On a sorti la grosse artillerie

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En 2007-2008, ce sont les banques centrales qui s’étaient trouvées en première ligne pour empêcher que la crise financière n’emporte l’économie. En 2020, pour barrer la route à une crise d’ampleur à ce jour encore inconnue mais qui selon toute vraisemblance, si on la laissait filer, se révélerait au bout du compte du même ordre de grandeur que celle des années 30, ce sont les Etats qui, à coup de milliers de milliards, volent au secours de pans entiers de l’économie.

Les banques centrales sont également de la partie, mais moins pour soutenir un système bancaire dans l’ensemble plus solide qu’à l’époque, que pour empêcher que ce flot inédit de dépenses publiques n’entraîne une remontée des taux d’intérêt et par contrecoup l’insolvabilité de bon nombre de pays surendettés.

La soudaineté de la pandémie, qui presque du jour au lendemain a déclenché l’arrêt quasi total de l’activité dans des branches telles que le tourisme, la restauration ou le transport aérien, prend évidemment au dépourvu les offices statistiques, mal outillés pour mesurer une aussi brutale contraction de l’activité. On parle, aux Etats-Unis, d’un recul de l’ordre de 15% du produit intérieur brut au deuxième trimestre, pendant qu’ici la fourchette pour l’ensemble de l’année, toutes économies européennes confondues, pourrait friser les 5 à 6%, au lieu de la croissance de 1 à 2% initialement prévue.

D’où le bond du chômage, et la perspective d’un sous-emploi qui risque de durer, tant la reprise s’annonce d’ores et déjà compliquée, du fait des lenteurs administratives (il n’est pas simple de distribuer des milliards au bon endroit), des réorganisations de la chaîne de production, ou tout simplement de l’incertitude ambiante, qui pèsera longtemps sur le climat de consommation.

L’insistance avec laquelle les milieux économiques et les gouvernements appellent à un redémarrage ne signifie pas que le risque sanitaire soit relégué au second plan. Il se trouve simplement que chaque mois supplémentaire de confinement alourdit dangereusement la facture et étire le délai nécessaire au retour à la normale. Or le temps de désœuvrement qui s’allonge met en péril un nombre incalculable de PME dont les réserves de liquidités ne dépassent guère, dans bien des cas, quelques mois d’activité. Sans doute moins bien loties que les nôtres, les petites entreprises américaines seraient, selon une étude récente*, à court de cash après deux semaines seulement, alors que leurs charges fixes – de l’ordre de 10'000 dollars mensuels pour l’entreprise médiane – continuent de courir.

Cruelle ironie du sort, cette détresse financière – pendant, si l’on ose dire, de la détresse respiratoire des victimes de la pandémie – risque de conduire à une accentuation du phénomène de concentration à l’œuvre dans maintes branches de l’économie domestique, et renforcer des inégalités entre régions, touristiques notamment, mais aussi industrielles, à l’instar de ce qui s’était passé, on s’en souvient, dans l’arc jurassien au moment de la crise horlogère des années 70. Si l’on entend éviter que des territoires entiers ne basculent à nouveau de la richesse dans la pauvreté, il ne suffira sans doute pas de faciliter l’accès au crédit et de se reposer sur le chômage partiel. Il faudra aussi se demander s’il ne vaudrait pas la peine d’imaginer quelque chose comme un arrêté Bonny 2020, dans une version revue et bien sûr augmentée d’un original qui avait fait ses preuves.

 

*          How are small businesses adjusting to covid-19? Early evidence from a survey (http://www.nber.org/papers/w26989)

Commentaires

  • Comme le titre le dit ; "On a sorti la grosse artillerie"

    Mais où sont les généraux, l'état-majors ?

    Sortir la grosse artillerie alors que de simples boites d'hydroxy-chloroquine auraient pu suffire démontre plusieurs choses :

    On ne connait pas bien l'ennemi

    On ne sait pas si c'est politique, économique ou biologique

    Les réponses semblent plus venir de la population que du politique qui lui ne voit que des échéances électorale

    On sort la grosse artillerie alors qu'il semble pertinent que ce ne soit pas le bon choix et en même temps on a sorti la grosse artillerie après que l'ennemi ait envahi la nation

    Il aurait immédiatement fermer les frontières et de manière totale, continuer de les fermer tant que le voisinage présente des troubles menaçants et nous serions après 2 semaines enfermés dans un pays qui fonctionnerait de manière interne !

    Moralité, on ne sort pas la grosse artillerie une fois que la bataille est quasi perdue !

  • Il dès lors certain que l'Europe devra retirer sa monnaie au sein de cette Europe désunie afin d'éviter une catastrophe financière et économique, la grande partie des nations européennes ne peuvent suivre les cadences imposées par une monnaie au service d'un seul pays parmi les 27 !

  • L'arrêté Bonny, avec ses élargissements ultérieurs, a tellement bien fait ses preuves chez certains heureux bénéficiaires, qu'il passe maintenant pour une forme d'enrichissement illicite. Surtout à gauche. Voir ce rapport du contrôle fédéral des finances ("Examen des allégements d’impôt fédéral direct accordés en application de la loi fédérale en faveur des zones économiques en redéploiement («arrêté Bonny»)").

  • L'arrêté Bonny ne concerne que les entreprises avec au minimum 20 employés, ce n'est pas le cas des milliers de très petites entreprises qui son à la base d'un tissus social bien supérieur au reste !

    Ce sont les tous petits qu'il faut aussi aider !

  • C'est vérifié et certifié, le covid19 est endémique !

  • Le retard sur le confinement, les fermetures des frontières est aussi criminel que vouloir précipiter le déconfinement !

    Surtout qu'il planifient de commencer avec les enfants !!

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