Le bitcoin, tulip mania du 21e siècle ? (12/01/2021)

Attention, danger. Quand un nombre croissant d’influenceurs du monde de la finance commencent à considérer le produit en question comme une alternative risquée mais sérieuse aux autres formes de placement, il y a tout lieu de se demander si l’on n’est pas en train d’assister à une nouvelle tulipomanie, cet engouement pour le bulbe de tulipe surgi au milieu du XVIIe siècle dans les Provinces-Unies des Pays-Bas.

Pour rappel, le bitcoin est ce qu’on appelle une cryptomonnaie, c’est-à-dire un jeton purement virtuel, dont la principale caractéristique, outre sa fonction cryptique, est de n’exister du fait même de sa construction qu’en un nombre maximum d’unités, proche d’ailleurs d’être atteint. C’est cette dernière caractéristique qui explique l’envol de son cours, puisque, à l’instar d’autres actifs échangeables non reproductibles (œuvres d’art uniques, vins de millésimes anciens, vieux manuscrits, etc.), il se présente comme un offre – bientôt – finie face à une demande qui, elle, ne connaît pratiquement aucune limite, sinon à la baisse (puisque ne pouvant tomber plus bas que zéro – comme les taux d’intérêt nominaux), du moins à la hausse.

A l’instar d’autres cryptomonnaies (ethereum, libra, litcoin...), le bitcoin a certes pour lui une certaine utilité, celle surtout de fonctionner comme un moyen de règlement sans intermédiaire entre parties à un contrat. Pour autant, ce n’est pas cette caractéristique-là qui séduit ceux qui s’aventurent à l’acheter, mais bien plutôt la vue des profits considérables qu’ont pu empocher jusqu’ici les investisseurs qui s’y sont successivement risqués. « Pourquoi pas moi ?» a toujours été un puissant ressort des mouvements spéculatifs.

En ce sens, l’engouement pour le bitcoin s’apparente à un système de Ponzi : ce sont les nouveaux acheteurs qui apportent la plus-value aux vendeurs ; s’il ne s’en présente plus, le château de cartes s’effondre. A cette différence toutefois, à mettre à l’actif d’autres objets de spéculation, que le bitcoin n’a aucune valeur intrinsèque, tandis que ceux-là, ou du moins certains d’entre eux, dégagent en principe un flux de revenus (le dividende des actions) ou présentent une certaine utilité économique en tant par exemple qu’ils entrent dans la fabrication de biens (l’or est aussi matière première industrielle).

Il ne faut pas sous-estimer cette différence. Le fondement de toute valeur mobilière ou immobilière (auxquelles il conviendra donc selon certains d’adjoindre désormais les «valeurs» numériques, qui ne ressortissent ni à l’une ni à l’autre et posent de ce fait un sérieux problème de classification juridique aux autorités, fiscales notamment) se résume en effet, du point de vue économique, à l’existence de ce flux de revenus précisément. En d’autres termes, la valeur d’un bien n’est sous cet angle fondamentalement rien d’autre que la valeur actuelle de tous les revenus futurs qu’il est censé engendrer. Si leur somme est nulle, puisque le flux est absent, la valeur ne peut qu’être indéterminée.

Suspendue entre terre et ciel, en quelque sorte.

 

 

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