Trois ou quatre billions, et ça repart !

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L’amphigourisme trumpien, qui prend prétexte de n’importe quoi pour annoncer le retour de l’Amérique, ne pouvait manquer d’exploiter les derniers chiffres de l’emploi. Les 2,5 millions d’embauches notées en mai, et le recul du taux de chômage de 14,7% à 13,3%, ces «chiffres incroyables» brandis en conférence de presse impromptue vendredi, confirment il est vrai l’impressionnante dynamique de l’économie américaine, même si une lecture moins précipitée de la statistique en relativise la portée. Car le recul de l’emploi en mars et avril avait été massif, au point de détruire plus de 22 millions de postes de travail, et porter le taux de chômage à son niveau le plus élevé depuis 1948.

De fait, aux Etats-Unis comme ailleurs, Amérique latine exceptée, la dégringolade conjoncturelle provoquée par le confinement a manifestement touché un fond, et les activités s’apprêtent à repartir, à un rythme variable selon les secteurs et l’échelonnement des ouvertures. Le mérite en revient à des autorités déterminées comme jamais à barrer la route aux enchaînements fatals qui avaient précipité le monde dans la Grande Dépression des années trente et failli répéter la chose au moment de la crise financière de 2007-2008. Si l’on fait le compte des soutiens divers promis, on frise les quatre billions de dollars, euros ou francs peu importe : 2000 milliards de dollars aux Etats-Unis, 750 milliard d’euros en Europe, 2000 milliards de yuans en Chine, 40 milliards de francs d’aides fédérales à nos PME…

Tout n’est cependant pas rose. On redoute, peut-être à tort mais qui sait, une seconde vague d’épidémie qui obligerait à refermer ce que l’on a précocement réouvert. Cette crainte freine la reprise de la consommation et ne libère pas l’ensemble des projets d’investissements qui avaient été reportés sine die. Du coup, des faillites s’égrènent dans le monde fragile de l’artisanat et de la petite entreprise. Et puis, les laissés pour compte grossissent les colonnes de demandeurs d’une aide d’urgence qui n’est pas seulement alimentaire. Quant à l’endettement, toujours plus massif qu’il soit privé ou public, on se demande comment et quand il se réduira.

Rien de tout cela ne tempère pour autant l’optimisme boursier. Wall Street a déjà regagné les neuf dixièmes du terrain perdu, et l’indice MSCI World est à deux doigts de retrouver son maximum de février 2020. Le monde de la finance considère donc que l’aisance monétaire prodiguée par les banques centrales ne va pas s’arrêter en si bon chemin et que des taux bas voire négatifs, y compris, peut-être bientôt, aux Etats-Unis, sont amplement de nature à écarter tout risque de retour en arrière.

Il y a deux manière d’en tirer une conclusion. On peut se dire qu’en définitive il n’y aura guère de différence entre le monde d’avant et celui d’après, et que les discours alarmistes tenus pendant le confinement n’avaient d’autre utilité que d’exorciser le pire. Mais on peut aussi redouter qu’il faudra une secousse encore bien plus forte pour ébranler véritablement les consciences, et conduire à une réforme de fond en comble du mode de fonctionnement de l’économie.

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Commentaires

  • Wall Street est de plus en plus déconnectée de la réalité pour la raison que, avec le boursicotage par internet, les daytraders se comptent par millions. Un daytrader se focalise surtout sur les news vraies ou fausses nouvelles des dernieres heures qui concernent l`entreprise dont les actions l`intéressent sur le moment et se fiche completement des réalités économiques. Quant aux nouveau emplois annoncés par Trump, l`histoire ne dit pas la proportion de jobs a temps partiel et/ou limités dans le temps.

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