«On vous l’avait bien dit !»

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Et voici venu le temps des redresseurs de torts et des justiciers du jour d’après. Ecoutez-les : «Comment se fait-il que la Suisse, patrie des pharmas, soit incapable de fournir les masques et les solutions hydro-alcooliques dont nos soignants débordés ont un cruel besoin ? Comment n’a-t-on rien vu venir, alors qu’une pandémie de cette nature nous pendait au nez depuis que des scénarios catastrophes l’avaient annoncée que chacun pouvait consulter ? Comment des gouvernements, dont les ministres de la santé au premier chef, ont-ils pu fermer des hôpitaux et laisser s’étioler les budgets du secteur médico-social alors que les besoins de populations vieillissantes allaient visiblement augmenter même avant que surgisse cette cochonnerie de virus ?».

Il y a, dans l’avalanche de reproches et de blâmes qui déferle, l’expression d’une forme de relâchement au fond assez naturelle après la stupéfaction et le stress des débuts. Mais de grâce, un peu de retenue et d’humilité, surtout de la part des médias et des tribuns politiques !

Revenons-en au fait et au prendre. Sous tous les régimes et sous toutes les latitudes, abstraction faite bien entendu des dérives de toutes sortes (corruption, concussion, pratiques mafieuses, enrichissements illégitimes, népotismes, autoritarismes...), l’organisation de la société et de son économie n’a jamais été prioritairement axée sur la préparation au pire, mais sur la recherche, plus ou moins intelligemment menée, d’un niveau de bien-être compatible avec un coût aussi bas que possible. Ce qui implique, en particulier, une gestion économe des ressources disponibles, et leur répartition selon des clés non discriminatoires.

Pareille «optimisation», pour reprendre un mot familier des économistes, suppose en effet : des stocks intermédiaires serrés au plus près, des méthodes de production juste-à-temps, des modes de distribution empruntant les canaux les plus rapides (le temps, c’est de l’argent). Nul ne s’en est plaint en temps normal, qui est la règle. Le superfétatoire, au contraire, a été largement critiqué. Indice d’une mauvaise gestion, d’un laisser-aller négligent, d’un coupable gaspillage de ressources. Des exemples ? Ils abondent, y compris de tout petits, dans notre plus proche environnement. Citons-en deux, aux antipodes l’un de l’autre : les réserves des caisses-maladie, responsables prétend-on des primes trop élevées ; le «migros data», date limite de vente et de consommation copiée depuis lors par tous les distributeurs, auquel on reproche désormais volontiers de contribuer à des pertes alimentaires considérables.

On apprend toujours des catastrophes naturelles. Tchernobyl et Fukushima (là aussi, «on vous l’avait bien dit !») ont amené à un durcissement des normes de sécurité nucléaire. Kobe en 1995, comme San Francisco en 1906, ont permis le développement de règles parasismiques pour la construction des bâtiments. Et puis, eh oui, la grippe espagnole de 1918, sorte de répétition générale des pandémies à venir, a conduit à une meilleure prise de conscience de l’importance de l’hygiène, à commencer par le lavage consciencieux et prolongé des mains qui, aujourd’hui encore et mieux que toute autre mesure, aurait permis sinon d’enrayer du moins de ralentir fortement la propagation du virus. Or, ceux-là mêmes qui foudroient de leur courroux l’impéritie des dirigeants de ce monde vont se promener sur les quais encombrés et continuent comme si de rien n’était à faire la fête entre amis.

Commentaires

  • Effectivement pour le nucléaire, je vous l'avais bien dit, comme bien d'autre d'ailleurs et ce depuis des décennies.

    Quant aux stock insuffisant de masques etc.. cela avait été dit. En tous les cas dès fin 2018. Pas assez de stock. Compétence des cantons. Qu'on le veuille ou non il y a des responsabilités politiques. Et à Genève c'est indubitablement Mauro Poggia en charge de la santé.

  • Le principe de précaution n`est pas tres populaire en politique. Il est plus tentant de pourchasser les victoires (de plus en plus rares) que de prévenir les défaites. Une raison de plus pour souhaiter qu`il y ait plus de femmes parmi les décideurs politiques.

  • La préparation d'une pandémie suggère un risque suffisant pour faire un stock (qui coûte de l'argent). Cela suggère aussi que dans une crise, le pays puisse subvenir au besoin de la population.

    Le modèle libérale mondialiste est incompatible avec la sécurité, c'est stratégiquement dangereux. Mais il a aussi des vertus.

    L'improbable s'est réalisé, les épidémies ne s'arrêtent plus à l'Asie, et nos carences issues d'un système qui a volontairement ignoré les excès du mondialisme, font apparaître des trous stratégiques. L'influence de l'économie a poussé les Etats à se mettre un bandeau sur les yeux.

    Les Etats ont sous-estimé les risques pour ne pas dire quasi tous les citoyens.
    Les leçons à tirer, est qu'un pays se doit de protéger le citoyen en assurant un approvisionnement, ce qui veut dire que l'Etat doit gérer l'économie stratégique. Ce qui veut dire aussi que la Suisse doit gérer l'augmentation de la population en fonction de ses capacités.
    Une vision stratégique européenne est nécessaire. Si l'Allemagne peut être totalement indépendant, ce n'est pas le cas pour toute l'Europe, ni pour la Suisse (alimentation,...)

    Que les jouets viennent de Chine, ne dérangent pas (sauf énergétiquement), mais ce qui est stratégique (médicament, alimentation,...), il faut une autonomie par continent ou région, quitte à enlever la protection des brevets.
    Il faut garder en vue qu'une crise peut subvenir dans une crise économique grave, notre chance est que le contexte ne soit pas trop mauvais.

    Il ne faut pas revenir sur le passé, c'est fait, il faut en apprendre les erreurs. L'Etat doit reprendre son rôle de surveillant de l'économie, quitte à introduire des taxes pour protéger la partie économique sensible (stratégique).

  • motus@ "il faut une autonomie par continent ou région, quitte à enlever la protection des brevets."
    Lourd contre-sens. C'est parce que sous la pression des ONG les plus puissantes (ne pas oublier que MSF est l'ONG en titre de l'UE...), on a fait sauter les brevets des pharmas que la production est partie en Inde. MSF a travaillé pour la pharma indienne, pour être clair. Et continue de le faire aujourd'hui...

  • "La préparation d'une pandémie suggère un risque suffisant pour faire un stock (qui coûte de l'argent). Cela suggère aussi que dans une crise, le pays puisse subvenir au besoin de la population."

    Pas vraiment.

    Les consommables légers (masques, etc..) ne dépérissent pas en 6 mois. Il est possible d'en avoir pour quelques années ordinaires en stock et de faire rouler le stock. C'est d'autant plus incompréhensible que fin 2018 les directeurs cantonaux de la santé ont été informé de cette carence, dénoncée alors comme telle, et qu'il a été précisé qu'il s'agissait là d'une compétence des cantons.

    Quitte à me répèter, qu'à fait Poggia, le genevois, entre fin 2018 et fin 2019 ?

  • "Le principe de précaution n`est pas tres populaire en politique." Mais dans quel monde vivez-vous ? On n'a que ça à la bouche, par ici ! Tout ou presque est interdit au nom de ce principe. Et sans la moindre once de bon sens, par ailleurs. J'ai mille exemples à vous fournir, si vous êtes preneur...

  • Le principe de précaution est au gauchisme intellectuel ce que l'augmentation du PIB est à l'économie libérale: un mécanisme permettant soit de bloquer, soit d'accélérer le développement. Exemple: «Vous ne parlez que d'aller de l'avant avec les mêmes mauvaises idées qui nous ont mis dans ce pétrin, même si la seule chose raisonnable à faire est de tirer le frein à main.» (Greta Thunberg, citation n° 162762).

  • "...Pareille «optimisation», pour reprendre un mot familier des économistes, suppose en effet : des stocks intermédiaires serrés au plus près, des méthodes de production juste-à-temps, des modes de distribution empruntant les canaux les plus rapides (le temps, c’est de l’argent). Nul ne s’en est plaint en temps normal, qui est la règle... "

    Si d'habitude, cher Monsieur, j'apprécie vos textes, je me permets de considérer celui-ci, une fois n'est pas coutume, comme bien partial et petit bras.

    La pratique du flux tendu n'a pas été unanimement acceptée. Elle a été fortement critiquée de même que la désindustrialisation de l'Europe depuis plus de trente ans.

    L'équilibre des approvisionnements n'est plus assuré si le plus petit cahot sur la route fait chuter le cycliste. Nous en vivons bien malheureusement la plus détestable illustration en ce chaotique moment.

    Quant à considérer le coût aussi bas que possible comme étant un principe économique incontestable, cela revient à faire un plaidoyer pour l'irresponsabilité, car le moindre coût est souvent un refus de payer objets et services au juste prix que leur travail mérite, reportant sur la main d'oeuvre de pays plus pauvres, et sur celle de chez nous pas assez payée pour vivre décemment, les économies ainsi réalisées. Une erreur, si ce n'est une faute, que nous payons aujourd'hui à un prix lui bien démesuré.

  • Pour moi, le Conseil Fédéral a pris la résolution de démissionner de toutes ses responsabilités.

    Vous qui êtes économiste, dites-nous comment on va payer le pactole inattendu que le gouvernement annonce mettre sur la table pour aider les entreprises et payer les pertes de gains des indépendants?
    Ce quasi shut down, c'est quand même nos dirigeants qui l'ont voulu et organisé n'est-ce-pas!? Avec des mesures aberrantes, contradictoires, insensées, irrationnelles, intégistes... Des mesures absolument incompréhensibles.

    Hier on nous bassinait avec le gaspillage de nourriture. Les gens ont si bien intériorisé cette campagne qu'ils collectent les déchets pour les offrir aux démunis. Et avec ce shut down, ce sont des milliers de tonnes de nourriture fraiche qui seront jetées à la poubelle. Des centaines de tonnes de légumes qui pourrirons sur place ou qui devront être détruits et éliminés (vivement de l'énergie pour incinérer cette masse de production.

    Délirant que cette interdiction de vendre ce que produisent les pépiniéristes, horticulteurs, maraichers et agriculteurs.
    De même sont interdits de vente l'outillage, la quincaillerie, les matériaux pour réparation et entretien du logement et de jardinage. Etant une habituée des Do it, je n'ai jamais vu foule dans les rayons ni aux caisses. Les articles s'y vendent plus difficilement que le Nutella.

    Sauf à vouloir saboter l'économie de proximité et l'hygiène mentale d'une nation, le CF n'aura pas pu faire mieux. Ces mesures répressives, coercitives, ressemblent plus à un état de guerre dictée par des puissances supranationales qu'on ne veut pas nous révéler.

    Bien sûr qu'il faut se protéger et protéger les autres puisque le fléau est là, bien sûr, les commerces y sont aussi rigoureusement tenus et ils s'y tiennent, bien sûr que la coronavirus est une réalité tangible et pas une fiction, que sa contagion ne fait aucun doute.

    Alors, pourquoi n'a-t-on pas voulu diagnostiquer tous ceux qui se disaient mal fichu avec toux et fièvre dès le début, en décembre. On les soupçonnait de vouloir frauder quelques jours de vacances, Pourquoi n'isolons nous pas les malades diagnostiqués? Pourquoi ne soigne-t-on que les mourants?
    Le Conseil Fédéral renvoie tout le monde à la maison, malade ou pas, il n'a pas voulu le savoir. Ainsi, on peut contaminer tranquillement toute la famille si elle n'était pas encore touchée, les voisins dans les ascenseurs depuis plusieurs mois. le boulanger, le personnel de magasins etc.

    Je m'arrête là car la liste des incompétences est longue, elle nous révèle des dirigeants manquant totalement d'intelligence en dehors de leur carrière politique. Si ce n'est pas le cas, ils sont sous influence de scientifiques qui se font la guerre entre eux (pour le conseiller?) Peut-être, sont ils, ces scientifiques, eux aussi sous influence??? Après cela, que penser de cette recommandation faite lors des grandes messes du climat: "il faut écouter les scientifiques!" Ces grandes messes contagieuses dans les deux sens du terme.
    Voilà ce que ça donne. Un CF désarticulé comme un pantin dont les fils se sont rompus
    Quand on fera l'inventaire, il devra bien rendre des comptes. Les dégâts de cet amateurisme seront inquantifiables.

  • "... l’organisation de la société et de son économie n’a jamais été prioritairement axée sur la préparation au pire..."
    C'est exactement l'inverse en matière de sécurité, qui au passage, alimente artificiellement notre industrie d'armement par une sur dotation parfaitement superfétatoire dont l'illustration la plus parlante est le budget pour l'achat d'avions de combats destinés à la protection de notre espace aérien uniquement puisque nous sommes un pays neutre qui ne participe pas à l'effort de guerre. J'en ai déjà parlé à l'époque du Gripen, on y reviendra avec la prochaine consultation populaire.
    On peut donc légitimement s'interroger sur les priorités, notamment lorsqu'on observe la suppression systématiques d'hôpitaux et la réduction conséquente des surfaces cultivables destinées à l'approvisionnement de la population et l'autonomie du pays.

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