Les hedge funds, onzième plaie d’Egypte ?

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Le rôle exact de ces curieuses créatures financières, utiles pour certains, nuisibles pour d’autres, est un sujet de discussion qui revient sur la table à chaque péripétie boursière. L’affaire GameStop ne fait pas exception : elle a enrichi quelques milliers de boursicoteurs en même temps qu’elle a fait tanguer de gros hedge funds pris à contrepied. L’attention du coup attirée d’un public composé d’envieux mais aussi de professionnels aguerris amène ainsi à s’interroger une fois encore sur la vraie nature de cette classe particulière de stratèges de la gestion dite alternative.

La principale caractéristique des hedge funds, résumée en un mot, est de chercher systématiquement à repérer, pour en tirer profit, les éventuels écarts de conduite des marchés : actions sur- ou sous-évaluées, parités de taux d’intérêt non couvertes, taux de change maintenus artificiellement haut ou bas, arbitrages non réalisés entre court et long terme, et ainsi de suite. En ce sens, ils sont considérés par la théorie comme des correcteurs de trajectoire rapprochant les marchés de l’état de perfection. Il leur arrive, lorsqu’ils s’attaquent à de grosses proies, de réaliser des gains considérables, tel un George Soros ayant vu juste sur la surévaluation d’une livre britannique qu’il «shorta» un mercredi noir de septembre 1992. Mais il n’est pas rare qu’ils échouent, et leur faible taux de survie est masqué par le constant renouvellement du cheptel.

Si l’affaire s’arrêtait là, il n’y aurait pas lieu de s’alarmer. Les sommes gagnées ou perdues n’engageraient que les gagnants et les perdants, sans répercussion sur l’ensemble du système. Mais la réalité est autre. Parce qu’ils spéculent à découvert, avec l’argent des autres ou grâce aux crédits obtenus de banques qui, comme on sait, prêtent plus facilement aux gros risqueurs qu’au menu fretin des naïfs du boursicotage, il arrive que ces fonds alternatifs entraînent dans leur débâcle des pans entiers de l’édifice financier. Ce fut notamment le cas lors de la crise des subprime, ou auparavant, en 1994, avec le naufrage du fonds LTCM sauvé in extremis par la Réserve fédérale américaine, au prix toutefois d’une violente secousse subie par l’ensemble de l’appareil bancaire américain et au-delà.

Alors, les cabrioles du cours de l’action GameStop ont amené les pourfendeurs du «système», qui tiennent la Bourse et le capitalisme en général pour l’incarnation du mal absolu, à se rappeler à notre bon souvenir. Si on suivait leur indignation, on emprisonnerait tous ces «requins de la finance» pris au piège, et on interdirait purement et simplement toutes formes de transactions faisant appel à l’achat à crédit d’options put et à l’effet de levier en général. A l’autre extrémité de l’éventail des prises de position, on trouve, moins nombreux et surtout plus discrets, les défenseurs d’un ordre libéral postulant une approche plus intelligente des nouveaux instruments financiers et préconisant qu’on évite de jeter le bébé avec l’eau du bain. 

Entre deux, que placer ? Sans doute une régulation plus serrée, de nature à favoriser la transparence (on y est presque), et imposant aux hedge funds comme aux banques des normes plus sévères en matière de fonds propres, et en les soumettant à des contraintes de «reporting» qui renforcent ce qu’on appelle de façon assez hyperbolique la «protection de la clientèle» – en clair, faire en sorte que les enfants du bon dieu ne soient plus tenus pour des canards sauvages.

 

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