Un stress test grandeur nature

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Les épreuves d’effort (stress tests en langage administratif) imposées aux établissements bancaires après la débâcle de 2007-2008 avaient rendu obligatoires des recapitalisations censées leur permettre de résister aux chocs les plus rudes. Les régulateurs avaient imaginé à peu près tous les cas de figure, mais on doute qu’ils aient prévu une pandémie grossissant à la vitesse de l’éclair et soumettant les branches d’activité liées à la circulation des personnes – transport (aérien surtout), tourisme, hôtellerie, restauration – à une chute quasi instantanée de leur activité, donc à l’évaporation complète ou presque de leurs entrées de recettes.

Pour une petite part, ce trou d’air se rattrapera, plus ou moins vite, au fur et à mesure que, après la décontamination, la confiance reviendra. Mais pour l’essentiel, ce qui a été perdu le sera à jamais. Il en découle que ce qui est généralement considéré comme un manque passager de liquidités signifiera en réalité dans certains cas une insolvabilité définitive, avec tout ce qui s’en suivra. Pour les banques, qui ont prêté parfois beaucoup à des entreprises désormais moins que zombies car carrément mortes, il en découlera des créances davantage que pourries, tout simplement irrécupérables. De sorte qu’il ne suffira probablement pas de compter sur les scénarios préparés de restructuration ou de défaisance, et que l’Etat (donc le contribuable) sera de nouveau mis à contribution.

Sans compter que les aides publiques d’ores et déjà annoncées à hauteur de centaines voire de milliers (aux Etats-Unis) de milliards pour sauver ce qui peut l’être, en forme de financements du chômage partiel, de prêts sans intérêt, de paiements à l’avance, de renoncements au remboursement de créances échues, vont faire exploser les déficits publics et voler en éclat les barrières à l’endettement (Maastricht, freins et autres limites constitutionnelles au ratio dette / PIB).

En somme, un véritable cataclysme, provoqué par l’agent le plus rudimentaire qui soit, un microbe au bagage génétique sommaire, incapable de se multiplier par lui-même, quand le monde s’était préparé à des catastrophes autrement plus complexes, faites de déflagrations nucléaires, éruptions volcaniques, collisions d’astéroïdes, réchauffements climatiques et on en passe. Irruption cataclysmique à ce point inattendue, et aux effets si peu mesurables, que les marchés financiers ont perdu en l’espace d’à peine un mois jusqu’au tiers de leur capitalisation totale (même le lent SMI, pour prendre un exemple local, a chuté de 27% entre son sommet du 20 février et son creux du 16 mars).

Ce jamais-vu dans l’histoire économique d’après-guerre laisse pantois les prévisionnistes les plus avertis, dont les prophéties vont de l’hypothèse optimiste d’une reprise dès le second semestre à celle, assez noire, d’au moins deux années perdues, la présente et la suivante. Ce qui est à peu près sûr en revanche, c’est que les structures productives vont profondément se modifier.

Outre qu’elles se relocaliseront partiellement pour certaines, elles diversifieront pour la plupart leurs sources d’approvisionnement, et se modifieront au profit d’activités qu’on avait eu plutôt tendance à négliger ou même réduire, tel, bien sûr, le secteur de la santé au sens large. Ce ne sera pas le fait de politiques discrétionnaires, mais la conséquence de changements durables dans les habitudes de consommation engendrés, qui l’eût cru, par les longues périodes de confinement auxquelles les injonctions policières mais aussi la peur de l’infection nous auront condamnés.

Commentaires

  • Dépités par les informations débilitantes venues de toutes parts, nous remercions McKinsey and Company de nous offrir ses conseils pour stimuler la résilience:
    https://www.mckinsey.com/featured-insights/coronavirus-leading-through-the-crisis

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