Le problème des aides tous azimuts

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On ne peut que comprendre la détresse financière des prestataires de services en tout genre, sanitaires, culturels, cosmétiques, etc. privés de la moindre possibilité de «faire entrer de l’argent», et tenter d’y remédier. Reste que distribuer du pouvoir d’achat à large échelle sans qu’existe, en face, une production correspondante, pose un problème macro-économique qui n’est simple ni à comprendre ni à résoudre.

Si en effet la distribution se généralise, dans le cas extrême, à l’ensemble de la population active confinée, elle n’équivaut plus à une prestation d’assurance, financée selon le principe de la prise en charge collective des risques, mais elle représente bel et bien une dépense sans contrepartie. Il en résulte par définition un excès de demande sur l’offre, ce qui est la condition d’apparition de l’inflation.

Même si l’on pourra compter, au moment du rebond conjoncturel, sur le déstockage d’une fraction de la production non écoulée, on voit mal ce que les activités tertiaires pourraient récupérer qu’elles n’auraient pas, et pour cause, exercé durant leur arrêt. Idem, d’ailleurs, pour les productions agricoles, perdues pour l’essentiel. Idem, encore, pour la partie, rendue obsolète, de la production manufacturière qui résiste mal à l’écoulement du temps (mode textile, objets connectés, modèles automobiles, etc.). Sans compter, autre obstacle au rattrapage, que les chaînes d’approvisionnement devront être reconstruites, que la main-d’œuvre continuera de manquer, et que des réglementations nouvelles, sécuritaires comme sanitaires, freineront le redéploiement des échanges.

Il y aura certes, en face de ces goulots d’étranglement, des marchés inondés par les surplus, à commencer par le pétrole. Mais l’impact de ces liquidations sur les indices de prix ne devrait être que passager. En moyenne et dans la durée, c’est bien une tendance an renchérissement qui pourrait se manifester. Surtout que les économies resteront toutes, après le rattrapage, en dessous de leur potentiel de croissance, tant que le stock de capital n’aura pas été intégralement reconstitué. Et encore faudrait-il que le retour aux anciennes habitudes ne soit pas contrarié par de nouveaux comportements, en matière par exemple de défense du climat ou de protection de la biodiversité. Bref, des économies produisant moins et à des coûts plus élevés trouveront forcément leur équilibre à des niveaux de prix supérieurs à ceux d’avant la pandémie*.

S’agira-t-il pour autant d’une véritable poussée d’inflation, à la manière de celle qui nous avait valu la cascade de crises monétaires et de dévaluations des années 70 ? On peut heureusement en douter. Les banques centrales savent désormais s’y prendre pour empêcher qu’un excès de demande ne soit malencontreusement alimenté par une création monétaire excessive. Elles ont certes massivement gonflé leurs bilans depuis la crise financière, brisant même le tabou du financement direct de la dette publique. Mais les obligations du Trésor ne sont pas perpétuelles, et leur remboursement à l’échéance épongera automatiquement le trop-plein monétaire. A condition bien sûr que l’Etat, le redressement de la conjoncture aidant, ait retrouvé dans l’intervalle le moyen et la volonté de faire passer ses comptes du rouge au noir…

 

*  Ce qu’explique très bien l’ancien directeur général du FMI dans un article à paraître dans la revue Politique Internationale (cf. https://www.leclubdesjuristes.com/blog-du-coronavirus)

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