Le monde orphelin d'un brillant chercheur

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Il n’avait que 41 ans. La communauté scientifique a rendu un hommage unanime à ce brillant enseignant à Harvard et chercheur associé de l’Ecole d’économie de Toulouse (sans doute la meilleure du genre) qui aurait probablement été nobélisé un jour si la destinée lui en avait laissé le temps.

Décédé le 23 juillet dernier à Cambridge, Emmanuel Farhi laisse, parmi beaucoup de contributions à l’explication des grands déséquilibres mondiaux, quelques working papers qui éclairent sur l’enchaînement de causes et d’effets ayant conduit, entre autres, à la crise des subprime puis au ralentissement économique mondial. 

Au cœur de sa démonstration, le phénomène qualifié de pénurie de safe assets («actifs sûrs»), résultat d’une offre insuffisante d’actifs sans risque (obligations d’Etat principalement) face à une demande devenue insatiable de la part d’économies, du sud-est asiatique notamment, en proie à une sorte de monoculture exportatrice et devenues à force d’épargne responsables de ce que Bern Bernanke, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, avait appelé en 2015 un global savings glut, c’est-à-dire une surabondance d’épargne à l’échelle de la planète.

Les modèles macro-économiques construits par Farhi et ses collègues aboutissent à des conclusions qui résonnent particulièrement aujourd’hui, dans un monde au système financier et monétaire progressivement envahi – à l’insu de son plein gré dira-t-on – par des taux d’intérêt de plus en plus faibles et devenus même négatifs. L’excès de demande de titres de dette souveraine qui en est à l’origine place les pays émetteurs dans une position très confortable, en ceci qu’ils peuvent emprunter à volonté, avec pour résultat dans le cas des Etats-Unis, champions en la matière, un endettement démesuré, accompagné d’un solde négatif de leur balance courante allant grossissant (contrepartie nécessaire des excédents courants des pays exportateurs), tous déséquilibres profitables dans l’immédiat aux uns et aux autres, mais intenables à long terme, puisque, comme dit le proverbe, tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. L’affaiblissement récent du dollar n’en serait-il pas d’ailleurs le signe avant-coureur ?

Le niveau particulièrement bas et même nul, voire négatif, du taux d’intérêt nominal et de l’inflation, autre effet de la moindre disponibilité en actifs sans risque, correspond en fait à un taux d’intérêt réel positif, qui pèse sur la consommation et l’investissement, d’où l’affaiblissement de la croissance, bien avant même le choc de la pandémie qui a fait plonger les économies du monde entier dans un trou d’air conjoncturel d’une ampleur totalement inédite. En sortir signifiera obligatoirement restaurer un minimum d’inflation, seule façon d’extirper l’économie mondiale de cette funeste trappe à liquidité que représente le zero lower bound, ce taux plancher zéro des taux d’intérêt nominaux.

Farhi aura rejoint ainsi, avec la robustesse d’un argumentaire scientifiquement établi, le chœur des appels à une relance massive de l’économie mondiale.

Commentaires

  • Une partie de sa famille vivait à Genève ou vit encore à Genève !

    En deux mots, certains ne cessent de piller les économies sans jamais s'arrêter. enfin jusqu'à ce que ça pète !

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