Le côté sombre de la nature humaine (20/04/2021)


Il y a quelques années de cela, David Bosshart, tête pensante de l’Institut GDI de Rüschlikon, avait capsulé dans la formule «Geiz ist Geil» (la pingrerie, c’est génial) les comportements du consommateur d’aujourd’hui, qui porte volontiers son choix sur les produits de la gamme M-Budget ou Prix Garantie* sans renoncer pour autant aux delicatessa de chez Globus. Les hauts et les bas de la consommation moderne mordent ainsi sur le gros de la gamme moyenne jusqu’ici dominante, ce que tous les distributeurs ont eu loisir de constater.

Le même Bosshart aurait de même pu démontrer comment une variante de la formule, «Gier ist Geil» (la cupidité est excitante), rend compte d’une attitude tout aussi schizophrénique, celle qui amène des sujets normalement prudents à céder sans réfléchir aux moindres occasions de profit. Entre les escroqueries à la Ponzi dont Bernard Madoff s’était fait le parfait illustrateur et les bourdes à répétition commises par un Credit Suisse en mal de recherche de rentabilité, il y a beaucoup d’exemples de recherche insensée d’un surplus d’enrichissement auxquels cèdent non seulement de petits épargnants mal avisés, mais aussi, et peut-être surtout, de grands spéculateurs considérés par les superviseurs comme des «investisseurs avertis» dont on attendrait un peu plus de jugeote. 

Mais las, l’appât du gain ne connaît pas de frontière, et les spécialistes de la gestion du risque se sont eux-mêmes faits attraper par les génies de l’entourloupe. Revenons à feu Madoff : sa promesse d’un rendement régulier – de quelque 11% sauf erreur – garanti par tous les temps a échappé à la sagacité des autorités (la SEC notamment) comme à celle de certains de nos banquiers privés, alors qu’un «simple» analyste grec, Harry Markopoulos, avait maintes fois apporté sans être écouté la démonstration de l’impossibilité d’une telle régularité. Idem pour les apporteurs de fonds à Archegos, la structure créée par un dénommé Bill Hwang, inconnu devenu milliardaire aussi vite que ruiné par dizaines de milliards sans que de soi-disant spécialistes de la gestion du risque, au Credit Suisse comme ailleurs, s’en soient aperçus. Idem encore pour le scandale Wirecard, échappé complètement au Bafin, ce gendarme allemand de la finance que le patron de notre Finma, appelé à la rescousse, devrait remettre sur pieds.

La cupidité, donc, ne connaît ni frontières ni classes de revenus. Elle a en revanche pris une nouvelle dimension avec la dissémination à large échelle d’instruments financiers plus ou moins complexes – et toujours difficiles à maîtriser pour les non spécialistes en maths financières – permettant aux utilisateurs de décupler, que dis-je, de multiplier ses gains par un facteur 100 ou davantage et à la vitesse de l’éclair à partir d’une mise ridicule. Quand ça réussit, l’enrichissement peut être énorme (cf. Soros). Mais quand ça rate (cf. LTCM), c’est l’entier de l’édifice financier qui se trouve déstabilisé, et obligatoirement réparé via l’Etat par le simple épargnant-contribuable appelé in fine à le renflouer, puisqu’on n’imagine pas un instant laisser l’économie entière s’effondrer.

Invariablement, les gogos des arnaques financières en tous genres sont attirés par des rendements que le simple bon sens devrait suffire à considérer comme déraisonnables au vu des circonstances. Rencontrer sur des plateformes aguicheuses des promesses de rendement de x% sans risque quand la norme du marché est plutôt de –x%, ce devrait suffire à retenir les élans. Eh bien non. Il se trouve à chaque fois d’innombrables victimes penaudes, qui n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.


* Produits à bas prix offerts respectivement par Migros et Coop

 

 

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