On cherche responsables de la crise (06/11/2019)

«Au final, qui est responsable de tout ce désordre financier ?» se demande ce correspondant qui, comme beaucoup d’autres observateurs inquiets de la tournure des événements, est à la recherche de «personnes, entités ou institutions capables de remettre le bateau à flot».

Son constat désabusé appelle deux réponses. D’abord, où et comment situer, s’il y a lieu, des responsabilités dans les facteurs déclencheurs de la crise qui nous empoisonne la vie depuis une bonne dizaine d’années ? Des boucs émissaires, il n’en manque guère: dirigeants peu inspirés ou incompétents, patrons de grandes entreprises sans foi ni loi, financiers avides de gain. La vérité, complexe, tient plutôt à un cocktail de causes et d’effets qui s’entremêlent, entre une globalisation accélérée, un foisonnement d’avancées technologiques, une transition démographique mal anticipée et des bouleversements climatiques anxiogènes.

Pour remettre tout cela en ordre, il faudra davantage qu’une alternative démocrate à la présidence des Etats-Unis ou la nomination d’une directrice à la tête de la Banque centrale européenne, quelque réfléchies que puissent être leurs approches respectives du bien commun. Car la formidable puissance des mouvements en cours dépasse de loin les volontés individuelles et rend illusoire la capacité d’influence des institutions, si importantes soient-elles.

Ni le tandem FMI / Banque mondiale, ni l’appareil communautaire de l’UE, ni même le G7 fût-il élargi au G20, ne sont en mesure d’infléchir radicalement des évolutions conjoncturelles désormais synchrones. Ou plus exactement, il y faudrait une telle concordance des intérêts nationaux qu’on peine à imaginer par quel heureux hasard leur convergence pourrait commencer à se manifester.

A ce jour, seule la persévérance des banques centrales, obstinément accrochées à leurs politiques de taux bas, a permis d’éviter le pire et même d’envisager, sous conditions nombreuses bien sûr, un retour progressif à la croissance. Si, au surplus, les risques de guerre tarifaire entre les Etats-Unis et la Chine s’éloignent, que les fronts se calment au Moyen Orient et que les confits commerciaux retrouvent la voie normale de l’arbitrage auprès de l’OMC, alors il sera possible de refermer la douloureuse parenthèse de cette trop longue crise.

Et d’ouvrir le chantier, autrement ambitieux, des réformes structurelles, par quoi il faut entendre les changements fiscaux, réglementaires, éducatifs, nécessaires à la réduction des injustices sociales, à l’égalisation des chances, à la restauration des équilibres naturels, que tous appellent de leurs vœux mais que chacun façonne à sa manière : à la manière verte, radicale mais dangereuse ; à la manière Piketti, documentée mais biaisée ; ou encore à celle, séduisante mais irréaliste, des héritiers de Silvio Gesell et de son idée de monnaie fondante, popularisée chez nous par les tenants de l’initiative «monnaie pleine», et joliment portée cette année à l’écran par le réalisateur suisse Urs Egger dans son film «La monnaie miraculeuse», qui retrace fidèlement l’expérience tentée en 1931 à Wörgl, petite ville du Tyrol autrichien, par un bourgmestre décidé à lutter par la force de l’imagination contre un chômage dévastateur, et qui réussit dans sa folle entreprise, avant que le conformisme ambiant et le nazisme montant n’y mettent prématurément un terme.

Utile précision : le succès de l’expérience tentée tenait tout entier à la mise en application du principe des taux d’intérêts négatifs…

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