De choc en choc, l’histoire hoquette

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De choc en choc, l’histoire hoquette

 

Comparaison n’est pas raison : les chocs pétroliers des années 70 avaient certes bloqué l’économie, comme aujourd’hui la rupture des chaînes d’approvisionnement met les industries à l’arrêt, mais les similitudes s’arrêtent là. A l’époque, le sevrage énergétique était intervenu en pleine période inflationniste, et avait ajouté la stagnation conjoncturelle à unrenchérissement persistant pour donner naissance à ce concept inédit de stagflation, qui allait durer une bonne décennie. A présent, l’inflation pointe le bout de son nez, même de manière assez nette en Allemagne (3,4%), et surtout aux Etats-Unis (5,4 %). Mais on part en bonne logique de l’idée que les logistiques de distribution se raccommoderont en l’espace d’une ou deux année au plus, après quoi l’économie réintégrera sa pente naturelle de croissance, voire mieux. De sorte que les bouffées actuelles de renchérissement demeureront sans lendemain. A quelques conditions toutefois : car si les tensions apparues sur certains marchés encouragent les entreprises et les syndicats à renouer, les premières avec leurs hausses de tarifs, les seconds avec leurs habituelles revendications salariales, le risque existe alors qu’une spirale inflationniste s’amorce, qu’il ne sera pas si aisé que cela d’interrompre.

Quelques indices donnent d’ailleurs à réfléchir, moins pour leur contenu intrinsèque qu’en fonction du contexte dans lequel ils apparaissent, et des arguments qui les accompagnent. L’USS, par exemple, tire parti du redressement de l’activité qu’elle croit percevoir pour réclamer une hausse des salaires qui correspondrait à un meilleur partage des fruits de la croissance entre travail et capital. Il y a peu, la centrale syndicale se préoccupait surtout de l’emploi, et de sa protection, ce qui en dit long sur le changement de perspective auquel elle a procédé. De son côté la Poste annonce un relèvement du tarif des lettres, au motif qu’il n’a pas bougé depuis 18 ans : faible prétexte, si l’on songe que le courrier électronique a progressivement ramené cet unique pan régalien des activités postales à la portion congrue. De même sent-on venir une hausse possiblement marquée des prix du gaz, d’autant plus vraisemblable que les réseaux gaziers sont majoritairement en mains de distributeurs locaux au statut monopolistique, et que leur principal sinon unique approvisionneur jouit identiquement d’une situation de monopole, naturel celui-là, puisque les gros tuyaux qui nous fournissent la précieuse énergie fossile par voie sous-marine aussi bien que terrestre excluent des facto n’importe quel autre mode d’acheminement, et donc toute possibilité sérieuse de concurrence.

S l’on fait l’addition de ces premiers signes, et de quelques autres annonces du même genre émanant de services publics occupés à redresser leurs comptes, on est bel et bien amené à en tirer la conclusion que la marge entre un simple accès de fièvre et une vraie inflation devient singulièrement étroite. D’où le changement de discours, ô combien précautionneux, des responsables monétaires à Francfort et Washington, qui multiplient les périphrases pour éviter d’annoncer qu’ils se préparent à l’imprononçable : la mise à ban des accommodements illimités, la fin des achats d’actifs tous azimuts, bref, le retour des agrégats monétaires – et des taux d’intérêt ! – à la normale.

Marian Stepczynski

 

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