On a sorti la grosse artillerie (16/04/2020)

En 2007-2008, ce sont les banques centrales qui s’étaient trouvées en première ligne pour empêcher que la crise financière n’emporte l’économie. En 2020, pour barrer la route à une crise d’ampleur à ce jour encore inconnue mais qui selon toute vraisemblance, si on la laissait filer, se révélerait au bout du compte du même ordre de grandeur que celle des années 30, ce sont les Etats qui, à coup de milliers de milliards, volent au secours de pans entiers de l’économie.

Les banques centrales sont également de la partie, mais moins pour soutenir un système bancaire dans l’ensemble plus solide qu’à l’époque, que pour empêcher que ce flot inédit de dépenses publiques n’entraîne une remontée des taux d’intérêt et par contrecoup l’insolvabilité de bon nombre de pays surendettés.

La soudaineté de la pandémie, qui presque du jour au lendemain a déclenché l’arrêt quasi total de l’activité dans des branches telles que le tourisme, la restauration ou le transport aérien, prend évidemment au dépourvu les offices statistiques, mal outillés pour mesurer une aussi brutale contraction de l’activité. On parle, aux Etats-Unis, d’un recul de l’ordre de 15% du produit intérieur brut au deuxième trimestre, pendant qu’ici la fourchette pour l’ensemble de l’année, toutes économies européennes confondues, pourrait friser les 5 à 6%, au lieu de la croissance de 1 à 2% initialement prévue.

D’où le bond du chômage, et la perspective d’un sous-emploi qui risque de durer, tant la reprise s’annonce d’ores et déjà compliquée, du fait des lenteurs administratives (il n’est pas simple de distribuer des milliards au bon endroit), des réorganisations de la chaîne de production, ou tout simplement de l’incertitude ambiante, qui pèsera longtemps sur le climat de consommation.

L’insistance avec laquelle les milieux économiques et les gouvernements appellent à un redémarrage ne signifie pas que le risque sanitaire soit relégué au second plan. Il se trouve simplement que chaque mois supplémentaire de confinement alourdit dangereusement la facture et étire le délai nécessaire au retour à la normale. Or le temps de désœuvrement qui s’allonge met en péril un nombre incalculable de PME dont les réserves de liquidités ne dépassent guère, dans bien des cas, quelques mois d’activité. Sans doute moins bien loties que les nôtres, les petites entreprises américaines seraient, selon une étude récente*, à court de cash après deux semaines seulement, alors que leurs charges fixes – de l’ordre de 10'000 dollars mensuels pour l’entreprise médiane – continuent de courir.

Cruelle ironie du sort, cette détresse financière – pendant, si l’on ose dire, de la détresse respiratoire des victimes de la pandémie – risque de conduire à une accentuation du phénomène de concentration à l’œuvre dans maintes branches de l’économie domestique, et renforcer des inégalités entre régions, touristiques notamment, mais aussi industrielles, à l’instar de ce qui s’était passé, on s’en souvient, dans l’arc jurassien au moment de la crise horlogère des années 70. Si l’on entend éviter que des territoires entiers ne basculent à nouveau de la richesse dans la pauvreté, il ne suffira sans doute pas de faciliter l’accès au crédit et de se reposer sur le chômage partiel. Il faudra aussi se demander s’il ne vaudrait pas la peine d’imaginer quelque chose comme un arrêté Bonny 2020, dans une version revue et bien sûr augmentée d’un original qui avait fait ses preuves.

 

*          How are small businesses adjusting to covid-19? Early evidence from a survey (http://www.nber.org/papers/w26989)

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