Logement: le prix de l’obstination genevoise

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La pression sur l’immobilier est devenue telle qu’on en vient à se demander s’il n’y a pas une obstination coupable dans la politique du logement telle qu’elle est menée en Suisse en général et à Genève en particulier.

Une tout récente publication de l’Office fédéral du logement (Libre circulation des personnes et marché du logement – Région lémanique 2020) est éloquente à cet égard. Alors que le marché du logement locatif tend plutôt à se détendre et, partant, les loyers à se stabiliser, celui du logement en propriété suit le mouvement inverse : la demande ne cesse d’augmenter, alors que l’offre stagne. L’une et l’autre de ces tendances sont parfaitement identifiées, mais rien n’y fait. On refuse de reconnaître l’évidence, et l’on s’obstine à considérer qu’il y a pénurie de logements à louer et que, à l’inverse, il y a bien assez de logements à vendre, alors que la réalité est exactement le contraire.

Curieusement, le bas niveau des taux d’intérêt participe à cette double confusion. L’explication est simple pour ce qui est de la demande de propriété de son propre logement: les taux hypothécaires sont si faibles qu’il est devenu plus avantageux, si l’on dispose de quelques économies, d’acheter son logement que de le louer. Elle l’est un peu moins s’agissant de l’investissement immobilier tel que le pratiquent les acheteurs institutionnels. Eux achètent en vue d’un rendement – les loyers qu’ils en retirent – à la fois stable et meilleur que celui dégagé par d’autres formes de placement. Et c’est ainsi que les caisses de pensions, assureurs et fonds de placement contribuent sans qu’il soit besoin de les y pousser à la détente du marché locatif, voire à la surproduction dans ce secteur, largement majoritaire (à Genève 82% des ménages sont locataires), du marché immobilier. «Dans la construction de logements, les unités locatives, prédominantes, dépassent nettement les taux de locataires actuels» note l’OFL. Alors que, pendant ce temps, les promotions ardemment désirées par les candidats à la propriété de leur logement demeurent désespérément rares. Et que les prix de vente, du coup, s’envolent. On ne peut mieux résumer la chose que ne le fait l’OFL : «Depuis [ces dernières années], les marches de la location et de la propriété évoluent à l’opposé l’un de l’autre»

La situation n’est évidemment pas la même dans toutes les régions. Dans les aires métropolitaines où le manque de constructions se fait le plus sentir, les tensions demeurent vives, mais le constat est sans appel : «Dans l’ensemble [de la région lémanique], la situation du marché locatif n’est pas jugée préoccupante, au contraire du marché du logement en propriété́, où les prix ont nettement augmenté et qui reste durablement en situation de pénurie».

Cherchez l’erreur.

Lien permanent Catégories : Capital, Démocratie, Immobilier 1 commentaire

Commentaires

  • Je ne dois pas être le seul à pouvoir attester que sur 60 années passées à Genève comme locataire, seules un peu plus d'une vingtaine n'ont pas été affectées négativement par le prix du loyer.

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