La finance durable, qu'èsaquo ? (26/07/2021)

Dans l’un de ses derniers «Repérages», le Centre genevois de droit bancaire et financier (CDBF) pointe du doigt deux circulaires de la FINMA qui semblent «nudger» les banques et les assurances vers l’investissement durable. Voilà quiappelle quelques éclaircissements, que fournit heureusement Jeremy Bacharach, l’auteur de ladite note.

Nudger, verbalisation de l’affreux anglicisme «nudge», signifie encourager ou inciter à changer de comportement en dehors de toute contrainte ou interdiction, ainsi que l’a formalisé le prix Nobel d'économie 2017 Richard Thaler.

Cette théorie du coup de pouce s’inscrit dans la tendance à l’élargissement du champ de l’économie dite comportementale, qui fonctionne à merveille dans un monde exposé aux aléas météorologiques et au rétrécissement de plus en plus visible de la biodiversité. Mais que vient faire là-dedans la finance, et en quoi la mission de l’organe helvétique de surveillance des banques et des assurances est-elle concernée par le climat ?

Ce que la finance et le climat ont en commun, c’est le risque, que le second fait courir à la première, et que les autorités de surveillance ont pour mandat d’évacuer autant que possible des marchés financiers, afin d’en assurer le bon fonctionnement et protéger par ce biais les épargnants, les assurés, les investisseurs et les créanciers. Comment s’y prendre? En imposant aux principales banques et assurances – celles qui représentent un risque systémique – l’obligation de publier chaque année les dispositions qu’elles prennent «pour identifier, évaluer, gérer et surveiller les risques financiers lies au climat».

Insérer désormais impérativement dans les rapports de gestion annuels un genre d’informations qui semblait jusqu’ici aller de soi résulte peut-être de ce que, pour la FINMA, cela ira encore mieux en le disant. On ne peut toutefois s’empêcher de penser qu’en l’occurrence la surveillance vole au secours de l’évidence : car le marketing a compris depuis longtemps le parti qu’il pouvait tirer de l’argumentaire climatique. Du «patrimoine socialement responsable» vanté par BNP Paribas aux messages ailés du «capital naturel» promu par Lombard Odier, on ne compte plus les appels à l’investissement durable de la part d’augustes représentants la communauté financière.

Mais ce serait faire un mauvais procès à l’autorité que d’arrêter là l’analyse. Le risque climatique est effectivement considérable, davantage encore que les plus pessimistes des assureurs ne l’imaginaient avant les dernières catastrophes naturelles. Alors, on conviendra avec l’auteur de la note qu’en obligeant banques et assurances à rendre publique la manière dont elles gèrent ce risque, la FINMA «les encourage en réalité à se distancer des activités à fort impact environnemental et à se rapprocher de projets verts et durables». Elle les «nudge» donc bel et bien.

18:38 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | |