La Suisse romande et la Banque nationale suisse

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pierre languetin.jpgIl n’y a pas eu beaucoup de Romands à la tête de la BNS. Pierre Languetin (photo Keystone), décédé le 22 octobre, fut même le premier à en présider la direction générale, une vingtaine d’années avant Jean-Pierre Roth. Mais plusieurs membres du directoire de l’Institution ont laissé leur trace dans le souvenir de nous autres, journalistes économiques des grands quotidiens d’ici, à commencer par le défunt Journal de Genève. On rappellera d’abord l’excellent Alexandre Hay, toujours disponible, puis Pierre Languetin précisément, et enfin Jean Zwahlen. Plus récemment, on trouve Jean-Pierre Danthine, aux racines belges avant sa solide implantation en terres lausannoises, et plus près de nous encore, Andrea Maechler, Genevoise de naissance, au parcours académique international*. On aurait presque aimé ajouter à cette énumération Philipp Hildebrand, très attaché à Genève et parfait polyglotte, mais Lucernois pur sucre né à Berne avant d’être aspiré par la carrière que l’on sait, et promis peut-être à reprendre la tête de l’OCDE.

 

 

 

Mais revenons aux périodes perturbées traversées par les premiers nommés. Lorsque, à la fin des années 60 et encore plus au début de la décennie suivante, l’afflux de capitaux menaçait de faire exploser la parité-or du franc de l’époque (et finit par contraindre la BNS à en libérer le cours), Alexandre Hay acceptait volontiers de nous parler, à toute heure, de ce qu’il était possible ou impossible de faire. Nous l’aurions voulu choisi pour prendre la présidence du directoire de la BNS, mais il lui fut préféré Fritz Leutwiler, Zurichois et économiste de formation, tandis que notre Genevois était juriste – élément aussi dirimant que l’attache géolinguistique ?

Ironie de l’histoire, les rares Romands de l’époque ont tous eu à affronter des épisodes de forte pression à la hausse du franc, qu’ils ont traversés avec détermination mais une impuissance qui  fait beaucoup penser à la période actuelle de grossissement phénoménal du bilan de la BNS. Le premier de ces épisodes (1973-1974) est aussi celui qui prit la Suisse totalement au dépourvu, tant les moyens que l’on pouvait imaginer alors étaient encore empreints de l’apport des théories monétaires héritées du régime de Bretton Woods. Ni les «mesures administratives» (sortes de «Lex Friedrich» appliquées au domaine monétaire), ni les efforts de coopération internationale ne servirent à grand chose : le franc était irrésistiblement entraîné à la hausse, tendance que même la période récente n’a pas réussi à infléchir, pour preuve les tentatives avortées de fixer un plancher au cours de l’euro.

Le désarroi des autorités politiques et monétaires durant ces années de turbulences se mesure au nombre de conventions, arrêtés fédéraux et ordonnances d’exécution prises au fil des mois. Les messages qui les accompagnaient valent d’être relus pour ce qu’ils révèlent de l’état des esprits en situation, difficile à concevoir aujourd’hui, de tensions inflationnistes à l’échelle internationale mais aussi domestique. Tout était parti, en fait, de l’abandon par les Etats-Unis du respect des engagements pris au sortir de la guerre, et de leur lente glissade dans les déficits extérieurs ponctuée, successivement, par l’abandon de la couverture-or du dollar, la fin de sa convertibilité dans le même métal, et enfin son abandon total au marché. 

Nos directeurs généraux de la BNS d’aujourd’hui n’ont plus ce souci-là, eux qui peinent plutôt à trouver un ancrage correct à l’euro, et modulent une politique de change acceptable aux yeux du gendarme américain qui demeure encore – jusqu’à quand ? – le châtieur monétaire universellement redouté.

 

* On citera encore le Vaudois Paul Rossy, vice-président de la direction générale de 1937 à 1955.

 

 

 

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