Un virus, et tout s’arrête (04/03/2020)

Avocats de la cause féminine et champions de l’urgence climatique n’ont qu’à bien se tenir : un virus pas si létal que ça est en train de les remplacer sur l’agenda des priorités, mettant la planète médiatique sens dessus dessous et semant le chaos dans la gouvernance mondiale. Il se pourrait même, si les choses durent voire s’aggravent, que l’économie bascule carrément dans la récession, à la manière de ce qu’avaient entraîné la crise des subprimes ou, plus loin encore dans le temps, les crises pétrolières.

Deux sortes de caractéristiques font toutefois la différence.

En 2007-2008, la crise fut initiée par un choc du côté de la demande, qui dégénéra en une débandade financière généralisée. Or, comme on sait et comme on a pu le vérifier depuis lors, les crises financières sont longues à soigner, car il faut remettre d’aplomb un secteur bancaire gravement endommagé et le prémunir contre d’éventuelles rechutes, ce qui suppose de douloureuses recapitalisations et l’appel à la main publique, sans compter les retombées assez paradoxales de politiques monétaires extraordinairement expansives.

Les crises pétrolières, elles, furent des chocs du côté de l’offre, qui engendrèrent ce qu’on appela de la stagflation, c’est-à-dire la concomitance d’une croissance faible voire nulle et d’une forte inflation. Les conséquences durèrent, parce qu’on s’y prit mal la première fois, un peu mieux la seconde, mais au prix de politiques anti-inflationnistes qui mirent du temps à déployer leurs effets.

La propagation incontrôlée ou presque du coronavirus s’assimile difficilement à un choc unilatéral de l’offre ou de la demande, puisqu’elle affecte simultanément les deux, les producteurs ne pouvant plus produire faute d’approvisionnements et de personnels – les premiers bloqués par des embargos, les seconds par des quarantaines – et les consommateurs apeurés ne consommant plus sauf le strict nécessaire, encore qu’ils adoptent dans des cas précis – la recherche compulsive de masques chirurgicaux et de lotions hydro-alcooliques – des comportements qui mettent inutilement à sac les réserves des pharmaciens. Sans parler de ce que la langue allemande nomme joliment les «Hamsterkäufe», ces achats de précaution destinés à encombrer durablement les armoires de cuisine et les rayonnages des abris.

Tout cela risque, si l’épidémie dure et surtout se renforce, de nous entraîner dans la récession, voire dans une vraie crise, car les dernières cartouches monétaires ont déjà été tirées, et des pays clés, Allemagne en tête, rechignent à desserrer les cordons de leurs bourses pourtant bien dodues. Or, et c’est là l’un des seuls points communs à toutes les crises, le durcissement des conditions de survie économique éjecte du système les éléments les plus fragiles : compagnies surendettées, banques surexposées aux mauvais risques, monoproducteurs de biens en voie d’obsolescence.

Situation parfaitement vexante, totalement irrationnelle, puisque ledit virus certes extrêmement contagieux tue peu, beaucoup moins en tout cas que les pneumonies d’origine habituelle, infiniment moins que les grippes saisonnières, les accidents de la route, les maladies circulatoires et j’en passe. Mais il réveille des peurs ancestrales, le souvenir de morbidités effrayantes (les pestes moyenâgeuses, la grippe espagnole), sans parler du VIH ou d’Ebola à la source d’hécatombes autrement éliminatoires.

Alors, lavons-nous les mains avec soin et remettons de l’ordre dans nos têtes.

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