Un virus, et tout s’arrête

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Avocats de la cause féminine et champions de l’urgence climatique n’ont qu’à bien se tenir : un virus pas si létal que ça est en train de les remplacer sur l’agenda des priorités, mettant la planète médiatique sens dessus dessous et semant le chaos dans la gouvernance mondiale. Il se pourrait même, si les choses durent voire s’aggravent, que l’économie bascule carrément dans la récession, à la manière de ce qu’avaient entraîné la crise des subprimes ou, plus loin encore dans le temps, les crises pétrolières.

Deux sortes de caractéristiques font toutefois la différence.

En 2007-2008, la crise fut initiée par un choc du côté de la demande, qui dégénéra en une débandade financière généralisée. Or, comme on sait et comme on a pu le vérifier depuis lors, les crises financières sont longues à soigner, car il faut remettre d’aplomb un secteur bancaire gravement endommagé et le prémunir contre d’éventuelles rechutes, ce qui suppose de douloureuses recapitalisations et l’appel à la main publique, sans compter les retombées assez paradoxales de politiques monétaires extraordinairement expansives.

Les crises pétrolières, elles, furent des chocs du côté de l’offre, qui engendrèrent ce qu’on appela de la stagflation, c’est-à-dire la concomitance d’une croissance faible voire nulle et d’une forte inflation. Les conséquences durèrent, parce qu’on s’y prit mal la première fois, un peu mieux la seconde, mais au prix de politiques anti-inflationnistes qui mirent du temps à déployer leurs effets.

La propagation incontrôlée ou presque du coronavirus s’assimile difficilement à un choc unilatéral de l’offre ou de la demande, puisqu’elle affecte simultanément les deux, les producteurs ne pouvant plus produire faute d’approvisionnements et de personnels – les premiers bloqués par des embargos, les seconds par des quarantaines – et les consommateurs apeurés ne consommant plus sauf le strict nécessaire, encore qu’ils adoptent dans des cas précis – la recherche compulsive de masques chirurgicaux et de lotions hydro-alcooliques – des comportements qui mettent inutilement à sac les réserves des pharmaciens. Sans parler de ce que la langue allemande nomme joliment les «Hamsterkäufe», ces achats de précaution destinés à encombrer durablement les armoires de cuisine et les rayonnages des abris.

Tout cela risque, si l’épidémie dure et surtout se renforce, de nous entraîner dans la récession, voire dans une vraie crise, car les dernières cartouches monétaires ont déjà été tirées, et des pays clés, Allemagne en tête, rechignent à desserrer les cordons de leurs bourses pourtant bien dodues. Or, et c’est là l’un des seuls points communs à toutes les crises, le durcissement des conditions de survie économique éjecte du système les éléments les plus fragiles : compagnies surendettées, banques surexposées aux mauvais risques, monoproducteurs de biens en voie d’obsolescence.

Situation parfaitement vexante, totalement irrationnelle, puisque ledit virus certes extrêmement contagieux tue peu, beaucoup moins en tout cas que les pneumonies d’origine habituelle, infiniment moins que les grippes saisonnières, les accidents de la route, les maladies circulatoires et j’en passe. Mais il réveille des peurs ancestrales, le souvenir de morbidités effrayantes (les pestes moyenâgeuses, la grippe espagnole), sans parler du VIH ou d’Ebola à la source d’hécatombes autrement éliminatoires.

Alors, lavons-nous les mains avec soin et remettons de l’ordre dans nos têtes.

Commentaires

  • Effet collatéral des gilets jaunes ? Depuis que les partis d`opposition ont pris l`habitude de rameuter les foules a propos de tout et n`importe quoi contre les gouvernements en place, ces derniers sont terrorisés a l`idée de donner prétexte au mécontentement de masse organisé par leurs oppositions politiques. Dans le cas du covid-19, puisque le battage fait autour par des médias en mal de gros titres lui a donné une dangerosité percue disproportionnée, certains gouvernements européens preferent trop en faire plutot que pas assez mais, ce faisant, ils contribuent a surdramatiser et, par effet boule de neige, en font de plus en plus. Les décideurs politiques suisses ont jusqu`a maintenant sagement évité ce piege malgré la tentative heureusement avortée de la représentante d`un certain parti de promouvoir le port du masque au parlement.

  • A mon avis, vous sous-estimez le danger du covid-19. Il se répand très vite et a une létalité importante, et pas seulement chez les plus fragiles. En fait, tout le monde est dans l'incertitude. La seule chose à craindre, ce sont les points de vue extrémistes.
    En France, ce qui est à craindre, c'est que les extrémistes dont le but est de foutre la m... profitent de la situation pour aggraver la crise politique, sociale et économique. Or* en France, il n'y a bientôt plus que des extrémistes...

    * Eh oui les incultes, 99% des blogueurs, c'est "Or" et non pas "hors"...

  • “ledit virus certes extrêmement contagieux tue peu, (...) infiniment moins que les grippes saisonnières”.

    Bien au contraire. On estime que la maladie appelée covid-19 tue 50 fois plus que les grippes saisonnières. Lire à ce sujet https://www.letemps.ch/sciences/covid19-bien-pire-quune-grippe

  • Selon le calendrier traditionnel chinois, c'est aujourd'hui que débute la troisième des vingt-quatre périodes solaires. Elle est nommée «jingzhe» (惊蛰), ce qui signifie «fin de l’hibernation des insectes». On lui associe une période de réchauffement propice à la disparition des bobos hivernaux, dont la grippe. Foi de rabbit, ce calendrier est assez fiable et tout va aller mieux. Du moins pour la Chine...

  • Écouter au moins les 8 premières minutes de cette émission, intitulée «L'économie sous le choc» :
    https://www.france.tv/france-5/c-dans-l-air/1282163-c-dans-l-air.html

    Il s'avère de plus en plus que l'épidémie due au SARS-CoV-2 va entraîner pour l'économie mondiale des conséquences beaucoup plus graves que lors des crises précédentes.

  • "l'épidémie due au SARS-CoV-2" C'est son nouveau nom ?
    A part ça, oui, l'économie va se prendre une branlée et c'est une sacrée bonne nouvelle, pour l'humanité (les idiots diraient pour la planète, comme si les humains avaient une influence quelconque sur elle...). On va commencer par produire quelques médicaments en Europe plutôt qu'en Chine...

  • C'est vérifié depuis quelque temps déjà. Raison pour laquelle il vaut mieux écouter les économistes que les politiciens : dans cette série d'émissions, les premiers sont excellents, tout comme le sont les "vrais" spécialistes de la Chine régulièrement invités. De sorte que l'on peut oublier ce qui se fait ailleurs dans le même genre.

  • Je vais travailler sur le rapport entre le nombre de personnes infectées par le virus et la baisse en % de l'indice boursier du pays considéré. On pourrait appeler ça le «ratio de rabbit». Une fois que l'existence d'une corrélation aura été démontrée, le «nobel» d'économie devrait m'être attribué. Ce n'est pas un moindre apport à cette science que les travaux de MM. Shiller et Fama.

  • @ Géo
    “l'épidémie due au SARS-CoV-2" C'est son nouveau nom ?”
    SARS-CoV-2 est le nom donné au virus;
    COVID-19 est le nom donné à la maladie.

  • APERÇU DE VOTRE COMMENTAIRE
    Cette manière qu'ont les autorités, en Europe, de courir après la maladie sans jamais la rattraper est pathétique. On se limite à tenter de repousser l'échéance de quelques jours ou de quelques semaines, ce qui n'empêchera pas la catastrophe de se produire.

    Il y a une explication à cela. Les scientifiques et (à leur suite) les dirigeants politiques ont compris que le cataclysme était inéluctable. Non pas parce que le COVID-19 est un fléau sur le plan sanitaire mais parce que ce fléau va entraîner un collapse d'une envergure inimaginable sur le plan économique et financier.
    Ne pouvant rester les bras croisés vis-à-vis d'une opinion publique qui eut été prompte à le leur reprocher, nos autorités ont pris quelques mesurettes tout en appelant la population à ne pas paniquer. Mais si l'on appréhende la situation dans son ensemble et sur le long terme, on voit bien que ces mesurettes, certes bien intentionnées, n'empêcheront pas l'issue fatale: l'effondrement d'un système basé sur la croissance à tout prix.
    On a cherché à nous faire croire que la situation était sous contrôle mais on voit bien aujourd'hui que tel est loin d'être le cas.

    Si les Chinois (et les Coréens du sud) sont parvenus à endiguer quelque peu le phénomène sur le plan sanitaire, c'est parce qu'aussitôt qu'ils se sont rendus compte de la gravité de la situation, ils ont pris le taureau par les cornes et décrété des mesures drastiques d'une ampleur inouïe. Malheureusement pour eux, il le paient maintenant très cher sur le plan économique. La Chine est entrée en récession et cette récession ne va pas tarder à gagner l'ensemble de l'économie mondiale.
    Mais cette fois, cela ne se réduira pas à une récession.

    Il arrive un moment où trop, c'est trop.
    Il arrive un moment où trop tard, c'est trop tard.
    L'apparition du SARS-CoV-2 aura été la goutte d'eau qui aura fait déborder le vase.

  • Cette manière qu'ont les autorités, en Europe, de courir après la maladie sans jamais la rattraper est pathétique. On se limite à tenter de repousser l'échéance de quelques jours ou de quelques semaines, ce qui n'empêchera pas la catastrophe de se produire.

    Il y a une explication à cela. Les scientifiques et (à leur suite) les dirigeants politiques ont compris que le cataclysme était inéluctable. Non pas parce que le COVID-19 est un fléau sur le plan sanitaire mais parce que ce fléau va entraîner un collapse d'une envergure inimaginable sur le plan économique et financier.
    Ne pouvant rester les bras croisés vis-à-vis d'une opinion publique qui eut été prompte à le leur reprocher, nos autorités ont pris quelques mesurettes tout en appelant la population à ne pas paniquer. Mais si l'on appréhende la situation dans son ensemble et sur le long terme, on voit bien que ces mesurettes, certes bien intentionnées, n'empêcheront pas l'issue fatale: l'effondrement d'un système basé sur la croissance à tout prix.
    On a cherché à nous faire croire que la situation était sous contrôle mais on voit bien aujourd'hui que tel est loin d'être le cas.

    Si les Chinois (et les Coréens du sud) sont parvenus à endiguer quelque peu le phénomène sur le plan sanitaire, c'est parce qu'aussitôt qu'ils se sont rendus compte de la gravité de la situation, ils ont pris le taureau par les cornes et décrété des mesures drastiques d'une ampleur inouïe. Malheureusement pour eux, il le paient maintenant très cher sur le plan économique. La Chine est entrée en récession et cette récession ne va pas tarder à gagner l'ensemble de l'économie mondiale.
    Mais cette fois, cela ne se réduira pas à une récession.

    Il arrive un moment où trop, c'est trop.
    Il arrive un moment où trop tard, c'est trop tard.
    L'apparition du SARS-CoV-2 aura été la goutte d'eau qui aura fait déborder le vase.

  • Reprenez-vous, Monsieur Jelmini, ce n'est qu'un problème de chaîne logistique: le coronavirus n'est qu'un épouvantail. Certes, la Chine est en récession au premier trimestre, mais le PIB réel va progressivement réduire son écart avec le PIB potentiel d'ici au quatrième trimestre, au fur et à mesure de la reprise des activités sur place. Mais, par la suite, le gros problème sera du côté américain.

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