La pandémie et l’effet cobra

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La question taraude plus d’un observateur. Les soutiens massifs, monétaires et budgétaires, déclenchés en réponse à la crise sanitaire ne risquent-ils pas de succomber à l’«effet cobra»? Il est fait allusion ici à l’échec cuisant d’une expérience menée en Inde à l’époque coloniale pour tenter de réduire les populations du dangereux élapidé.

L’administration britannique d’alors avait imaginé offrir une récompense à chaque personne qui lui rapporterait un cobra mort. Mais elle n’avait pas prévu que de petits malins, flairant l’aubaine, se lanceraient dans l’élevage de cobras à grande échelle. Aussi cessa-t-elle de distribuer les primes promises, si bien que les éleveurs relâchèrent leurs serpents dans la nature, dont le nombre, du coup, dépassa ce qu’il avait été auparavant. Les économistes citent volontiers cette anecdote pour illustrer comment des politiques mal orientées peuvent déboucher sur des effets inattendus et surtout constituer un remède pire que le mal que l’on cherche à combattre

Passons sur le confinement, décidé dans l’urgence, encore que trop tardivement selon certains. Regardons plutôt les moyens colossaux engagés subséquemment sous forme de soutiens aux entreprises et de compensations de revenu accordées aux salariés subitement privés d’emploi. N’y a-t-il pas là un exemple contemporain de l’historique maladresse indo-britannique ? En ceci qu’à la sortie de la crise, quand elle adviendra enfin, les pays se retrouveront aux prises avec une dette publique insupportable, au sens budgétaire du terme, et une inflation qu’ils ne parviendront pas à maîtriser, tant les masses monétaires hypertrophiées ne pourront être résorbées sans hausses de taux d’intérêt finalement répercutées sur les prix. Dettes et renchérissements, infiniment supérieurs aux niveaux atteints avant la pandémie, pèseront sur le potentiel de croissance.

Cette vision presque apocalyptique nourrit sites et blogs de prophètes de malheur qui se multiplient d’autant plus vite que les incertitudes sont totales. Car là est la vérité : personne ne sait comment tout cela va finir, rien de tel ne s’étant jamais produit depuis que l’on recense et compile de manière systématique et fiable des données statistiques en matière économique.

Quelques évidences s’imposent néanmoins. Premièrement, on comprend mieux qu’auparavant les fonctionnements micro- et macroéconomiques, même si, encore une fois, le choc a été totalement inédit. Deuxièmement, on a la chance, si l’on peut dire, que les prix, les coûts et les taux d’intérêt fussent tous alignés durablement à la baisse avant le déclenchement de la pandémie (alors qu’à l’inverse, par exemple, ils étaient tous à la hausse lors du premier choc pétrolier). Cette configuration autorise par conséquent quelques espoirs.

En revanche, on a beaucoup à craindre des prochains mois, qui verront fatalement se généraliser les insolvabilités et les défauts d’entreprises ayant épuisé leurs dernières ressources. Ce ne sera donc pas le moment de réduire la voilure des soutiens publics, bien au contraire.

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Commentaires

  • Merci pour cette excellente anecdote!
    Elle en dit long sur les décisions prises arbitrairement, sur simples calculs, sans tenir compte de la complexité et de la réalité des éléments vivants qui se meuvent et s'adaptent.

  • Votre conclusion: “Ce ne sera donc pas le moment de réduire la voilure des soutiens publics, bien au contraire.”

    En d'autres termes: au point où on en est, et puisque la vérité est que “personne ne sait comment tout cela va finir”, intensifions l'élevage des cobras...

  • Dans les faits, tout le monde navigue à vue. Les médias alimentent artificiellement la psychose dans une fuite en avant pour camoufler l'incurie de nos élus. Pour ceux-ci, c'est la débandade. Le législateur a été dépouillé de ses moyens et l'exécutif s'appuie sur les recommandations des experts de l'OMS en qui plus personne qui pense ne peut décemment avoir encore confiance lorsqu'on découvre les incohérences et surtout les sources de financement de cette institution.
    Mais pour revenir à l'aspect économique de cette crise, il semble que les raisons sous-jacentes de ces politiques calamiteuses soient motivées par l'effondrement du système financier mondial et sa monnaie "fiat" qui n'est en fait que de la dette. Ne sachant plus comment redresser la barque, les puissants ont trouvé ce moyen de faire porter le chapeau à cette grippe saisonnière qui n'a rien d'une pandémie et dont le pic est déjà passé. Tout débat contradictoire à ce sujet est étouffé, même les réseaux sociaux qui étaient les derniers garants d'une liberté d'expression censurent les contenus qui ne véhiculent pas la version officielle. Il sera bientôt impossible de se faire une opinion par soi-même car ce qui était dans un premier temps considéré comme des "fake news" ou des théories conspiratrices sont dorénavant éradiquées des moteurs de recherche.
    La suite risque bien d'être brutale. Aucun politique n'osera la remise en question qui est un suicide dans une longue carrière pour accéder à un exécutif. Mais les rapports tombent les uns après les autres dans la foulée de commissions parlementaires indépendantes comme celle de l'Allemagne et la dénonciation virulente par l'ancien ministre de l'intérieur autrichien de la gestion de cette crise par le chancelier.

  • Hélas l'effet Cobra est devenu une pratique constante dans le domaine bancaire.

  • Sommes envahis, si ce n'est étouffés, entre systèmes cobra et espèces invasives destructrices de nos environnements
    telle l'américaine Chelydre serpentine à griffes qui s'impose, hargneuse, happeuse, vorace sans faim et sans fin, en nos fonds aqueux.
    Main-mise extra-territoriale du Trésor US en expansion pandémique sur l'économie mondiale:
    à quand votre billet sur les fondements de l'extraterritorialité du droit US, quid des limites du Trésor US qui impose toutes sanctions en tous lieux via le USdollar?

    - banques: amendes US records, montants en milliards
    - Iran, après défection de Trump de l'accord nucléaire, sanctions du Trésor US imposées à membres de l'UE, jusqu'à l'interdiction d'exportation en Iran de médicaments de 1re nécessité (traitements de cancers)
    - Quels fondements, cette Extra-territorialité du Trésor US via le dollar US imposée au reste du monde?
    - Trump a tous pouvoirs pour taxer le reste du monde, really ?
    - Iran sous le joug US / l'UE impuissante, son Special Purpose Vehicle quasi impossible à mettre en oeuvre: raisons ?

  • Il n’est pas certain qu’une augmentation importante de la dette puisse entraîner de facto une hausse de l’inflation : parfois c‘est l’inflation qui apparaît, parfois c’est la déflation. Mais s’il arrive que l’inflation s’impose, son taux peut progressivement se réduire dans les années qui suivent la crise. En fait, tout dépend du type de crise qui a nécessité le gonflement de la dette.
    Au plan politique, la divergence de vue peut se résumer comme suit : pour la droite, il faut rembourser rapidement la dette publique, alors que c’est superflu pour la gauche. D’un côté, on garde un œil sévère sur le ratio dette/PIB ; de l’autre, on peut, soit annuler la dette de temps à autre, soit demander à la banque centrale de financer l’économie réelle en transférant de l’argent aux ménages ou en rachetant une part de dette.

  • L'Occident, et la Suisse, ont une politique sanitaire idiote. A tous le moins après le premier choc :

    "Le respect d'autrui commence par le respect de soi.

    Que les personnes susceptibles d'être gravement atteintes par la covid-19 avec une probabilité supérieure à la grippe saisonnière se prémunissent de la covid-19 (je ne nie pas qu'il existe de telles personnes). Ainsi, ils se maintiendront en bonne santé et préserverons le système sanitaire.

    Que les personnes sensibles se confinent ou ne se confinent pas, mais alors portent un masque utrafiltrant FFP2. Il vaut mieux handicaper une minorité que la majorité.

    En d'autres termes, que les fragiles se planquent chez eux ou derrière un masque (avec l'aide de la société) et les plus solides vaquent à leurs occupations, y compris de production, de consommation et de paiement d'impôt (solidarité)."

    On n'a donc pas les bons masques.

    Inflation ou déflation ? Euthanasie des rentiers ou/et des pauvres ? Voilà ce qui est joué à pile ou face par nos gouvernements et leur stupide opinion publique.

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