarouge, hier soir 17 novembre ?
    Un fonds souverain qui serait alimenté par une partie des bénéfices de la BNS, dont la loi qui la régit devrait naturellement être amendée.

  • "l'idéal serait que Genève devienne un Monaco bis"
    Si mon souvenir est exact, c'est à peu près l'idée que l'excellent et malheureusement décédé journaliste Michel Bättig avait autrefois lancée dans le journal La Suisse. Une sorte de gag, si je ne me trompe.

  • Remontons à la deuxième moitié du XIIe siècle, qui voit les tensions s'exacerber entre le comte de Genève, le comte de Savoie et l'évêque de Genève, qui détient le pouvoir légitime sur cette ville, ainsi que sur celle de Lausanne, plus Lutry et quelques satelittes dans le Pays de Vaud dont Surpierre.

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