A la louche, 1 milliard d'aide par mois perdu

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Au commencement première de classe dans sa réponse au virus, la Suisse s’est retrouvée soudain en tête de liste des pays les plus touchés par les nouveaux cas. On avance toutes sortes d’explications, sans que l’une ou l’autre ne soit particulièrement convaincante. Certains pointaient du doigt les cantons latins, qu’on sait moins disciplinés que les alémaniques, réputés pour leur sens de la responsabilité individuelle. Las, la deuxième vague les frappe presque aussi durement. 

 

 

 

Mais peu importent ici les découpages cantonaux. Ce qui est mis à mal, hormis la réputation de bon élève, c’est la couverture des dégâts, présents et à venir, résultant d’une situation mal maîtrisée pour cause d’hésitations budgétaires et de lenteurs dans la prise de décision. Comme l’ont souligné, en substance, les universitaires signataires d’un appel au Conseil fédéral, chaque semaine, chaque jour qui passe en palabres et consultations diverses retarde d’autant l’infléchissement de la courbe des infections et monte au carré l’effort qu’il faudrait consentir.

Au moment de ces lignes, on s’entendait à Berne sur une enveloppe de quelque 200 millions de francs pour les cas de rigueur. 200 millions ? Une paille, que dis-je, des cacahuètes, pour reprendre l’interjection passée dans les annales. Il faudrait au bas mot un milliard, lancent chacun pour soi les cantons les plus touchés. Car ce qu’il s’agit de compenser urgemment, ce ne sont pas seulement les salaires non couverts, mais aussi et désormais surtout les pertes de chiffres d’affaires des boutiques fermées, de ces centaines de milliers d’artisans et de commerçants privés de toutes rentrées en même temps que poursuivis par des bailleurs et créanciers eux aussi pris en tenaille entre des revenus absents et des échéances bancaires.

Les économistes qui ont fait le calcul vont encore plus loin. L’aide nécessaire s’élève à un multiple des sommes esquissées, et voici pourquoi. Si l’on admet, grossièrement estimée, la part des activités indépendantes à 10% de l’activité totale, que le tiers de ces indépendants sont actifs dans le commerce, l’hébergement et la restauration, secteurs où les pertes sont les plus élevées et s’élèvent probablement aux trois quarts des revenus habituels, et que la valeur ajoutée (donc le revenu net) de ce tiers d’actifs indépendants égale grosso modo la même proportion du revenu national, soit un peu plus de 3% de 700 milliards (pour l’année 2019), la compensation nécessaire atteint plus de 21 milliards. Même diminuée de moitié pour rapporter la perte de revenu au niveau de l’agrégat statistique «consommation finale des ménages», cette somme dépasse les 11 milliards soit, à la louche, 1 milliard par mois perdu. 

Faites le compte : à quelques mois près, et à supposer qu’une vaccination à large échelle, permettant la levée des interdictions, devienne effective au milieu de l’année prochaine, c’est au moins une dizaine de mois de soutiens qu’il faudrait apporter aux activités indépendantes. Et sous forme non pas de crédits, même à taux zéro, qui ne pourront jamais être remboursés, car ces baisses de revenus sont irrattrapables, mais sous forme d’aides à fonds perdus. Donc, entre 10 et 20 milliards à charge des budgets publics sur un exercice.

La Suisse peut se le permettre. Certains cantons oui, d’autres sans doute non (Genève), la Confédération à coup sûr, elle dont la dette totale se montait à 97 milliards à fin 2019, soit à peine 13% du PIB : un gros mois de production...

Le temps est donc venu de répondre avec courage, plutôt qu’au compte-goutte, à une urgence désormais vitale.

 

 

 

Lien permanent Catégories : Dette, gouvernance, Prévoyance, Santé, suisse 4 commentaires

Commentaires

  • Je me mets à la place de la gauche qui veut encore une migration de masse, avec quel argent??? Tout notre système est en faillite!

  • « avec quel argent??? »

    ... avec les économies ou la "fortune" des épargnants.

    Depuis un mois, Le CHF a perdu 0,015 CHF de sa valeur par rapport à l'euro.

    Sur un capital/économie de CHF 500'000.- d'un retraité, c'est une perte sèche de quelque CHF 6500.-.

    Comme quoi, on aurait p'têtre davantage "arrosé" tout azimut dans la zone CHF que dans la zone Euro.

  • ...ah, j'ajoute encore que depuis le 05.01.18 au 06.01.20, le CHF a perdu 33% de sa valeur par rapport à l'or.

    (once 05.01.18 = 1288,43 - once 06.11.20 = 1716.68)

  • "...ah, j'ajoute encore que depuis le 05.01.18 au 06.01.20, le CHF a perdu 33% de sa valeur par rapport à l'or."
    Drôle de façon de voir les choses. Il se trouve que les investisseurs préfèrent l'or au franc suisse. Tant mieux pour nous...

Les commentaires sont fermés.