Singularités du marché du logement

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Une courte virée dans les villes de moyenne importance de Suisse romande suffit pour s’en convaincre. Aussi bien à Vevey qu’à Aigle, Monthey ou encore Sion, il se construit à tour de bras des immeubles d’habitation aux dimensions parfois imposantes qui peinent à se remplir. Comment se fait-il que les investisseurs, institutionnels pour la plupart, impliqués dans cette frénésie immobilière aient pu grossièrement surestimer le potentiel locatif de régions certes dynamiques, mais pas au point d’accueillir pareil afflux de résidents ?

L’analyse faite annuellement pour le compte de l’Office fédéral du logement* fournit quelques explications. L’ouverture du pays à la libre circulation des personnes a eu initialement pour effet d’accélérer le mouvement migratoire, et de porter le taux de croissance de la population étrangère à des valeurs supérieures à 3%. Sur cette base, et compte tenu de l’engorgement des centres métropolitains qui pousse à construire ailleurs, on a eu quelques bonnes raisons de miser sur le développement des régions périphériques. Et l’on a construit de plus en plus, de telle manière que le parc total de logements s’est accru bon an mal an de plus de 1,5% à partir de 2014, année qui avait été marquée par un pic de pénurie de logements. Seulement voilà, l’immigration a fortement ralenti ces toutes dernières années, et le nombre d’étrangers n’a plus augmenté que de 1,2% l’an dernier, pour des causes qui ne sont pas encore complètement élucidées, mais que l’on peut sans doute rattacher pour l’essentiel à l’amélioration de la situation économique en Europe jusqu’à 2019.

Tout cependant n’est pas dit dans cette appréciation globale. Ce qui frappe le plus, si l’on pousse un peu plus loin l’analyse, c’est l’écart de plus en plus manifeste entre le marché de la location et celui de la propriété. Presque partout en Suisse, un peu moins dans l’arc lémanique mais tout de même, le logement locatif est devenu excédentaire : la demande a reculé, pendant que l’offre se maintenait voire augmentait. Pain bénit pour les locataires, qui ont pu ainsi bénéficier de loyers nettement orientés à la baisse. En revanche, le marché du logement en propriété a connu une évolution exactement inverse, avec un volume de construction déclinant et une demande, principalement d’origine suisse, pourtant en forte croissance, nonobstant une tendance à la hausse des prix qui est bien sûr la conséquence logique de ce déséquilibre mais aussi celle du bas niveau des taux hypothécaires.

Pourquoi, alors, pareille discrépance entre construction destinée à la location et promotions destinées à la vente ? Il y a certes les politique publiques, à Genève notamment, qui forcent le logement locatif. Mais il y a aussi l’attitude des caisses de pension et des assureurs, en quête de placements prometteurs de rendements meilleurs et plus stables que ceux des valeurs mobilières, et qui les poussent à anticiper, au-delà peut-être du raisonnable, une marée de nouveaux locataires.


* https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-79796.html

Lien permanent 2 commentaires

Commentaires

  • Pour les caisses de pensions, c'est un investissement, et ils visent le long terme. Les appartements vides ne les inquiètent pas.
    C'est leur commentaire.
    Ce sont les investisseurs privés qui en font les frais, parce qu'eux doivent rentabiliser tout de suite.
    Il y a comme un dysfonctionnement dans la concurrence.

    Sinon, la catastrophe est bien un bétonnage excessif avec des communes qui laissent faire, parce que friandes de nouveaux habitants hypothétiques.
    Le pire est que ces communes, bien que connaissant la situation, laissent aller les choses, laissent pousser des monstruosités.

    Le rôle des caisses de pension est honteux.
    Si les citoyens veulent garder leur qualité de vie, ils doivent bloquer les constructions, là où il y a excès. L'avenir des communes, c'est aux citoyens de décider lorsque les élus ont oubliés leurs citoyens et ont touché le fond de l'incompétence.

    Genève est un cas. Espérons que pour les autres villes suisses, sa dégradation servira d'exemple à ne pas suivre.

  • @Motus

    "Genève est un cas. Espérons que pour les autres villes suisses, sa dégradation servira d'exemple à ne pas suivre."

    Vous pourriez préciser en quoi de quel dégradation, il s'agit ?

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