Au secours du 1er pilier (14/06/2021)

L’AVS n’a pas à proprement parler de défaut structurel, sauf à considérer que les systèmes de retraites par répartition soient par définition nuls et non avenus. Ce qui pèche avec ce premier pilier, c’est l’incapacité du législateur, qui en tient les clefs, à accepter l’évolution démographique pour ce qu’elle est. La population vieillit, l’espérance de vie s’allonge, surtout celle des femmes, et l’assiette de financement rétrécit. Pas étonnant, dans ces conditions, que les comptes de l’assurance sociale se détériorent, plus ou moins rapidement selon la situation économique, puisque la plus grande partie des entrées dépend – encore – du taux d’emploi de la population active, donc de la masse salariale.

 

Si l’on acceptait de regarder les choses en face et surtout de regarder ce qui se fait ailleurs, dans des pays à physionomie comparable mais moins directement tributaires du vote populaire, on constaterait que lorsque les faits l’emportent sur l’irréflexion, l’âge de la retraite devient fonction directe de la statistique démographique (de l’évolution de l’espérance de vie en l’occurrence), et le niveau des rentes, celle des ressources disponibles*. Quelques-uns des pays dits «frugaux», c’est-à-dire regardants sur l’état de leurs finances publiques, vont dans cette direction. Danemark, Finlande ou Pays-Bas par exemple, où l’âge de départ à la retraite est à peu de choses près le même que chez nous, se sont résolus à le porter à plus ou moins 70 ans. En Allemagne et en Suède, les rentes sont automatiquement ajustées à ces variables, sans que cela fasse des vagues.

En Suisse, à force de tourner autour du pot, on en est venu à suggérer que les bénéfices énormes de la Banque nationale soient affectés au financement de l’AVS. La proposition a été diversement accueillie. Fraîchement en tout cas par ceux qui font valoir qu’il n’y a pas à tout mélanger : la BNS s’occupe de politique monétaire, et non de politique sociale. Au surplus, son indépendance est sacrée, et c’est à elle de décider – avec bien entendu l’aval du Conseil fédéral par le truchement expert de l’Administration fédérale des finances – quoi faire de ces bénéfices, qui ne sont pas si élevés que ça en comparaison du renflouement nécessaire des fonds de compensation AVS/AI/APG et qui, au demeurant, peuvent fort bien précéder des pertes de même ampleur selon la tournure des événements monétaires. Enfin, il y a lieu de constamment rappeler que les déficits du premier pilier sont, sans révision sérieuse des paramètres, destinés à se creuser d’année en année, et que ce n’est donc pas par une injection unique, ou en tout cas peu susceptible de se perpétuer, qu’on corrigera la tendance.

Cela étant, l’idée n’est pas totalement antipathique. Le seigneuriage sui generis que lui assure le monopole de l’émission monétaire en période troublée (on pense ici aux intérêts négatifs) n’est pas une raison pour que la BNS fasse de la rétention de bénéfices. Ce privilège ne suffit pas non plus à justifier que les cantons, propriétaires historiques de l’Institut, soient avec la Confédération les seuls à en recevoir une part. Le surcroît de profitabilité dégagé par le franc fort tient en somme à la productivité que dégage une économie fortifiée par le travail de l’ensemble de ses salariés et entrepreneurs. Il serait donc assez naturel que ses fruits leur reviennent au moment de leur départ en retraite, même si la portée du geste serait plus symbolique qu’économiquement fondée.

 

*​Comme le recommandait l’OCDE dans sa dernière étude économique sur la Suisse («Fixer l'âge légal de la retraite à 65 ans pour les deux sexes comme prévu, puis le porter progressivement à 67 ans et l'indexer ensuite à l'espérance de vie»).

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