Ce que signifie une baisse de 6% du PIB

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La question semble oiseuse, elle n’en est pas moins fondamentale par ses conséquences pratiques : quelle est la différence entre une récession de type classique et une récession de type pandémique ?

Lorsque l’économie recule sous l’effet d’une crise de la dette ou par suite de l’éclatement d’une bulle spéculative, le redressement peut prendre son temps, mais il survient d’une façon ou l’autre, généralement prédictible, et gouvernable, car estimable sur la base des expériences passées. Ainsi, la sortie de crise amorcée au lendemain de 2009 avait été assez correctement anticipée par la plupart des modèles économétriques. Le Créa lausannois, par exemple, avait bien vu le retour d’une croissance à 2% du PIB aux alentours de 2011, de la même façon que l’OCDE dans ses Perspectives économiques n° 86 datées de novembre 2009.

La sortie d’une récession du deuxième type est bien plus difficile à imaginer. Et pour cause : le plongeon est inédit (on n’avait jamais vu ça, une chute d’activité à la fois immédiate et ubiquitaire), sa durée indéfinie, son origine sans lien quelconque avec un dérèglement macroéconomique. Pire, on ne sait toujours pas, foi de scientifique, s’il y aura ou non une deuxième vague. Seule certitude, l’impatience grandit partout, l’envie de consommer, de revivre «comme avant», engendre des transgressions des règles sanitaires qui en disent long sur le potentiel de retour à la croissance. Mais pas avant le franchissement d’un cap qu’on serait bien en peine de situer sur le calendrier.

Aussi, deux attitudes contraires se développent-elles. L’une est celle des optimistes à tout crin, abondamment représentés dans le monde financier, où les analystes parient volontiers sur un feu d’artifice dès ce deuxième semestre. Les marchés boursiers leur donnent raison, mais c’est un peu l’histoire de l’œuf et de la poule, et c’est aussi un tropisme professionnel : quel trader, vendeur par métier, verrait l’avenir en noir, sauf à spéculer à découvert ?

L’autre attitude extrême est celle des institutions officielles, qu’elles soient nationales ou intergouvernementales, qui prônent la retenue et ne souhaitent évidemment pas être prises en flagrant délit de surconfiance – échaudées il est vrai par l’incapacité qui fut la leur, au début de l’année courante et a fortiori à la fin d’année précédente, de voir venir, puis de réagir. On découvre donc des pronostics assez sombres, avec un recul du PIB réel de l’ordre de 6% pour l’ensemble de 2020, suivi d’un rebond de 5% pour 2021, moins impressionnant qu’il n’en a l’air, car il laissera un retard de croissance irrattrapable avant au moins une décennie. Or, 6% de PIB, cela n’est ni plus ni moins que 50 milliards de francs. Trois fois la facture finale du Lötschberg et du Gothard réunis. Ou trois fois la dette de l’assurance-chômage à la fin de l’année. Comment mieux illustrer le potentiel ravageur d’un microbe d’à peine 70 milliardièmes de mètre !

Commentaires

  • Donc en fait, si je vous comprends bien, cette fois, 2020, selon vous, c'est différent de 2008 ?

  • Le BIP seul ne suffit pas à nous rasséréner : il faut encore connaître ou prévoir l'inflation, l'emploi et la position au sein du cycle économique en cours. En plus, il y a plusieurs angles sous lesquels considérer les flux et l'actualité du PIB. Définir le type de chômage permet une mise au point plus réaliste du tableau. Comme la comparaison du cycle court au sein d'un cycle plus long. Tout ceci devrait, selon l'expérience, permettre de dresser une carte fiable de ce qui pourrait se passer et de prendre les mesures adaptées, à moins que les politiciens ne viennent encore détériorer la situation par des idéologies hors-sol.

  • En effet , je crois.

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