PostFinance, Gulliver bancaire

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Filiale séparée de sa maison mère en juin 2013, PostFinance a obtenu cette année-là le statut de banque. Depuis, elle est soumise à l’instar des quatre autres banques d’importance systémique (UBS, Credit Suisse, ZKB et Raffeisen) à l’étroite surveillance de la Finma, qui impose des règles très strictes, en matière de capitalisation et d’éventuelle liquidation, à ce quintette «too big to fail». Autrement dit, l’autorité considère que le risque que ces mastodontes de la finance font courir à l’ensemble de l’économie s’il leur advenait de faire naufrage impose qu’ils soient dotés de fonds propres bien supérieurs à ceux que les banques d’importance moindre doivent afficher au bilan.

A première vue, tout cela paraît bien normal. Seulement voilà : PostFinance n’est pas un géant bancaire tout à fait comme les autres. Premièrement, son actionnaire unique demeure La Poste, elle-même possession exclusive de la Confédération, ce qui fait d’elle une entreprise en mains publiques, un peu comme ces trois banques cantonales qui, sans bénéficier d’une garantie intégrale de la part de leur canton comme les 21 autres, jouent habilement de leur image de banque quasi publique pour rassurer – et attirer – la clientèle. Soumettre l’ex-bras financier de La Poste à des exigences aussi sévères que celles infligées aux grandes banques, c’est un peu l’obliger à mettre ceinture et bretelles. D’autant, et c’est encore plus singulier, que PostFinance n’a obtenu sa licence bancaire qu’à la condition expresse de n’octroyer ni prêts hypothécaires ni autres crédits à des tiers. Elle est donc une sorte de banque croupion, puisque contrainte de s’abstenir de pratiquer ce qui reste et demeure le cœur de métier de toute banque, savoir l’octroi de crédits. Contrainte d’autant plus frustrante que son réseau et le nombre de ses clients font d’elle le plus gros collecteur d’épargne depuis l’instauration en 1906 des premiers «comptes de chèques postaux».

Sans activité créancière autre que le financement de corporations publiques qui aujourd’hui peuvent emprunter à des taux dérisoires voire nuls quand il ne sont pas négatifs, PostFinance n’est plus tout à fait la vache à lait qu’elle fut pour La Poste, donc pour la Confédération, au cours des années passées. Aussi les exigences de la Finma font-elles indirectement peser sur les finances fédérales une charge potentielle qui ne tomberait pas au meilleur moment, vu les circonstances. Ce qui explique la décision prise par le Conseil fédéral, il y a quelques jours, de mettre en consultation un projet de modification de la loi sur l’organisation de la Poste (LOP) qui lèverait l’interdiction faite à PostFinance de devenir une vraie banque.

On imagine l’accueil que les lobbies bancaires vont réserver au projet, tant l’irruption éventuelle de cet acteur majeur sur le marché hypothécaire attiserait une concurrence selon eux déjà intense. Le fait qu’il resterait interdit à PostFinance de se refinancer par l’emprunt ne changerait pas grand-chose à l’affaire, car ce n’est pas l’argent qui lui manque: les 120 milliards de francs de ses «patrimoines des clients» devraient y suffire. En revanche, la perspective d’affronter un concurrent toujours détenu majoritairement par l’Etat (la modification proposée prévoit une modeste ouverture du capital à des tiers) n’est pas faite pour rassurer, même si l’exemple de Swisscom, autre rejeton filialisé de l’ancienne régie des PTT, montre qu’une privatisation partielle n’est pas la fin du monde. D’autant que la compétition dans le secteur bancaire est d’une autre envergure que celle, fluette, observée dans celui des télécoms…

 

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