Ces eurosceptiques qui plastronnent

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Nos Guillaume Tell et autres Winkelried de pacotille, qui défendent sur leurs blogs et dans les médias qui les accueillent la thèse selon laquelle l’indépendance retrouvée du Royaume-Uni serait la meilleure démonstration de la justesse de leurs vues, négligent deux ou trois choses essentielles.

La première, évidente, est que la Suisse n’est pas l’héritière nostalgique d’un empire qui recouvrait  au faîte de sa gloire un bon quart de la planète, mais l’avatar, chanceux davantage qu’issu de ses mérites propres, d’une Europe qui a toujours trouvé avantage à son maintien au cœur du continent. Transporté en ce début du XXIe siècle, l’authentique Tell du mythe schwytzois ne se serait sûrement pas élevé contre de prétendus baillis bruxellois.

Il aurait au contraire expliqué à ses fervents contemporains qu’ils avaient tout à gagner d’un rapprochement, sinon d’une pure et simple adhésion à la construction européenne en devenir. Leur prospérité, ils la doivent à l’inclusion de leur modeste espace économique dans celui, combien vaste même après le Brexit, du marché unique, et non à quelque génie propre à l’âme confédérale.

La deuxième évidence est celle des avantages incommensurables de la libre circulation. C’est là, au vrai, qu’achoppent la plupart des Helvètes, surtout ceux issus, à la deuxième ou troisième génération, d’une immigration qu’ils combattent d’autant plus farouchement qu’ils ne l’ont pas eux-mêmes vécue. Les Britanniques ne tarderont pas eux non plus à mesurer combien ces travailleurs venus du dehors leur ont apporté un mieux-être aussi bien matériel que culturel, qu’ils n’auraient pas connu s’ils étaient restés confinés sur leur île, et dont ils ont décidé à une courte majorité de larguer les amarres sans trop savoir où cette décision à la longue les conduirait.

Reste la question, épidermique, des juges étrangers. On en a fait toute une histoire, sans trop comprendre de quoi il retournait. De la souveraineté, leur a-t-on claironné. Mais de quelle souveraineté ? Les interprétations litigieuses de clauses conventionnelles susceptibles d’être portées devant des juridictions arbitrales dont on subodore le manque d’impartialité ne sont pas celles contre lesquelles les Confédérés des ans 1300 et suivants se dressaient, car elles étaient franchement biaisées, ou plus exactement imposées par la toute-puissance habsbourgeoise. Elles sont, celles d’aujourd’hui, fruit de traités équilibrés, puisque signés et ratifiés de part et d’autre, et surtout prolongement de principes universellement admis : non discrimination, égalité de traitement, reconnaissance mutuelle, conformité de normes sanitaires, environnementales, sécuritaires.

On peut certes ériger en principe négociatoire l’obtention du beurre et de l’argent du beurre. Les Britanniques prétendent l’avoir arrachée. Cela reste à voir. Mais dans la règle et dans la durée, pareil guide de conduite s’avère de piètre secours, et à vrai dire complètement illusoire. Nos successeurs le constateront.

 

 

Lien permanent Catégories : Europe, Humeur, Union européenne 8 commentaires

Commentaires

  • Les eurosceptiques plastronnent ! Franchement je ne le sait pas.
    Mais si on s'en tient au fait, force est de constater que les pays hors Europe vivent mieux.

  • Vous nous permettrez d'objecter qu'il faudrait peut-être un peu attendre pour voir... Parce qu'il est visiblement un peu trop tôt pour porter un jugement sur l'Angleterre et son futur.
    "La deuxième évidence est celle des avantages incommensurables de la libre circulation. " Haha. Par exemple, la surpopulation de nos routes, de nos hôpitaux, de nos écoles avec des élèves parlant 150 langues différentes ? Laissez-moi ricaner...
    "Reste la question, épidermique, des juges étrangers." Là aussi, vous ne voyez pas le problème réel : des juges créent dans leur jugement une troisième et importante source du droit : la jurisprudence. Sur laquelle le peuple suisse n'aura jamais la possibilité de se prononcer...
    "On peut certes ériger en principe négociatoire l’obtention du beurre et de l’argent du beurre." C'est la vision européenne, donc française des choses, les Français (le jockey) étant seuls maîtres napoléoniens de l'Europe (en manipulant l'Allemagne, le cheval...).
    Cela ne se passera dans les faits jamais comme cela.Je suis sûr que vous le savez aussi bien que moi.

  • Parfois je me demande si je plane ou si, même parmi ceux qui semblent penser comme l'hôte de ces lieux, ils ne voient pas.
    Il n'y a plus d'Etats à proprement parler. Seul le nom subsiste et quelques archaïsmes. L'Economie a pris le dessus et elle gère au niveau global.
    La crise sanitaire, le reset du WEF, ne sont que des révélateurs d'une réalité économique qui se rit des frontières. Ceux qui décident aujourd'hui sont les GAFAM's and Co et je suis sidéré de voir que peu en sont conscients.

  • « Ceux qui décident aujourd'hui sont les GAFAM's and Co »

    Google a quasiment raflé la totalité des budgets publicitaires. Si la presse helvétique tire la langue... et qu'il ne reste plus que quelques pages misérables... de désinformation, de surcroît, c'est grâce à tous ces mondialistes, universalistes et européistes.

    Mais dans le fond, vous avez raison, pas besoin de décision de Bruxelles pour mettre nos restaurateurs et hôteliers au fond du trou... suffit de copier ce que font nos voisins eurovaccinés.

  • Et pourquoi les eurosceptiques ne pourraient-ils pas plastronner? Les europhiles ne s'en sont pas privés, lorsqu'ils avaient le vent en poupe! A chacun son tour!

  • "Ces eurosceptiques qui plastronnent"


    Le souvenir de Claude Monnier semble remonter du fonds de pensée de ce billet.

    Bonne année Monsieur Stepczynski.

  • Vivre mieux ça veut dire quoi pour vous ? Vivre dans un hall de gare mondiale avec des masques anticovid et des écrans géants qui vous montre le monde tel que vous devriez en rêvez ?

  • "Il est facile d'être communiste dans un pays libre, mais essayez d'être libre dans un pays communiste."

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