La grande folie du bitcoin continue (25/10/2021)

La grande folie du bitcoin continue. Visiblement impressionnés par l’engouement que suscite la crypto-monnaie, et pressés de toutes parts par les afficionados de l’instrument, la Securities and Exchange Commission américaine (SEC) a finalement délivré à un ETF lié à elle l’autorisation d’exister et d’être coté en bourse.

Du coup, ceux des spéculateurs qui hésitaient encore à tremper leur petit doigt dans la sulfureuse potion magique se sont empressés de saluer la décision, et le cours de la chose s’est envolé au point de retrouver ses plus hauts niveaux, après avoir même frisé, le 20 octobre dernier, les 67'000 dollars le jeton.

Pour rappel, parmi les dindons de la farce Madoff, on trouvait aussi des banquiers privés…

Ce montant ne dit rien si l’on ne rappelle pas que le cours du bitcoin, après avoir oscillé entre 0 et 1 dollar durant ses deux premières années d’existence, avait atteint le 29 novembre 2013 le niveau alors considéré comme phénoménal de 1250 dollars, soit l’équivalent du prix d’une once d’or.

Comme le suggérait un commentateur, le créateur de la crypto-monnaie, s’il existe (on ne sait toujours pas si le pseudo Satoshi Nakamoto désigne une personne, ou un groupe de personnes), a dû se retourner dans sa tombe. Car le bitcoin tel que conçu par lui était destiné à échapper à toute forme de régulation. Or, le feu vert donné par la SEC à la mise sur le marché d’un ETF – donc un instrument financier soumis comme les autres à la surveillance de l’autorité – fait qu’il n’est plus tout à fait, et même plus du tout, un électron libre et anonyme.

Les ETF (Exchange Traded Funds), fonds indiciels plus ou moins «passifs» répliquant à bas coût des portefeuilles d’actifs réels, jouissent d’un engouement phénoménal pour leur bas coût et leur facilité d’accès, mais sont sujets comme tous les autres instruments aux risques classiques d’illiquidité voire d’insolvabilité.

En outre, l’ETF en question est adossé à des futures, autrement dit à des contrats à terme, négociés au Chicago Mercantile Exchange, et non pas au marché spot, le marché au comptant. Le lien avec le bitcoin est donc pour le moins indirect, ce qui pourrait réserver quelques surprises aux souscripteurs, si l’on songe aux sursauts épisodiques de sa cotation auxquels le public assiste ébahi.

Il y a enfin la question de la confidentialité, réputée absolue pour les crypto-monnaies fonctionnant selon le modèle dit peer to peer, c’est-à-dire sans intermédiaire entre les deux parties à l’échange. Or, même le bitcoin pur, pas davantage que les autres crypto-monnaies, n’est en définitive anonyme, puisque lors de son achat comme de sa vente, il passe obligatoirement (sauf à être échangé contre des «valises» de billets) par l’intermédiaire d’une plateforme autorisée ou d’un compte bancaire, ce qui le rend pour le moins « surveillable ».

Résumons. Le bitcoin n’étant fondamentalement que le produit d’un algorithme, certes émis en quantité finalement limitée, mais néanmoins vide de contenu réel, il appartient de fait aux objets dont la valeur n’est rien d’autre que le prix payé par le dernier entrant dans cette sorte de chaîne de Ponzi à laquelle il est permis de l’assimiler.

Que de nombreux professionnels de la finance considérés comme parfaitement respectables (et surtout compétents aux yeux du public candide) s’y intéressent ou en fassent leur métier ne lui donne pas davantage de légitimité. Pour rappel, parmi les dindons de la farce Madoff, on trouvait aussi des banquiers privés…

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