La BNS a quitté le mode pilote automatique

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Quatre fois l’an, la Banque nationale suisse convoque la presse pour lui exposer sa vision du monde et des événements. Le rituel trimestriel de cet «examen de la situation économique et monétaire» a quelque chose d’immuable, que résume fort bien la phrase suivante : «La Banque nationale poursuit sa politique monétaire expansionniste». L’intérêt négatif demeure ce qu’il est, les interventions sur le marché des changes ont lieu chaque fois que nécessaire, et le cours du franc, quoique élevé, est maintenu au-dessus d’une barre, légèrement fluctuante mais jamais inférieure à 1,05 franc pour un euro, de sorte que des «conditions monétaires appropriées» sont assurées. Bref, au pays du matin calme aimerait-on dire, de la Suisse comme de la Corée. Ou encore : la politique monétaire en mode pilote automatique.

Sauf qu’il arrive, dans des circonstances exceptionnelles généralement venues d’ailleurs, que la BNS reprenne les commandes pour frapper un grand coup. Ce fut, en octobre 2008, le sauvetage presque rocambolesque d’UBS, mené de main de maître en coordination avec les services de la Confédération. Ç’avait été précédemment, en 1973, la mise soudaine du franc en flottement après l’abandon par les Etats-Unis de la convertibilité en or du dollar. Ce fut beaucoup plus récemment, en 2011, l’instauration provisoire d’un cours plancher face à l’euro, réminiscence en quelque sorte des tentatives de stabilisation du taux de change menées sans grand succès en 1978. Et c’est, depuis mai dernier, l’activation d’une «facilité de refinancement BNS-COVID-19», ou FRC, qui met à la disposition des banques, à titre en principe temporaire mais pour une durée aussi longue que nécessaire, des liquidités en quantité non limitée pour financer quasiment sans risque, vu les cautionnements publics annoncés, les prêts aux petites et moyennes entreprises frappées par l’arrêt net de toutes les activités du fait de la pandémie.

Ces entorses successives à l’orthodoxie monétaire, inédites à chaque fois de mémoire de banquier central, n’ont pas fait de la Suisse un cas pendable aux yeux de la communauté internationale et singulièrement américaine, pourtant chatouilleuse, cette dernière, en matière de tripotage des taux de change.

La Banque centrale européenne est de son côté allée beaucoup plus loin dans l’expérimentation de nouvelles pratiques (quantitative easing, rachats par centaines de milliards d’obligations publiques et même privées) et, toujours prompte à réagir, la Réserve fédérale américaine continue en ce moment de se montrer hyperactive dans l’octroi de facilités de crédit en tous genres y compris aux entreprises et même aux ménages. Il n’empêche que la BNS, autorité monétaire souvent accusée de mollesse voire d’inertie comparée aux autres, vient une fois de plus d’administrer la preuve qu’elle est capable de réagir rapidement, avec bien sûr l’aval du Conseil fédéral, quand il s’agit de prévenir le pire.

On s’est bousculé au portillon pour obtenir des prêts, tant le choc pandémique a été rude. A fin mai, plus de 16 milliards de francs avaient ainsi été canalisés au profit de dizaines de milliers de PME. Il se pourrait donc que, grâce à ce mécanisme, davantage d’entreprises qu’on ne pensait parviennent à tenir le coup, et que la reprise, qu’on craignait lente à se manifester, finisse par ressembler davantage à un V qu’au U redouté. A la condition bien sûr que la demande extérieure, dont la Suisse dépend tellement, se redresse sans trop tarder.

 

 

 

 

 

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