Vertigineux e-coins !

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Dans le monde de plus en plus rapide dans lequel nous vivons, la monnaie, cœur de nos échanges et étalon de nos économies, est sur le point de basculer du papier – le papier-monnaie –  vers le jeton électronique.

D’astucieux aventuriers, à l’origine du fabuleux parcours du « bitcoin » (parti de rien, ce premier artefact numérique dépasse actuellement les 49'000 dollars), ont ouvert une voie que les banques centrales, souveraines monopolistes seules en charge d’émettre la monnaie fiduciaire légale (celle qui efface les dettes en toutes circonstances), entendent bien se réserver.

Tout va aller très vite, et pour cause : l’électron voyage à la vitesse de l’éclair, tandis que le billet de banque et même le compte bancaire ont besoin d’un certain temps, le premier pour être imprimé et vérifié contre les contrefaçons, le second pour attester la légalité de la chose et éventuellement la pureté des intentions du payeur.

Les banques centrales, donc, sont en train de se réveiller, et les institutions supranationales qui les escortent, Fonds monétaire international en tête, réfléchissent à tout ce qui pourrait favoriser, retarder, encadrer, voire empêcherl’avènement de monnaies électroniques de facture publique, j’ai nommé les monnaies numériques de banque centrale, ou CBDC selon leur acronyme anglais (central bank digital currency).

Si le principe est simple, la mise en pratique est compliquée. Tout d’abord, il convient d’éviter de trop bousculer l’ordre établi, lequel fonctionne à satisfaction, même s’il présente quelques défauts : il coûte cher (les banques, créatrices de monnaie scripturale, ne se gênent pas de facturer des frais et commissions sans rapport avec les coûts), est sujet à des risques (de panique bancaire), et demeure lent lorsqu’il faut franchir les frontières. Ensuite, il ne serait peut-être pas opportun d’encourager la disparition des banques, sources d’emplois et de valeur ajoutée, ce qui serait la conséquence possible, peut-être même certaine, de la mise en place des CBDC. Ensuite l’ouverture, à portée de tous, de comptes en monnaie numérique auprès de la banque centrale générerait quelques risques systémiques (des basculements soudains en cas de crise – puisque à portée d’un clic de souris – des comptes bancaires classiques vers des comptes numériques). Enfin, il y a toute la question de la confidentialité. Si j’ouvre un compte auprès de la banque centrale, elle saura tout de ma fortune, de mes habitudes de dépenses, etc. Et si l’anonymat demeure de règle, comment éviter que des mafias ou d’autres criminels s’en servent, encore plus aisément qu’avec les valises de billets d’aujourd’hui ?

On va donc devoir attendre encore quelques temps avant d’accéder au Graal monétaire. Mais des tests ont déjà lieu ici et là, en Chine et même en Europe, histoire de préparer les esprits.

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