Suisse-UE : l’erreur historique

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Qu’est-ce qui n’a pas été dit et écrit sur l’arrêt brutal des négociations avec Bruxelles ! Le projet d’accord institutionnel aurait été mauvais, alors qu’on y travaillait depuis 2008, et que l’idée remonte même à 1997. Il aurait, selon la version officielle, de toute façon été rejeté en votation populaire, ce qui en dit long sur le courage de l’autorité fédérale, qui n’ose affronter l’opinion. On mesure ici les limites de la démocratie directe, dont les instruments corsètent l’action gouvernementale par la perspective de rejets populaires qui se manifestent à la moindre occasion.

Fines fleurs de nos institutions politiques, les droits d’initiative et de referendum ont beau être la fierté de la Suisse, on ne veut pas voir que, sur les sujets centraux, ils l’enferment dans des contradictions qu’elle est inapte à surmonter. Il faut donc cesser de s’abriter derrière la formule « le peuple a toujours raison ». Le peuple n’est pas idiot, il demande juste à être informé à la juste mesure. Dans le cas d’espèce, la faute de l’échec échoit intégralement au Conseil fédéral, qui n’a pas pris la peine, inutile a-t-il peut-être considéré, d’expliquer au public la vraie nature des enjeux et des risques encourus à refuser d’y souscrire.

Ainsi, à quoi servirait-il de « protéger les salaires » s’il n’y a plus de travail? Une intégration pleine et entière au marché européen sous condition de libre circulation oblitérerait le risque de dumping par le seul jeu de la croissance, alors que les barrières à l’entrée qui désormais ne manqueront pas de s’ériger, lentement mais sûrement, pèseront fatalement sur celle-ci et donc sur l’emploi.

Se souvient-on seulement de ce qu’il avait fallu à l’époque mobiliser comme efforts de relance et force d’accords bilatéraux pour compenser les répercussions conjoncturelles du rejet de l’EEE, nonobstant lesquels la Suisse mit une bonne dizaine d’années à rattraper, en termes d’emplois et de niveau de vie, le retard pris sur ses voisins, deux à trois fois plus dynamiques qu’elle à cet égard.

Par leur refus catégorique de lâcher la moindre concession sur ce volet-là, les syndicats portent une lourde responsabilité. Ils ne sont pas les seuls à avoir fait tout capoter, mais leur intransigeance ajoutée à la mollesse des rares soutiens parlementaires au projet d’accord a suffi à faire pencher la balance.

Quant au volet névralgique d’une souveraineté qu’on a prétendu menacée, il devra pour le moins faire débat, ce qui permettrait de ramener l’affaire à ses justes proportions. Il conviendrait pour cela de renvoyer à l’interview récente de Thomas Cottier et André́ Holenstein dans la NZZ*, qui viennent de sortir chez Stämpfli, sous le titre Souveränität der Schweiz in Europa, une démonstration appuyée de ce qu’est, et surtout n’est pas, cette souveraine indépendance dont se targuent à tout bout de champ nos parlementaires de l’UDC. Où réside, dupliquait au même moment l’avocat Jean Russotto dans les colonnes du Temps, le contenu de cette souveraineté lorsqu’elle consiste à «fabriquer du droit européen de façon autonome» ?

L’original vaudrait en tous les cas mieux que la copie, puisque au moins la Suisse participerait alors aux préparatifs, à égalité avec les juristes bruxellois. Bref, est-on tenté de résumer familièrement, la perte de souveraineté est un grand bla bla bla.

Et le tout, un formidable gâchis.

 

* «Ich würde Ihnen widersprechen: Die Schweiz ist ein Teilmitglied der EU» (NZZ du 26 mai)

Commentaires

  • En paricipant on co-décide. Voyez donc le sort qui a été réservé aux pays frugaux, dits radins, ils se sont fait tordre le bras et on dû concéder l'endettement décidé par les Grands de l'UE.

    Réduction de l'économie suisse. Certes. N'oublions donc pas de réguler, par application stricte de l'ALCP, la population européenne de Suisse : 1'400'000 résidents + 340'000 frontaliers v. 150'000 suisses en UE.

  • On ne saurait mieux le dire. Et j'ajouterai que le manque de courage est devenu un mode opératoire au sein du gouvernement suisse, ce qui le rend otage de tous les prétendus souverainistes et des syndicalistes.

    Et comme cela est déjà arrivé dans l'histoire (dévaluation du francs suisse dans les années trente), le gouvernement reviendra en arrière, mais sous la pression.

    Pas de quoi être fier, vraiment.

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