Moins de monde sur la planète, un bien ou un mal ? (23/03/2021)

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On meurt beaucoup dans les grandes épidémies, et celle du Covid-19 ne fait pas exception. Au dernier comptage, elle aurait fait plus de 2,7 millions de victimes. Ce ne sont pas fort heureusement, et de loin, les mêmes ravages que ceux causés par la grippe espagnole de 1918-1919 (entre 20 et 100 millions de morts), mais c’est davantage que ceux imputés à la grippe asiatique de 1956-1958 (1,1 million), et on n’en a pas fini avec ce maudit virus. 

Aussi les thèses catastrophistes font-elles florès par les temps qui courent. L’humanité serait-elle en train de fausser compagnie aux projections démographiques habituelles qui nous promettent 10 milliards d’êtres humains pour 2050 ? Il y aurait ainsi, selon la modélisation statistique d’un institut universitaire de Washington* publiée par l’hebdomadaire britannique The Lancet, toutes les raisons de penser que la population mondiale commencerait à décliner après ce pic, une bonne vingtaine de pays (dont le Japon, la Corée du Sud, la Thaïlande, l’Espagne ou encore l’Italie) perdant même chacun plus de 50% de leur population d’ici la fin du siècle.


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Dans le scénario de référence, la Chine reviendrait pratiquement à la moitié de sa population actuelle (-48%, voire -68% dans l’hypothèse la plus extrême). Nous ne serions plus, alors, que 8,8 milliards vers l’an 2100 et, faute d’une natalité suffisante, le déclin irait encore s’accélérant, tant les taux de fécondité sont d’ores et déjà partout en baisse et bien en-dessous de celui nécessaire pour assurer le remplacement des générations. «Et si la planète se vidait ?» titrait récemment la revue Science & Vie qui rendait compte de l’étude.

Imaginons un instant que le nombre d’habitants de cette planète se réduise de telle manière que toutes les proportions soient gardées, c’est-à-dire que la pyramide démographique conserve son allure générale au lieu de se mettre à ressembler à une amphore (base étroite, haut pansu). Il y aurait, alors, tout lieu de s’en réjouir. Les émissions délétères s’en trouveraient réduites, la nature préservée, la durabilité garantie, bref, ce serait tout à fait l’idéal visé par les plus farouches défenseurs de l’environnement. Du coup, il y aurait moins de bouches à nourrir, moins de bras aussi, mais suffisamment dans pareille hypothèse pour assurer le maintien d’un niveau de vie acceptable toutes générations confondues.

Hélas, le déclin démographique annoncé par les simulations des chercheurs n’est pas du tout celui-là. Ce qu’il préfigure en réalité, c’est une population continûment vieillissante où les jeunes se feront de plus en plus rares et où les tranches les plus avancées en âge l’emporteront en nombre et en taille sur celles formant la population active, appelée à subvenir aux besoins des premiers comme des secondes.

La société s’en trouverait sans doute apaisée, il y aurait moins de violences et de guerres, et qui sait peut-être moins d’épidémies meurtrières. Mais la décroissance qui en découlerait signifierait aussi une baisse drastique du produit intérieur brut, une paupérisation générale, qui nous entraînerait dans un monde «morne et peu innovant» pour reprendre les mots du rédacteur de la revue. Pas de quoi, en tout cas, se réjouir d’une telle perspective.


*  Institute for Health Metrics and Evaluation (“Fertility, mortality, migration, and population scenarios for 195 countries and territories from 2017 to 2100: a forecasting analysis for the Global Burden of Disease Study”,  étude financée par la Bill & Melinda Gates Foundation)

 

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