Une femme à la barre – et quelle femme !

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Si tout se passe bien (et on ne voit pas pourquoi il en irait autrement), Janet Yellen sera la prochaine Secrétaire au Trésor des Etats-Unis. Ce poste ne vous dit peut-être rien, alors qu’il est, avec la présidence du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine, l’un des deux bras armés de la première puissance économique du monde : conduite de la politique monétaire pour la Fed – autrement dit la banque centrale – d’une part, maniement de la politique budgétaire pour le Trésor – autrement dit le ministère des finances – de l’autre. Or, circonstance exceptionnelle, Janet Yellen ne sera pas seulement la première femme à accéder à la tête du Département du Trésor. Elle sera aussi, de toute l’histoire de ces deux institutions majeures, l’une des rares personnes à en avoir successivement pris les commandes, puisqu’elle aura présidé la Réserve fédérale entre 2014 et 2018, avant que Donald Trump, par son acharnement à démolir tout ce que Barack Obama avait mis en place, ne décide, contrairement à tous les usages, de ne pas renouveler son mandat.

 

Le – dorénavant la – Secrétaire au Trésor n’est pas non plus une première venue pour le monde académique, unanime à reconnaître en elle une brillante économiste. A la différence de plusieurs de ses prédécesseurs venus en bons Républicains du monde des affaires sous les présidences Bush père et fils, Reagan ou encore Nixon, Janet Yellen est une stricte universitaire. Fine connaisseuse du marché du travail qui fut sa première spécialité, elle a montré à la tête de la Réserve fédérale qu’elle était parfaitement capable de revêtir l’habit des plus grands banquiers centraux en temps de crise, comme naguère un Paul Volcker triomphant de la stagflation des années 70 ou, dans un registre plus accommodant, un Alan Greenspan aux prises avec l’exubérance irrationnelle des marchés boursiers juste avant un Ben Bernanke qui, à coups de centaines de milliards de liquidités (le «quantitative easing»), sauvera les Etats-Unis du désastre financier consécutif à la crise des subprime.

Si la Réserve fédérale peut beaucoup, le Trésor lui est aujourd’hui encore supérieur dans le redressement d’une économie affectée par la crise sanitaire. Parce que la monnaie, même émise à profusion, n’est d’aucune utilité pour les millions de salariés jetés à la rue par le coronavirus, alors que les programmes d’urgence d’aide aux petites entreprises et aux municipalités privées de ressources permettraient d’en repêcher sinon la totalité, du moins la tranche la plus désespérée. Or ne voilà-t-il pas que Steve Mnuchin, le Secrétaire au Trésor bientôt sortant d’une administration Trump décidément revancharde, vient de décider de bloquer la reconduction de tels programmes au-delà de la fin de l’année, en exigeant de la Fed la restitution des centaines de milliards non encore utilisés.

Janet Yellen aura donc, pour première mission, la charge de remobiliser autant que possible ces fonds. Le problème, comme le soulignent divers commentateurs*, est que l’utilisation des montants retombés dans l’escarcelle du Trésor exigera au préalable l’acquiescement du Sénat, dont il y a fort à redouter qu’il demeure majoritairement en mains des Républicains…


*Cf. notamment l’agence Reuters du 24 novembre (Yellen would need Congress to approve use of clawed-back Fed loan funds, Treasury says) ou encore The Economist du 28 novembre (A clash over cash - Jerome Powell and Steven Mnuchin are at odds over emergency loans).

 

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