Le bitcoin? Une marchandise. (24/05/2021)

Feriez-vous confiance à une monnaie qui, même si elle remonte ensuite, perd la moitié de sa valeur en quelques jours ? Sûrement pas. Donc, le bitcoin n’est pas une monnaie, puisque le propre d’une monnaie est, outre ses fonctions de moyen de paiement et d’unité de compte (deux fonctions que cette crypto-monnaie ne remplit au demeurant qu’imparfaitement), de servir de réservoir de valeur. Unréservoir ne peut être un puits, non pas sans fond, mais dont le fond varie de hauteur au gré des circonstances.

Les cabrioles de cette crypto-monnaie, qu’il vaudrait mieux pour cette raison qualifier de crypto-actif expliquent trois experts belges dans une tribune au «Monde»*, la rapprochent ainsi davantage d’une matière première, d’une commodity – telle que l’a d’ailleurs définie la Commodity Futures Trading Commission, l’agence américaine de surveillance des bourses de commerce – que d’une monnaie numérique au sens où ses thuriféraires s’efforcent de la présenter. Parlons donc d’une e-commodity. Ce serait en quelque sorte, dans le monde numérique, le pendant de l’or dans le monde physique, avec toutefois cette différence que les sauts de mouton qu’il arrive au métal jaune d’effectuer ne sont ni à ce point rapides comme l’éclair ni d’ampleur comparable, ce qui rend l’analogie assez bancale.

Comment se fait-il dans ces conditions que le bitcoin ait une valeur, un prix de marché, alors que, pure construction algorithmique, il ne vaut intrinsèquement rien ? On a prétendu qu’il annonçait l’avènement d’un système de paiement affranchi des banques et de tout contrôle étatique, paradis libertarien auquel aspireraient les esprits agiles des nouvelles générations. Si cela était vrai, on ne comprendrait pas pourquoi tant d’autres parmi les quelque 8000 crypto-monnaies apparues au fil de la trentaine d’années écoulées depuis le lancement de la première d’entre elles s’escriment à vouloir apparaître comme stables (stablecoins), c’est-à-dire ancrées plus ou moins indéfectiblement à de belles et bonnes monnaies, ce qui les renvoie du coup à l’ordre établi qu’elles étaient censées faire disparaître. On a prétendu aussi qu’elles étaient source d’affranchissement des barrières frontalières, et libéreraient ainsi les économies de la suprématie du dollar. Mais à quel coût ! La moindre transaction nouée en bitcoins prend des plombes et consomme l’électricité d’une ville entière quand ce n’est de tout un pays.

Personne mieux qu’un Paul Krugman n’a résumé la chose:«Les promoteurs de la crypto sont très doués pour le jargon technique, c'est-à-dire qu'ils utilisent une terminologie obscure pour se convaincre et convaincre les autres qu'ils proposent une nouvelle technologie révolutionnaire, mêmesi la blockchain est en fait assez ancienne par rapport aux normes de l'infotechnologie et qu'elle n'a pas encore trouvé d'utilisation convaincante»**.

Au vrai, l’engouement pour ce produit technologique immatériel qui ne sert à rien sauf à créer et détruire alternativement de la plus-value le fait ressembler à une chaîne de Ponzi, à cette différence près que, contrairement à l’original, il n’y a pas, à sa source, un Madoff à condamner à la perpétuité.

*​« On est en train de permettre à des bitcoins sales de devenir des bitcoins propres » (Le Monde du 23 mai)

** «Technobabble, Libertarian Derp and Bitcoin» (New York Times du 20 mai)

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