Le Roi dollar est mort. Vive le roi euro ?

Imprimer

Lentement, sûrement quoique irrégulièrement, la part du dollar dans les réserves officielles de change des banques centrales diminue. Supérieure à 75% au sortir du régime des changes fixes (1973), voisine même de 79% en 1978, tombée à 59% en 1995 pour remonter au-dessus de 71% à la naissance de l’euro (1999), cette part n’est plus aujourd’hui que de 62%. On n’en tirera pas des conclusions définitives, mais on admettra que la suprématie de la devise américaine n’est plus aussi établie que naguère.

Et l’on ira jusqu’à prévoir qu’elle continuera de s’affaiblir au profit sinon du seul euro (toujours frappé de la méfiance que suscitent ses défauts de construction originels), du moins d’une série de monnaies appelées à participer à la diversification des réserves de change dans le monde. La livre sterling notamment, toujours héritière de son passé de monnaie dominante au temps de la splendeur britannique, et peut-être davantage encore bénéficiaire du rôle de Londres en tant que place financière de tout premier ordre. Le yen ensuite, véhicule des échanges de ce qui demeure pour l’instant la troisième puissance économique mondiale. Mais aussi le renminbi chinois qui attend son heure, une fois dépassé son statut hybride de monnaie semi convertible.

Notons au passage que le franc, nonobstant sa qualité de monnaie refuge, n’occupe qu’une place marginale dans les bilans des banques centrales (0,1% au premier trimestre 2020), moins sans doute en raison de l’étroitesse de l’économie suisse que par suite de l’excédent structurel de notre balance des paiements courants et, si nécessaire, sous l’effet d’une politique monétaire qui s’est toujours efforcée d’éviter une internationalisation du franc.

Pourquoi ce recul tendanciel de la place du dollar ? On a longtemps pensé que les déficits persistants des comptes extérieurs américains finiraient par peser sur la valeur du billet vert. Mais on a négligé le fait qu’en tant que monnaie internationale universellement acceptée dans le négoce et les échanges financiers, le dollar demeurerait fortement demandé, et que cette demande était même l’aliment de base des déficits jumeaux dont les Etats-Unis se sont accommodés : déficit des comptes publics et déficit de la balance courante, en résultat de quoi le pays peut dépenser sans compter, puisqu’il s’endette dans sa propre monnaie.

Mais toute bonne chose a une fin. Les décisions erratiques d’un président imprévisible, aux effets ravageurs sur l’état de santé, au propre et au figuré, de l’économie américaine, commencent à faire réfléchir les opérateurs internationaux. La résistance, certes encore relative, des économies de la zone euro et de l’euro lui-même, renforce peu à peu leur image aux yeux y compris des plus sceptiques de leurs détracteurs. Témoin la raréfaction des commentaires désapprobateurs émanés jusqu’à ces tout derniers temps de certains instituts allemands de recherche économique. L’or enfin, dont la cote explose, non seulement à cause de l’incertitude ambiante, mais aussi sans doute qu’à tout prendre, on préfère miser sur lui plutôt que sur un dollar en voie de désaffection.

 

Commentaires

  • Depuis, il n'y a pas eu que l'euro qui remplit les réserves de changes au niveau des banques mondiales, ça je peux l'affirmer sans risque.

    D'autre part les comparaisons en pourcentages ne sont pas représentatives des volumes, autre constat, les devises provenant des réseaux criminels et absorbés dans les catacombes, ces devises émises et non des actifs présents dans les trésoreries publiques.

    Par contre suite aux conséquences liées au covid, les investissements aux USA sont 7 moins impactés que ceux faits ou pas faits en Europe.

    En regard de ce qui précède, l'économie chinoise semble bien réagir à la crise du covid, même si les informations chinoises sont filtrées, les pays les plus dépendants de l'économie chinoises vont devoir s'endetter, les actions de l'actuel gouvernement américain ont permis de limiter ces expositions.

Les commentaires sont fermés.