Le bon côté (s’il y en a un) de la crise

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Un virus, et tout s’arrête, titrait-on ici même il y a quinze jours. On ne croyait pas si bien dire. Le monde se ferme et se renferme, toutes les activités stoppent net, les flux de paiement, salaires et dépenses diverses, tarissent à la source, du jamais vu y compris lors des chocs pétroliers et des vagues d’attentats terroristes.

On a peut-être manqué d’apprendre à se prémunir contre les microbes et à relever sans chaos le défi sanitaire. En revanche on sait, depuis la précédente, empêcher les crises financières de dégénérer en crise tout court. Quoi qu’il en soit, les banques centrales n’ont pas hésité à intervenir rapidement et de manière coordonnée dans le domaine qui est le leur, savoir la stabilité monétaire.

A preuve la décision annoncée dimanche et appliquée depuis lundi par les six plus grands instituts d’émission occidentaux* de fournir au marché aussi longtemps qu’il faudra toutes les liquidités nécessaires en dollars (puisque le billet vert reste et demeure en cas d’alarme planétaire la monnaie refuge par excellence), afin d’empêcher ce qui aurait pu se muer en déroute complète.

Les bourses, nonobstant, ont poursuivi leur lourde chute, retombant pour la plupart sous leurs niveaux d’il y a quatre ou cinq ans. Il y a, dans cette débandade de ventes à tout-va, davantage qu’un phénomène de panique. Il faut aussi y voir l’estimation d’une perte non recouvrable de chiffres d’affaires et, partant, de marges nettes. De fait, les productions non réalisées ou carrément périmées ne pourront pas toutes être compensées au moment du rebond qui se produira forcément mais on ne sait pas trop quand. On devra donc compter, côté entreprises, avec des pertes de substance et des faillites et, côté travail, avec des revenus salariaux dans tous les cas retardés, sinon irrémédiablement perdus.

Les soutiens massifs qui sont en train de se déployer et se compteront par dizaines voire centaines de milliards empêcheront certainement que cette paralysie complète des activités ne déclenche une récession durable. Le plongeon conjoncturel dessinera donc un V, au pire une courbe en U, mais en aucun cas une descente en L, par quoi on représenterait la dégringolade vers une véritable dépression.

Mais au-delà des circonvolutions conjoncturelles, il y a les renversements complets de perspective que tout cela va entraîner. Les semaines et les mois de confinement à venir renforceront les tendances, que l’on percevait déjà auparavant, aux circuits courts et à des chaînes d’approvisionnement plus diversifiées que celles qu’une stricte logique tayloriste avait imposées au nom de la rationalisation industrielle. Cela ne signifie pas que la mondialisation va s’arrêter ou même reculer, mais plutôt que les flux vont se diversifier, et pourquoi pas se réorganiser sous la direction d’une gouvernance mondiale opportunément retrouvée. L’OMC y récupérerait sa pleine raison d’être, et l’ensemble des institutions spécialisées de l’ONU, programmes d’aide compris, verraient leurs allocations budgétaires réassurées.

Si cette chance de retour à la concertation n’est pas saisie, alors oui, on pourra redouter le chaos et l’anarchie que les prophètes de malheur nous annoncent.

 

* La Banque d’Angleterre, la Banque du Canada, la Banque centrale européenne, la Banque du Japon, la Banque nationale suisse et la Réserve fédérale des Etats-Unis 

 

Commentaires

  • Il est probablement trop tot encore pour une gouvernance mondiale mais on peut parier que les transactions financieres (surtout de type spéculatif) seront lourdement taxées et les champions de l`évasion fiscale que sont les multinationales obligés enfin de payer. Tout cela sera inévitable car le virus est en train de liquider les réserves financieres du monde industriel qui ne pourront pour autant pas échapper aux énormes dépenses pour sortir de l`énergie-carbone. Comme souvent dans l`histoire des nations et des individus, c`est le porte-monnaie qui va dicter les grands changements.

  • Bonne méthode afin d'évaluer les fondamentaux !

  • Est-il raisonnable d'en appeler à la gouvernance d'une organisation supranationale, quand le COVID-19 est accusé d'avoir provoqué la mort de l'Union Européenne?

  • "le COVID-19 est accusé d'avoir provoqué la mort de l'Union Européenne?" (rabbit)

    Oui mais c'est le virus qui a sauvé l'Europe des nations !

    Parce que pour défendre les nations contre les invasions, sur qui est-ce qu'on peut compter, ... hein ?

    https://nationalinterest.org/blog/the-buzz/germany-does-not-have-one-working-submarine-23688

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