Comment se figurer le monde d’après

Imprimer

L’irruption d’un virus inconnu bousculant nos vies ordinaires a fait éclore toute une série d’initiatives visant à façonner ce que pourrait être le monde de demain. Ces avions sagement alignés sur les tarmacs, on imagine s’en passer désormais. L’absence de trafic ayant rendu le ciel inhabituellement bleu, on suggère d’en profiter pour bannir carrément la voiture du centre-ville à l’avenir. Et ce télétravail, testé avec un succès acceptable, pourquoi ne pas en faire la règle partout où on l’a introduit ? Un monde presque parfait ainsi campé, ne reste plus qu’à l’imposer dans la réalité.

Dans les pays, France la première, où rien ne s’organise qui ne soit décrété par le haut, c’est des cerveaux entourant la présidence, voire de la présidence elle-même, qu’on attend les impulsions décisives, financières d’abord, mais aussi préfectorales. Alors que, soit dit en passant, ces régimes politiques sont paradoxalement ceux qui récoltent le plus de méfiance dans les sondages.

A l’inverse, et davantage encore que l’Allemagne ou la Suède, autres démocraties où la cote des pouvoirs publics est également haut placée, la Suisse se signale par un degré élevé de confiance de la population dans ses autorités, qui font ce qu’il faut ni plus ni moins et se voient attribuer, dans ces circonstances aussi exceptionnelles qu’inédites, un satisfecit quasi général. Les improvisations et les incohérences, inhérentes aux réponses apportées à la crise par des dirigeants pris comme partout au dépourvu, n’ont pas le moins du monde entamé ce capital de confiance. Peut-être cela tient-il au fait que la vie économique et sociale s’est pour l’essentiel organisée d’elle-même, non pas en marge des directives officielles, mais parallèlement à elles, de manière en quelque sorte spontanée. On a d’ailleurs été jusqu’à se demander, ce qui est tout de même révélateur, s’il était vraiment nécessaire que les Chambres fédérales tiennent leur session de printemps…

Seulement voilà. Gérer la crise est une chose, se projeter dans l’avenir en est une autre. Comment imaginer les contours de l’économie transformée de demain, ses modes de consommation, de production et d’échange, sa distribution des revenus, sans mise en place d’un solide cadre d’interdictions et d’injonctions, d’ordre obligatoirement constitutionnel, légal et réglementaire ? C’est du moins le sens de la démarche postulée par un nombre croissant d’acteurs de la société dite civile, réunis dans un «Appel du 4 mai» qui aurait déjà réuni plusieurs dizaines de milliers de signatures. Il faudrait donc, pour parvenir à un redémarrage économique «plus social, plus local, plus écologique», légiférer.

Quel étrange renversement de perspective ! Alors qu’au plus fort du choc sanitaire et conjoncturel les comportements se sont adaptés, encore une fois, en dehors de toute réelle contrainte, il faudrait, pour faire juste, les soumettre autoritairement le moment venu à la nouvelle normalité. En économie pourtant, on le sait depuis toujours, ce sont les mouvements de la demande qui déterminent les orientations de l’offre. Si, rendus craintifs ou simplement animés de bonnes intentions, les consommateurs achètent dorénavant plutôt local et préfèrent le train à l’avion, les structures productives s’en trouveront transformées bien plus sûrement qu’à coups de décrets. Même s’il y a beaucoup de simplisme dans la formule «le client est roi» et d’imperfections de concurrence sur les marchés, la vérité demeure que ce sont les choix individuels qui commandent, en définitive, la forme de l’économie.

 

Lien permanent 10 commentaires

Commentaires

  • Et c'est aussi pour cela que ça ne marchera pas.Les Suisses ont trop peur de
    perdre quelques avantages individuels dans l'intérêt de la collectivité.

  • Il me parait probable que beaucoup de délocalisations en Chine seront progressivement relocalisées avec, pour réduire le cout de la main d`oeuvre, une flambée de la robotisation et de l`IA dans les trois secteurs économiques. L`ironie de la chose est que le premier fabricant européen de robots industriels (l`entreprise "allemande" KUKA) est lui-meme... chinois depuis qu`il a été racheté par l`Empire du Milieu.

  • Ce qui est certains, c'est que les entreprises trop dépendantes de la Chine ont ressenti la catastrophe durement : Manque de produits de base, de pièces diverses, le tout accentué par l'idéologie du flux tendu.
    Les chaînes de productions vont certainement être délocalisées en partie pour ne plus mettre tous œufs dans le même panier. Le flux tendu sans répartir les chaînes de productions, c'est prendre de gros risques.
    L'UE qui enfin se préoccupe de stratégie, est plus méfiante face à la Chine, on peut s'attendre à du protectionnisme.

    Sinon, comme vous le dîtes, c'est le consommateurs qui dictera les changements. Je ne suis toujours pas convaincu du succès du plus local (donc plus cher). Par contre, du plus local européens, c'est plus plausible, et faisable, pour assurer la souveraineté alimentaire.
    Et si les gens se détourne de l'avion pour le train, je suis prêt à casser mes jambes.

    Bref j'adhère à votre conclusion. Les gens sont prêt à de petits changements (voitures électriques, énergies renouvelables, ...) mais pas pour un voyage dans l'inconnu ou trop pénalisant.
    Les moines sont capable de se priver, l'humain sans raison, non.
    L'incitatif, reste le meilleur moyen pour faire évoluer les choses, certainement pas les Appels à répétition d'une bande "d'ado".
    Ado = réflexion idéologique dans un monde rêvé, sans lien avec la réalité

  • La demande, car c'est elle qui commande et non les eschatologues christo-communistes, va exploser après toutes ces semaines de privations ressenties douloureusement. On va vivre sans temps mort et jouir sans entraves. Une vraie défonce du consommateur. Tous les avions en l'air, tous les magasins ouverts, tous les comptes à découvert...

  • Ceux qui pensent qu`il y aura une flambée de la consommation dans les pays industrialisés apres le vaccin pourraient bien avoir raison. Consommer est devenu un besoin irrépressible pour beaucoup et la pandémie ayant frustré ce besoin pendant plusieurs mois, il risque de n`en etre que plus pressant apres. D`autant que les magasins solderont a tout va pour se refaire en liquide. Relocaliser se fera probablement lentement, trop lentement pour empecher la Chine de devenir incontestablement la puissance économique dominante. Préparons-nous a vivre dans un monde ou l`homme occidental ne sera plus le seigneur.

  • Je pense que le point de vue exprimé par rabbit est excessif. Trop optimiste ou trop pessimiste selon le point de vue. Il est très possible que beaucoup de gens aient pris conscience que l'on pouvait vivre à un train plus raisonnable sans se porter plus mal, bien au contraire. Se shooter à la consommation est un vice et il n'est pas très difficile de s'en rendre compte : cela n'amène aucune satisfaction, contrairement à la santé par les plantes : l'alcool, le tabac,etc, etc...
    Vous achetez un bidule, il vous faut trois heures pour l'installer et donc comprendre le mode l'emploi, traduit de l'anglais en chinois puis en coréen puis enfin en français. Seulement compréhensible par les pingouins de la côte nord de la Scandinavie. Prendre l'avion pour 15 jours à la mer, si vous n'avez pas encore compris la nullité de la chose, on peut légitimement désespérer de vous...
    Il arrive très vite un ras-le-bol de l'hyper-consommation, à tous les niveaux. Un commentateur qui vient parfois me trouver chez moi me disait qu'il n'y a pas de vin de Bordeaux buvable à moins de 200 balles la bouteille. Bon ben moi, cela me fait plaisir de ne pas y toucher, à ce prix. J'ai la satisfaction de ne pas m'être fait en..ber...

  • Voyez-vous Géo, le moyen de ne pas céder aux sirenes de la surconsommation est d`avoir une vie, ce qui n`est pas le cas de la plupart des gens des pays dits riches qui passent la semaine a turbiner avec une pause repas (surgelé) et TV chaque soir, puis a faire la grasse matinée en fin de semaine avant d`aller remplir les caddies, faire éventuellement un peu de jogging ou du vélo et puis souper-TV-dodo pour tout recommencer le lundi matin. L`etre humain a besoin de stimulations et dans la société moderne, par manque de temps libre, le moyen le plus accessible de se stimuler est le shopping ainsi que bien-sur le reve éveillé des séries de chez netflisque et autres marchands de sable agréés.

  • Tout dépend où se trouve la mer, cher Géo: pour le Pacifique, mieux vaut renoncer au vélo (même à pile). Quant au Bordeaux, il me semble que Les Pagode de Cos et le Pavillon Rouge du Château Margaux restent dans des prix abordables à la classe moyenne. Mais, à en consommer tous les jours, vous serez vite saturé. Certains thés de Chine peuvent aussi atteindre des sommets. Faut varier les plaisirs et les adapter aux prix du marché et à ses finances. Nous sommes tous économistes, pas vrai ?

  • « il n'y a pas de vin de Bordeaux buvable à moins de 200 balles la bouteille »

    J'abonde dans ce sens; ce qui ne veut pas dire qu'il faut jouer au snob pour acheter ce type de vin. Le problème, c'est que les bons vins de Bordeaux sont devenus hors de prix parce que des crétins de milliardaires (chinois, russes et autres) ont fait main basse sur les meilleures appellations.

    Ceci dit, pour 30 ou 50 francs on peut s'offrir un magnifique Cahors (équivalent qualité d'un Bordeaux à 200 balles).

    Et plus haut... pour 50 ou 80 francs, un extraordinaire Douro (portugais), équivalent qualité d'un Bordeaux à... 500 balles.

    Et pour 12 francs, on a un Gamay valaisan, équivalent à un... Gamay valaisan...

  • En effet, inestimable Petard, j'ai été étonné de voir des bouteilles de Petrus et de Romanée-Conti dans une ville chinoise d'à peine 8 millions d'habitants. Mais il faut dire que c'était avant les mesures anti-corruption implacables prises par le gouvernement central: entre le Pomerol ou la bière, il faut choisir...

Les commentaires sont fermés.