L’économie selon Trump (31/07/2019)

Le président en exercice des Etats-Unis a une vision simple et claire de l’économie. Leur balance commerciale demeure-t-elle systématiquement déficitaire ? C’est que les barrières douanières érigées par leurs concurrents freinent les exportations américaines. Les autres monnaies sont-elles sous-évaluées par rapport au dollar ? C’est que la Chine, l’Europe, le Japon, peut-être même la Suisse, manipulent leurs taux de change. La croissance du produit intérieur brut faiblit-elle dangereusement, revenue qu’elle est des 3,1% du premier trimestre à 2,1% au second ? C’est que la Réserve fédérale a relevé à plusieurs reprises ses taux directeurs, avant de se refuser obstinément jusqu’ici à les abaisser.

Conformément au «powerplay» dont il est un adepte convaincu, le président a promis la foudre et la fureur en réponse aux fauteurs de troubles : hausses massives des droits frappant l’acier et les produits importés aux Etats-Unis ; annonce d’une riposte, coup pour coup, sur les marchés des changes via des interventions massives et ciblées du Trésor pour faire baisser le dollar dans la mesure nécessaire ; pression continue, enfin, sur une Réserve fédérale dont les sièges au comité d’open market sont à chaque vacance attribués à des candidats compétents ou non, pourvu qu’ils soient acquis aux idées présidentielles.

Sur la balance commerciale, les résultats se font attendre et pour cause. Les volumes diminuent de part et d’autre sous l’effet des taxes, mais le solde passif reste le même. Car la persistance du déficit américain ne tient pas à quelque coupable dumping de la part des partenaires à l’échange, mais à la tendance, structurelle, des Etats-Unis à consommer davantage qu’ils ne produisent.

Le dollar est trop fort au goût du président ? Dans un monde de taux de change laissés au libre marché, ce ne sont pas tant les banques centrales qu’il faut montrer du doigt (encore que, dans le cas de la Chine, on a pu à certaines périodes considérer à juste titre qu’il y avait sous-évaluation forcée du renminbi) mais bien plutôt, et tout simplement, l’afflux permanent de capitaux aux Etats-Unis, attirés par une vigueur conjoncturelle sans égale en comparaison internationale et des rendements sans risque bien supérieurs aux taux négatifs en vigueur ailleurs.

Reste la posture de la Réserve fédérale et de son conseil présidé par l’avocat Jerome Powell. La Fed va-t-elle enfin céder aux pressions de la Maison Blanche et de Wall Street et baisser ses taux, d’autant que les vibrations intermittentes d’une bourse à son sommet – bourse que Donald Trump tient pour le meilleur sinon l’unique baromètre de la situation économique – tendent depuis quelque temps à s’amplifier? Les économistes les moins suspects de sympathies démocrates, tel par exemple un Robert Barro* dans "Is politics getting to the Fed ?" , dénoncent la mainmise progressive de la politique sur la banque centrale, et les dangers que les visions simplistes de l’actuel président font courir aux Etats-Unis et au reste du monde.

 

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