La dette Covid, vrai ou faux problème ? (03/05/2021)

C’est selon. Le fait est que les sommes gigantesques allouées à différents soutiens correspondent à des engagements publics qu’il n’est pas compliqué de financer pour l’instant puisque l’épargne abonde. Mais ensuite ?

Toute la question tiendra dans l’attitude des épargnants. Pour l’heure, faute de visibilité et face à l’incertitude, la masse de pouvoir d’achat qui est thésaurisée ne semble pas devoir se déverser d’un coup sur les marchés des biens et services au prix d’une inflation non contrôlée. Cette épargne en partie contrainte, en partie volontaire, finance indirectement la compensation de revenus momentanément non disponibles pour cause de confinement. Mais ensuite ?

Pour en avoir le cœur net, le KOF, centre de recherches conjoncturelles de l’EPFZ, a sondé avec l’aide de la NZZ une communauté d’économistes helvétiques. 841 très exactement. Un peu moins de 20% d’entre eux, soit 167, issus de 16 institutions, ont répondu. Ce qui est à la fois acceptable comme taux de participation pour ce genre d’exercice, et révélateur de l’indécision de la corporation face au caractère inédit de la situation. Une majorité honorable considère que les soucis d’équilibre budgétaire n’ont pas place face à l’urgence : l’économie mérite d’être soutenue quoi qu’il en coûte. Mais une minorité non négligeable est de l’avis que l’économie repartira d’elle-même et qu’il n’est par conséquent pas nécessaire de la soutenir (qualificatif sous-jacent) aveuglément.

En réalité, le point d’achoppement n’est pas tellement celui de l’efficacité supposée ou niée des plans d’aide que celui de l’incidence des dettes contractées pour cause de pandémie sur l’avenir des finances publiques en général et la soutenabilité en particulier d’une dette publique aux dimensions hors de toutes proportions connues. D’où les réflexions de simples citoyens, telle celle-ci : «[…] Lorsque les emprunts des Etats ont pour but la guerre, la construction d'édifices de prestige, l'entretien d'une nomenklatura et autres vanités, nous nous trouvons face à un jeu de dupes, les créanciers devenant les dindons volontaires d'une farce sans joie. Mais claquer, passez moi l’expression, quelques milliards pour construire des hôpitaux, trouver des vaccins, réparer des routes ou prévenir la chute d'astéroïdes, est un usage intelligent de l'argent disponible dans le monde».

Autrement dit, tout serait là pour faire le bien plutôt que le mal. Comme s’il était possible d’orienter d’un coup de baguette magique les flux d’épargne et d’investissement. Las. Les choix de l’épargnant sont en réalité moins guidés par le désir de faire le bien que par le souci de préserver son capital, d’en veiller si possible à la bonne rentabilité, et de se ménager des échappatoires rapidement accessibles. Toutes choses qui ne garantissent pas, à l’échelle collective, le renversement de priorités que chacun en son for intérieur admet certes comme souhaitables, mais éloignées des siennes.

La dette publique a de beaux jours devant elle. Utile aux épargnants qui voient en elle le support d’un pouvoir d’achat mobilisable à la retraite, fondement par conséquent de gestions d’actifs peu aventureuses, elle peut perdurer à condition de ne pas entraver la croissance. Quant à savoir à quel moment son enflure franchirait cette ligne rouge, on n’a pas fini d’en débattre, tant les taux d’intérêt semblent avoir perdu la boussole. Car, sur ce point, les leçons du passé ne sont d’aucune utilité : la pandémie actuelle n’a de commun ni les destructions physiques et humaines des deux guerres mondiales, ni les effacements de valeurs des crises financières qui ont jalonné les décennies passées. Elle a ouvert un nouveau chapitre de l’histoire économique, tout simplement.

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