La Ville de Genève, une sous-préfecture ? (22/06/2021)

La rencontre sinon inopinée du moins tardivement agendéeentre Biden et Poutine sur les hauteurs du parc La Grange a passagèrement hissé Genève en tête des news mondiales au milieu de la semaine dernière. Cette heureuse diversion,interrompant une succession de mornes nouvelles au sujet de l’avenir du «chef-lieu» – comme disent volontiers nos amis vaudois – de ce canton-ville, nous console un peu. Car, à force de rabrouements populaires successifs (contre le MAH, les tours trop hautes, les Vernets, la Cité de la Musique, les abattages d’arbres, la densité du PAV et j’en passe), on était en train de dériver gentiment vers l’insignifiance, bref, vers la fin de la Genève internationale, seule ville de Suisse dont le nom soit connu dans le monde entier.

Comme le relevait Isabelle Graesslé lors de l’inauguration du Musée international de la Réforme qu’elle dirige, «seuls 17% des Genevois se disent protestants, mais ils sont conscients que, sans Calvin et la Réforme, leur ville serait restée une petite sous-préfecture de province». 

D’autres, avant elle, ont également mis le doigt sur cette destinée qui pend au nez des Genevois, ou qui plus exactement les ramènerait à peu de choses près au statut que la République française leur avait réservé au sein du département du Léman, si rien n’est entrepris pour surmonter leur pusillanimité.

Le rejet par une frange activiste de citoyens locaux de tout ce qui dépasse une certaine ambition n’est certes pas nouvelle. Sans remonter au déluge, on peut rappeler par exemple que l’installation de la SdN à Genève n’avait pas eu toutes les faveurs de la Ville Haute. Et tout récemment, la réalisation de la liaison ferroviaire Cornavin-Annemasse, objet presque oublié d’une convention plus que centenaire avec la Confédération en train de devenir l’épine dorsale d’un réseau de transports à l’image de ceux de Bâle ou Zurich, a failli ne pas voir le jour à cause des vibrations repérées par les sismographes de précision de quelques voisins riverains de son parcours souterrain. Bref, à Genève, il faut être sacrément entêté pour réussir vaincre les résistances d’une population de privilégiés attelés à défendre leur confort quoi qu’il en coûte aux autres, au pays, et pourquoi pas au monde entier.

Il faut savoir ce que l’on  veut. Défendre le patrimoine, le moindre édicule d’époque, des «forêts» centenaires, c’est bien. Mais le conservatisme écologique et architectural a un prix : une Genève ramenée à l’état de sous-préfecture, donc désertée de ses meilleurs contribuables et abandonnée de ses discrets mécènes, n’aurait plus les moyens d’assurer, à ceux qui y voient le salut, les prestations publiques dont ils sont les premiers à se réclamer. Aujourd’hui déjà, la charge budgétaire des «prestations publiques» – par quoi il faut entendre le fonctionnement de diverses administrations qui ne manquent pas par ailleurs de facturer leurs services quand elles en rendent au moyen de divers émoluments et taxes – y dépasse la jauge helvétique moyenne, y compris celle des chefs-lieux de taille comparable (Bâle-Ville, Zurich, Berne et même Lausanne).

Qu’on ne s’y trompe pas : la concurrence entre villes désireuses de tenir un rang comparable (parce qu’elles ont compris ce qui en découlait) devient féroce. Vienne a déjà réussi à attirer une poignée d’agences onusiennes et non des moindres. Bruxelles ajouterait volontiers quelques atouts à sa panoplie européenne. Et Helsinki se tient toujours en embuscade. A continuer d’aligner les refus à tout ce qui bouge, Genève risque fort de finir déclarée forfait.

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