Bientôt aussi endettés qu'après la IIe guerre (26/04/2021)

Aux dernières nouvelles, la dette publique de l’ensemble des pays du monde atteindrait quelque 85'000 milliards de dollars, soit presque 100% de leur produit intérieur brut. Cette somme gigantesque, que les aides de toute nature accordées aux victimes de la pandémie ont évidemment contribué à grossir (et qui n’englobe pas la dette privée, trois fois supérieure !), n’a pas son pareil dans l’histoire, sauf peut-être au lendemain de la seconde guerre mondiale, quand les dettes cumulées des seuls pays vainqueurs avaient frisé les 125% du PIB.

Le redressement économique dit des Trente Glorieuses (1945-1975) avait permis, inflation et autres formes de répression financière aidant, d’abaisser progressivement le niveau de l’endettement public jusqu’à le rendre supportable et même utile à l’essor des marchés financiers. Mais aujourd’hui, on ne voit pas très bien comment l’exemple pourrait être suivi, tant les chances d’un retour à une croissance suffisante semblent définitivement perdues de vue.

Aussi, on en vient assez naturellement à se pencher sur les diverses expériences d’amortissement plus ou moins ordonné de tout ou partie de la dette que le passé nous a léguées. La plus ancienne du genre remonte sans doute à la formulation en 1790, par Alexander Hamilton, le premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis, d’un plan de réduction de la dette accumulée au lendemain de la Guerre d’indépendance par les Treize colonies d’Amérique du Nord. L’originalité de la démarche avait consisté en la création d’un «sinking fund», alimenté par des droits de douane prélevés sur les importations et le produit d’un emprunt de 2 millions de dollars. Ce fonds d’amortissement servit à racheter sur le marché les titres très dévalorisés émis par les Etats de la confédération, puis à rembourser les nouvelles obligations émises au pair à la joie des souscripteurs. Hamilton en avait retiré une grande légitimité, renforcée encore par les conseils budgétaires prodigués par Albert Gallatin, ce Genevois qui devint quelques années plus tard le 4e secrétaire au Trésor sous les présidences successives de Thomas Jefferson et James Madison.

Pour nombre d’économistes, le plan Hamilton est assez semblable dans son principe au plan imaginé par Nicholas Brady, le secrétaire au Trésor du président Reagan, qui fut en 1989 à la base de l’émission des fameux «Brady Bonds», ces titres de dette à 30 ans d’échéance proposés aux banques et autres créanciers privés des pays surendettés d’Amérique latine et d’Afrique subsaharienne en échange d’une réduction du taux d’intérêt et de l’abandon d’une partie du capital de leurs créances. Le Mexique fut le premier bénéficiaire de ce plan, soutenu par le FMI et la Banque Mondiale.

Quatre années auparavant, le prédécesseur de Brady au Trésor, le démocrate devenu républicain James Baker, avait proposé lors des assemblées générales du FMI et de la Banque Mondiale tenues à Séoul de financer un plan d’aide de 29 milliards de dollars sur trois ans en faveur d’une quinzaine de pays parmi les plus lourdement endettés, en échange de «réformes structurelles sérieuses», dont l’efficacité s’avérera diversement appréciée par les créanciers et en tout cas insuffisante pour considérer l’initiative comme réussie, puisqu’il fallut, avec le plan Brady, passer à la vitesse supérieure.

Reste que l’expérience accumulée dans ces diverses circonstances commence à être évoquée ici et là comme suffisamment crédible pour aborder l’éventualité d’un nouveau moratoire de la dette covid en faveur des pays les plus touchés, étendu pourquoi pas, à notre échelle, aux acteurs eux-mêmes du commerce et de l’artisanat, si durement frappés alors qu’ils n’en peuvent mais.

 

 

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